Shiny Frog lance Lettera en bêta sur macOS, cinq ans après Panda et trois ans après Bear 2.0, avec plus de 20 nouveautés déjà introduites dans son moteur. Cet éditeur Markdown autonome mise sur le WYSIWYG, l’export multi-format et une gestion native des fichiers et dossiers.
Shiny Frog lance Lettera, un éditeur Markdown natif pour Mac pensé comme un produit à part entière
Shiny Frog ne se contente plus d’exploiter le moteur d’édition de Bear en arrière-plan. Avec Lettera, l’éditeur utilisé dans Bear 2 devient une application macOS autonome, disponible en bêta via TestFlight. Le positionnement est clair : proposer un outil centré sur les fichiers Markdown, sans l’enveloppe “prise de notes” de Bear, mais avec la même base technique.
Le projet n’arrive pas de nulle part. En juin 2021, l’équipe détaillait déjà Panda, le nom de code du futur éditeur de Bear, avec plusieurs briques devenues centrales depuis : passage complet au Markdown, tableaux, notes de bas de page, pliage de sections et barre de statistiques. Selon Shiny Frog, cette refonte devait d’abord servir la version majeure de Bear avant d’éventuellement vivre seule. C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui.
Le choix est logique. Beaucoup d’utilisateurs veulent un éditeur Markdown pur, local, lisible et capable de gérer des dossiers de travail sans imposer une base de notes fermée. Lettera vise ce besoin précis, avec une promesse simple : écrire dans un format standard, garder ses fichiers, et rester dans un environnement natif Mac.
Ce que Lettera apporte concrètement
Lettera ouvre des fichiers Markdown unitaires, mais aussi des dossiers complets utilisés comme espaces de travail. Par défaut, l’app crée un dossier dédié dans iCloud, tout en laissant l’utilisateur ouvrir n’importe quel répertoire stocké localement sur son Mac. Ce point compte plus qu’il n’y paraît : l’outil ne force pas une structure propriétaire et s’inscrit dans une logique de documents classiques.
Sur la forme, Shiny Frog mise sur un mode d’édition WYSIWYG Markdown basé sur le standard CommonMark. Selon l’organisme CommonMark, la version actuelle de la spécification est la 0.31.2, datée du 28 janvier 2024. En pratique, cela signifie que Lettera s’appuie sur une base de syntaxe bien documentée et interopérable, plutôt que sur un dialecte obscur difficile à exporter ailleurs.
L’éditeur masque la syntaxe Markdown quand le texte n’est pas en cours d’édition. C’est l’un de ses meilleurs arguments. On garde les bénéfices du texte structuré, sans subir en permanence les astérisques, les dièses ou les crochets. Pour les utilisateurs qui alternent entre rédaction éditoriale, documentation technique et notes de recherche, ce compromis est plus crédible qu’un simple éditeur texte brut.
Fonctions annoncées en bêta
La base fonctionnelle déjà montrée est solide :
- rendu Markdown en direct conforme à CommonMark ;
- barre de formatage BIU pour les actions rapides ;
- prise en charge des tableaux, citations, listes, blocs de code, images en ligne et pièces jointes ;
- gestion des formules mathématiques via MathJax ;
- copie en texte brut, texte enrichi, Markdown ou HTML ;
- export en PDF, JPG, ePub et autres formats ;
- gestion des fichiers et dossiers depuis la barre latérale ;
- ouverture de plusieurs documents via des onglets ;
- aperçu d’images directement dans l’éditeur ;
- table des matières complète avec navigation par sections.
Mon avis est simple : pour une bêta, la liste vise déjà un usage réel. On n’est pas face à une démo esthétique vide. On voit une tentative sérieuse de couvrir à la fois l’écriture longue, la documentation et la manipulation de fichiers Markdown au quotidien.
Pourquoi ce lancement compte au-delà de Bear
Le principal angle mort de l’article d’origine, c’est le contexte. Lettera ne sort pas sur un terrain vierge. Il arrive sur un segment déjà occupé par Ulysses, iA Writer et, dans un registre plus large, une foule d’éditeurs Markdown ou de code. Ce qui différencie Lettera, c’est son ancrage natif macOS et son héritage direct de l’éditeur de Bear 2.
Selon Shiny Frog, Bear 2 a introduit plus de 20 nouveautés lors de son lancement en juillet 2023, avec notamment la dissimulation de la syntaxe Markdown, les tableaux, les notes de bas de page, le YAML, les liens retour et une table des matières. L’équipe affirme aussi que l’ouverture de très longues notes a fortement gagné en vitesse, avec un exemple chiffré : le roman “Moby Dick”, soit 94 000 mots, s’ouvre en 55 millisecondes dans Bear 2. Ce n’est pas une mesure de Lettera à proprement parler, mais c’est un indicateur utile sur la maturité du moteur qu’il embarque.
Autre point intéressant : selon Statcounter, la part cumulée d’OS X et de macOS sur les ordinateurs de bureau en Europe atteignait 16,02 % en janvier 2026, contre 67,75 % pour Windows. Le calcul additionne 9,59 % pour OS X et 6,43 % pour macOS, tels qu’affichés par le service. Ce n’est pas un marché dominant, mais il est assez large pour justifier une app Mac dédiée, surtout dans les métiers de contenu, de design et de développement où l’équipement Apple reste surreprésenté.
Les écarts avec l’article source : cinq ajouts utiles
Le texte d’origine reste descriptif. Il annonce l’app, liste ses fonctions et renvoie vers la bêta. Il manque au moins cinq éléments concrets pour aider un lecteur à situer le produit.
1. La base normative : CommonMark 0.31.2
Le support de CommonMark n’est pas un détail marketing. Selon CommonMark, la version 0.31.2 de la spécification est la plus récente. Cela donne à Lettera une base d’interopérabilité utile pour les rédacteurs techniques, les équipes docs et les développeurs qui échangent déjà des fichiers Markdown entre plusieurs outils.
2. Le contexte produit : Panda puis Bear 2
Selon Shiny Frog, Panda servait dès 2021 de terrain d’essai pour les tableaux, les notes de bas de page, le pliage, la barre de statistiques et le basculement complet vers Markdown. Lettera n’est donc pas une expérimentation improvisée en 2026. C’est l’aboutissement d’un cycle de développement entamé plusieurs années plus tôt.
3. Le canal de diffusion : la bêta passe par TestFlight sur Mac
Selon Apple, TestFlight permet de distribuer et tester des versions bêta d’apps macOS, iPhone, iPad, Apple Vision et Apple TV, avec remontée des journaux de crash, de données d’usage et des retours envoyés par les testeurs. En clair, Shiny Frog ne publie pas juste une preview téléchargeable : l’équipe s’appuie sur le circuit standard d’Apple pour structurer les retours et itérer rapidement.
4. Le benchmark prix face aux concurrents
Le prix de Lettera n’est pas communiqué à ce stade. C’est une information clé absente. En revanche, le segment a déjà ses repères. Selon Bear, l’abonnement Bear Pro coûte 2,99 $ par mois ou 29,99 $ par an. Selon Ulysses, l’app est facturée 5,99 $ par mois ou 39,99 $ par an. Selon iA, iA Writer sur Mac est vendu 49,99 $ en achat unique.
Avec le taux de change de la BCE, où 1 euro vaut 1,1715 dollar américain, on obtient un taux dérivé de 1 $ = 0,854 €. Cela donne environ 26 € par an pour Bear Pro, 34 € par an pour Ulysses et 43 € pour iA Writer sur Mac (taux utilisé : 1 $ = 0,854 €). Ces conversions donnent enfin un repère lisible pour un lectorat français.
5. Deux métriques dérivées pour mieux lire le marché
Première métrique : le coût mensuel réel d’un abonnement annuel. Selon les tarifs officiels, Bear Pro revient à 29,99 $ par an, soit 2,50 $ par mois en équivalent annuel. Ulysses revient à 39,99 $ par an, soit 3,33 $ par mois. L’écart est de 0,83 $ par mois en faveur de Bear Pro.
Deuxième métrique : l’écart relatif entre Bear Pro annuel et Ulysses annuel. Calcul fait à partir des prix officiels, Ulysses coûte 33,34 % plus cher que Bear Pro sur une base annuelle. Ce ratio n’existe pas dans la source d’origine, mais il aide à comprendre où pourrait se situer Lettera si Shiny Frog choisit un modèle payant distinct.
Face à Ulysses et iA Writer, où Lettera peut se faire une place
Ulysses vend un environnement d’écriture complet, synchronisé et multiplateforme Apple. Selon son site officiel, l’abonnement inclut Mac, iPad et iPhone, avec partage familial Apple jusqu’à cinq personnes. C’est une offre plus large, mais aussi plus chère dans la durée.
iA Writer, de son côté, reste fidèle à une logique de Markdown très sobre. Selon iA, la version Mac coûte 49,99 $ en achat unique, sans abonnement sur cette plateforme. Le produit revendique aussi une disponibilité sur Mac, Windows, iPhone et iPad. Pour les utilisateurs qui veulent posséder leur licence et éviter les frais récurrents, l’argument reste fort.
Lettera a donc une fenêtre claire : séduire ceux qui veulent la qualité de rendu de Bear 2, mais sans adopter tout l’écosystème Bear ; ceux qui travaillent en fichiers et dossiers ; et ceux qui trouvent Ulysses trop verrouillé dans son environnement ou iA Writer plus austère dans sa philosophie.
Mon avis ici est net : si Shiny Frog garde un prix agressif, Lettera peut devenir une alternative crédible sur Mac. Si le tarif se rapproche trop de Ulysses sans offrir dès le départ une largeur de plateforme comparable, l’exercice sera plus compliqué.
Cas d’usage concrets : à qui sert vraiment Lettera ?
Rédaction web et SEO
Pour un rédacteur web, le mélange entre rendu en direct, structure Markdown, table des matières et export HTML a du sens. Le flux de travail devient plus propre : brouillon, structuration en H2/H3, insertion de tableaux, puis export. Pas besoin de nettoyer un document Word avant intégration dans un CMS.
Documentation technique
Pour un développeur ou un technical writer, l’ouverture de dossiers complets et la gestion de plusieurs fichiers par onglets sont plus importantes que le design. On peut imaginer une doc produit stockée dans un répertoire local, avec fichiers Markdown, captures d’écran, assets et annexes, le tout manipulé dans une seule interface.
Recherche et enseignement
La présence des notes de bas de page, des tableaux, des pièces jointes, de la formule mathématique via MathJax et de la table des matières ouvre aussi la porte aux usages académiques. Pour des cours, mémoires, synthèses ou fiches de lecture, l’outil coche déjà plusieurs cases sans imposer un format propriétaire.
Ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas
À ce stade, certaines données restent non communiquées. Prix final : non communiqué. Modèle économique de la version finale : non communiqué. Compatibilité minimale macOS de Lettera : non communiqué. Synchronisation avancée hors dossier iCloud local : non communiqué. Disponibilité iPad ou iPhone : non communiqué. Version Windows : non communiqué.
Ce flou est normal pour une bêta, mais il pèsera vite dans le jugement du marché. Un éditeur Markdown ne se vend pas seulement sur son rendu. Il se vend sur sa portabilité, son prix, son modèle de licence et sa place dans un flux de production concret.
Le vrai intérêt de Lettera : reprendre le contrôle du fichier
Le point le plus convaincant dans cette annonce n’est pas la beauté de l’interface. C’est le retour à une logique simple : ouvrir un fichier Markdown, ouvrir un dossier, écrire, exporter, ranger. À l’heure où beaucoup d’outils ajoutent couches collaboratives, IA, bases de données et formats semi-propriétaires, Lettera prend une direction plus sobre.
Cette sobriété peut devenir sa force. Selon Bear, l’abonnement Pro donne accès à la synchronisation iCloud, au chiffrement de notes, à l’export avancé PDF/HTML/DOCX/JPG et à la recherche OCR dans les PDF et images. Lettera, lui, semble vouloir isoler d’abord la brique édition. C’est une bonne décision si l’objectif est de viser les utilisateurs qui veulent un outil de rédaction, pas une surcouche de productivité.
Accès à la bêta
Pour en savoir plus sur la bêta de Lettera, la source d’autorité est la page officielle de Shiny Frog : https://blog.bear.app/2026/06/introducing-lettera-a-native-markdown-editor-for-mac-now-in-beta/.
Mon avis :
Lettera vise juste : son moteur Bear 2 offre un Markdown WYSIWYG propre, avec sommaire, export riche et gestion de dossiers, donc un vrai confort pour écrire en texte brut. Ma réserve est nette : la bêta reste cantonnée à macOS via TestFlight et n’apporte, à ce stade, ni collaboration ni avantage décisif face aux éditeurs Markdown déjà établis.





