Avec 3 118 kW/kg, une durée de vie potentiellement doublée, 40 millions d’euros investis et jusqu’à 200 000 batteries recyclées par an, le lithium accélère en Espagne. Entre percées de l’Université de Huelva, projet de Urbaser à León et polémique à Majorque, la filière avance sous tension.
Batteries au lithium : l’Espagne avance sur trois fronts à la fois
Le secteur des batteries au lithium ne progresse pas sur une seule ligne. Il avance en parallèle sur la recherche, l’industrialisation du recyclage et la régulation territoriale. C’est précisément ce qui ressort aujourd’hui en Espagne : d’un côté, des laboratoires cherchent à améliorer les performances et la durée de vie des cellules ; de l’autre, l’industrie prépare les volumes de déchets à traiter ; en face, les territoires contestent certaines implantations quand les projets s’éloignent des zones industrielles.
Le point le plus intéressant est ailleurs : ces trois dynamiques ne sont plus théoriques. Selon la Commission européenne, le passeport batterie deviendra obligatoire à partir du 18 février 2027 pour les catégories concernées, ce qui va durcir les exigences de traçabilité, de composition et de circularité sur le marché européen. Selon la même source, l’UE a aussi adopté en juillet 2026 l’acte d’exécution du registre DPP, pierre technique de cette traçabilité numérique. Autrement dit, la filière entre dans une phase bien plus industrielle et bien plus contrôlée qu’auparavant. ([single-market-economy.ec.europa.eu](https://single-market-economy.ec.europa.eu/batteries_en?utm_source=openai))
Cette pression réglementaire n’est pas un détail. Selon la Commission européenne, les recycleurs de batteries au lithium doivent atteindre une efficacité de recyclage de 65 % au plus tard le 31 décembre 2025. Selon EUR-Lex, les futures batteries industrielles et de véhicules électriques devront aussi intégrer des taux minimaux de matières recyclées à partir du 18 août 2031, dont 6 % de lithium, 6 % de nickel et 16 % de cobalt. Le message est clair : produire des batteries plus performantes ne suffira plus, il faudra aussi prouver leur circularité. ([environment.ec.europa.eu](https://environment.ec.europa.eu/news/new-rules-boost-recycling-efficiency-waste-batteries-2025-07-04_en?utm_source=openai))
Université de Huelva : une piste plus sobre pour les batteries lithium-métal
La première nouveauté citée dans la source espagnole vient de la Universidad de Huelva, en collaboration avec l’Universidad del País Vasco. Le travail met en avant un matériau destiné aux batteries lithium-métal, avec une logique simple : remplacer des composants plus coûteux ou moins abondants par du soufre et du catéchol. L’intérêt de cette approche est double. D’abord, le soufre est abondant et déjà disponible comme sous-produit industriel. Ensuite, la synthèse annoncée sans solvants s’inscrit dans une chimie plus sobre.
La donnée la plus forte fournie par la source d’origine reste la densité de puissance atteinte en test, jusqu’à 3 118 kW/kg. C’est un chiffre élevé, mais il faut le lire avec prudence. Il traduit une performance mesurée dans un cadre expérimental précis, pas un produit prêt à sortir d’usine. Mon avis est net : ce type d’annonce vaut surtout par la direction technique qu’il indique, pas par une promesse de commercialisation à court terme.
Pour replacer cette piste dans son contexte, la littérature scientifique continue de considérer les batteries lithium-soufre comme une voie crédible pour la prochaine génération de stockage. Selon plusieurs articles académiques indexés sur ScienceDirect publiés en 2026, la chimie lithium-soufre conserve un avantage théorique majeur avec une énergie spécifique de l’ordre de 2 600 Wh/kg, grâce à l’abondance du soufre et à son faible coût. Le problème, lui, reste connu : perte rapide de capacité, effet shuttle des polysulfures, stabilité de l’anode lithium métal et difficulté à passer du labo à l’échelle industrielle. La recherche espagnole s’inscrit donc dans une tendance lourde, mais elle n’efface pas les verrous de fond. ([sciencedirect.com](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352152X26001970?utm_source=openai))
Ce que cette avancée change concrètement
L’intérêt pratique d’un copolymère basé sur le soufre et le catéchol est d’attaquer trois sujets à la fois : la dépendance à certaines matières, la rapidité de charge et la stabilité de fonctionnement. C’est utile pour l’électronique portable, mais surtout pour les segments où le ratio performance/coût devient central. Si cette approche tient à plus grande échelle, elle pourrait réduire la pression sur des chaînes d’approvisionnement déjà tendues. Selon le MITECO, le cobalt, le lithium, le graphite naturel et le coke de charbon utilisés dans les batteries figurent parmi les matières premières critiques identifiées par la Commission européenne. L’intérêt industriel d’une chimie qui limite certains intrants est donc évident. ([miteco.gob.es](https://www.miteco.gob.es/es/calidad-y-evaluacion-ambiental/temas/prevencion-y-gestion-residuos/flujos/pilas-y-acumuladores/por-que-se-deben-gestionar-adecuadamente-2022.html?utm_source=openai))
University of Cambridge : doubler la durée de vie sans changer la chimie
La seconde avancée est, à mon sens, la plus directement exploitable. Des chercheurs de la University of Cambridge ont montré qu’un contrôle précis de la pression exercée sur les cellules lithium-ion peut doubler leur durée de vie sans modifier ni les matériaux actifs ni l’électrolyte. Leurs résultats ont été publiés le 29 juin 2026 dans Nature Energy. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s41560-026-02087-6?utm_source=openai))
Le point clé n’est pas seulement l’idée de comprimer la cellule. Ce qui compte, c’est la stabilité de cette pression dans le temps. L’équipe a utilisé un système de soufflets pneumatiques auto-ajustés pour maintenir une contrainte constante malgré le gonflement et la contraction des électrodes pendant les cycles de charge et de décharge. Selon Nature Energy, en multipliant par quatre la pression d’empilement par rapport aux valeurs initiales typiques, les chercheurs ont doublé la durée de vie de cellules graphite/NMC811, une chimie jugée industrielle et pertinente pour l’automobile. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s41560-026-02087-6?utm_source=openai))
Ce résultat apporte au moins deux éléments nouveaux par rapport à la source de départ. D’abord, la chimie testée n’est pas marginale : il s’agit de cellules graphite / LiNi0.8Mn0.1Co0.1O2, donc d’une architecture proche des usages EV hautes performances. Ensuite, l’étude précise le mécanisme de dégradation selon le niveau de pression : trop faible, la pression accélère la fissuration de la cathode ; trop forte, elle favorise le lithium plating. Il existe donc une fenêtre optimale, et c’est là que l’ingénierie du pack devient décisive. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s41560-026-02087-6?utm_source=openai))
Une amélioration plus réaliste que beaucoup d’annonces matériaux
Je tranche clairement : cette piste paraît plus crédible à moyen terme que bien des promesses sur de nouvelles chimies. Pourquoi ? Parce qu’elle n’exige pas de réinventer toute la chaîne. Elle peut théoriquement se greffer au niveau du design mécanique des modules et packs. Selon la University of Cambridge, cette approche peut aussi réduire l’empreinte environnementale globale des batteries en prolongeant leur durée d’usage, donc en retardant leur remplacement. ([cam.ac.uk](https://www.cam.ac.uk/research/news/physical-pressure-could-make-ev-batteries-last-twice-as-long-and-reduce-environmental-impact?utm_source=openai))
La métrique dérivée la plus parlante est simple : si la durée de vie est réellement doublée, le besoin de remplacement pour un même usage est réduit de 50 %. Ce n’est pas un chiffre communiqué par l’étude comme tel, mais une déduction directe à partir du doublement de la longévité observé. Cette baisse potentielle du renouvellement aurait des effets en cascade sur les volumes de matières critiques à extraire et sur les tonnages à recycler. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s41560-026-02087-6?utm_source=openai))
Urbaser et Novolitio : l’Espagne prépare l’après-usage
Sur le terrain industriel, le projet le plus structurant reste celui de Urbaser à Cubillos del Sil, dans la province de León. La source d’origine évoque 40 millions d’euros d’investissement, 50 emplois directs, 200 indirects, un démarrage attendu au second semestre 2027 et une capacité de traitement de 20 000 tonnes par an. Ces ordres de grandeur sont cohérents avec les informations diffusées par l’entreprise et par le projet Novolitio, présenté comme la première usine de recyclage de batteries de véhicules électriques de la péninsule Ibérique. ([urbaser.com](https://www.urbaser.com/urbaser-lidera-reciclaje-baterias-litio-peninsula-iberica-maxima-puntuacion-idae-subvencion-63-millones/?utm_source=openai))
Le projet a aussi reçu un appui public concret. Selon Urbaser, il a obtenu la note maximale de l’IDAE et une subvention de 6,3 millions d’euros. Ce point est important : il valide non seulement l’intérêt industriel du site, mais aussi son alignement avec la stratégie espagnole de stockage, de mobilité électrique et de réindustrialisation. ([urbaser.com](https://www.urbaser.com/urbaser-lidera-reciclaje-baterias-litio-peninsula-iberica-maxima-puntuacion-idae-subvencion-63-millones/?utm_source=openai))
Deux métriques dérivées pour mesurer l’ampleur du projet
À partir des données disponibles, on peut calculer deux ratios absents de la source d’origine.
Premièrement, l’investissement rapporté à la capacité annuelle de traitement ressort à 2 000 € par tonne sur la base de 40 millions d’euros pour 20 000 tonnes par an. Ce ratio donne un ordre d’idée du ticket industriel nécessaire pour créer une capacité de recyclage à l’échelle ibérique. ([urbaser.com](https://www.urbaser.com/urbaser-lidera-reciclaje-baterias-litio-peninsula-iberica-maxima-puntuacion-idae-subvencion-63-millones/?utm_source=openai))
Deuxièmement, l’investissement rapporté aux seuls emplois directs atteint 800 000 € par emploi direct. Ce chiffre peut sembler élevé, mais il reflète la réalité capitalistique de ce type d’infrastructure : automatisation, sécurité, logistique batterie, décharge électrique, démontage et traitement des matières. ([urbaser.com](https://www.urbaser.com/urbaser-lidera-reciclaje-baterias-litio-peninsula-iberica-maxima-puntuacion-idae-subvencion-63-millones/?utm_source=openai))
Un troisième indicateur mérite d’être signalé. La source d’origine évoque une fourchette de 60 000 à 200 000 batteries traitées par an. Le rapport entre le haut et le bas de fourchette est donc de 3,33. Cela suggère que la taille moyenne des batteries admises pourra varier fortement selon les flux réellement captés, entre petits formats et batteries de véhicules électriques plus massives.
Pourquoi ce site compte au-delà de León
Le projet de Cubillos del Sil ne sert pas seulement à créer une usine. Il sert à positionner une base logistique et industrielle sur toute l’Ibérie. Selon Novolitio, la société doit gérer la collecte des batteries en Espagne et au Portugal, leur stockage puis leur transport jusqu’au site de traitement, où les unités non réemployables seront déchargées, démontées puis recyclées. Cette logique réseau change l’échelle du dossier. On ne parle plus d’un centre local, mais d’une brique d’infrastructure pour une filière régionale. ([novolitio.es](https://novolitio.es/en/about-us/?utm_source=openai))
La pression réglementaire européenne renforce cette logique. Selon ECHA, le règlement européen 2023/1542 a remplacé la directive batteries à partir du 18 août 2025 et impose des obligations plus strictes sur la collecte, le traitement, le reporting et la responsabilité élargie du producteur. Selon EUR-Lex, les déchets de batteries lithium-ion et la black mass doivent en outre être classés comme déchets dangereux à partir de décembre 2026. Cela rend l’existence d’installations spécialisées encore plus stratégique. ([echa.europa.eu](https://echa.europa.eu/en/legislation-profile/-/legislationprofile/EU-BATTERIES_REGULATION?utm_source=openai))
Stockage stationnaire : le dossier de Pollença montre la limite sociale du déploiement
Le contrepoint vient de Majorque. Le GOB Mallorca s’oppose au projet « Jilguero ST1 », une installation de stockage d’énergie par batteries lithium-ion que la société Atlántica Energía Sostenible España S.L.U. souhaite implanter en zone rurale à Pollença. Selon le GOB, le projet pose un risque environnemental et relève d’une logique de spéculation énergétique mal encadrée. L’organisation demande le refus de l’autorisation et conteste plus largement l’implantation de BESS en sol rustique hors vraie planification publique. ([gobmallorca.com](https://www.gobmallorca.com/2025/11/12/risc-ambiental-i-especulacio-energetica-el-gob-denuncia-el-projecte-de-bateries-de-liti-a-pollenca/?utm_source=openai))
Le fond du débat est solide, même quand les prises de position sont militantes. Le stockage stationnaire est utile pour lisser la production renouvelable et stabiliser le réseau, mais son acceptabilité dépend du lieu, du risque perçu et du niveau de transparence. Mon avis est simple : un bon projet de stockage mal implanté devient un mauvais projet politique.
Les griefs mis en avant dans la source d’origine portent sur l’urbanisme, le risque d’inondation, la proximité du torrent de Sant Jordi, le risque incendie, les émissions de gaz toxiques en cas d’incident et l’impact sur des espaces protégés proches de la réserve naturelle de l’Albufereta. Ces objections ne sont pas anecdotiques. D’autres documents publics sur des projets BESS en Espagne montrent que les autorités identifient elles aussi, dans leurs évaluations, des risques inhérents aux batteries lithium-ion, notamment liés à la surchauffe, aux défaillances électriques ou à l’incendie. C’est par exemple le cas dans un avis publié au Boletín Oficial de Canarias en mai 2026. ([gobiernodecanarias.org](https://www.gobiernodecanarias.org/boc/2026/093/1610.html?utm_source=openai))
Le vrai sujet : l’emplacement, pas seulement la technologie
Le cas de Pollença rappelle un point souvent évacué dans les discours industriels : la question n’est pas seulement de savoir si une batterie est utile, mais où elle doit être installée. Le GOB Mallorca défend une implantation en zone industrielle plutôt qu’en sol rustique. Cette position peut paraître rigide, mais elle est cohérente avec une logique de réduction du risque territorial. En clair, la technologie ne suffit pas à créer l’acceptabilité.
Le plus probable est que ce type de conflit se multiplie. L’Espagne pousse le stockage pour accompagner le solaire et l’éolien, tandis que les territoires demandent plus de garanties sur la sécurité, le bruit, l’impact paysager et le cadre foncier. Ce bras de fer ne ralentira pas forcément le marché, mais il peut déplacer les projets vers des zones mieux préparées.
Le contexte européen durcit la sélection des projets
Ce qui change en 2026, ce n’est pas uniquement le rythme des annonces. C’est le niveau d’exigence. Selon la Commission européenne, les nouvelles règles de calcul de l’efficacité de recyclage visent à éviter une concurrence déloyale sur le marché des matières secondaires. Selon EUR-Lex, certains éléments comme le soufre peuvent être pris en compte jusqu’au 31 décembre 2029 dans le calcul de l’efficacité de recyclage, sous conditions méthodologiques précises. Derrière la technique, il y a une logique simple : mieux mesurer, mieux tracer, mieux comparer. ([environment.ec.europa.eu](https://environment.ec.europa.eu/news/new-rules-boost-recycling-efficiency-waste-batteries-2025-07-04_en?utm_source=openai))
Ce cadre favorise les projets capables de documenter leur chaîne de valeur de bout en bout. Il favorise aussi les avancées pragmatiques, comme l’optimisation mécanique des cellules ou les sites de recyclage intégrés à une logistique existante. À l’inverse, les projets mal situés, mal expliqués ou trop éloignés des règles territoriales auront de plus en plus de mal à passer.
Données de marché et lecture économique
Le rapport 2025 sur la technologie batterie dans l’Union européenne publié le 20 mai 2026 par le dispositif SETIS de la Commission européenne confirme que la bataille n’est plus seulement asiatique ou américaine. L’Europe cherche à sécuriser ses chaînes de valeur sur la technologie, les matériaux, le recyclage et les marchés. C’est précisément pour cela que les projets espagnols gagnent en importance : ils se situent à l’intersection de la recherche, de l’industrie et de la conformité réglementaire. ([setis.ec.europa.eu](https://setis.ec.europa.eu/battery-technology-european-union-2025-status-report-technology-development-trends-value-chains-and_en?utm_source=openai))
Enfin, pour toute conversion éventuelle de prix en dollars, le taux de référence récent trouvé auprès de la BCE est de 1 € = 1,1467 $, soit 1 $ = 0,872 €. Aucun prix en dollars utile à convertir n’est toutefois communiqué dans les sources exploitées ici. ([ecb.europa.eu](https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html?utm_source=openai))
Pour aller à la source réglementaire la plus utile sur le fond, le lien d’autorité à retenir est celui de la page officielle de la Commission européenne consacrée aux batteries et au cadre européen associé. ([single-market-economy.ec.europa.eu](https://single-market-economy.ec.europa.eu/batteries_en?utm_source=openai))
Mon avis :
Avis d’expert : le fond est solide sur un point clé, le recyclage avec 40 M€ investis par Urbaser à León, preuve d’un passage à l’échelle industriel. Sa limite : il juxtapose promesses labo et conflits locaux sans hiérarchiser la maturité réelle ni les risques d’acceptabilité.





