Le CO2 se capte désormais en mer comme dans l’air : l’océan couvre l’essentiel de la planète, tandis que l’Universidad de Las Palmas de Gran Canaria et la Universitat Jaume I de Castelló testent des solutions de piégeage plus stables, réutilisables et industrialisables pour viser le zéro net.
Le CO2 ne se gère plus seulement à la cheminée
La capture du dioxyde de carbone a changé de dimension. Le sujet ne se limite plus aux fumées industrielles concentrées. Il vise aussi le CO2 déjà dispersé dans l’atmosphère, alors même que sa concentration continue de grimper. Selon la NOAA, la tendance atmosphérique globale du CO2 a encore progressé en 2026, avec un niveau record observé au printemps. Le constat est simple : réduire les émissions reste prioritaire, mais cela ne suffira pas seul pour traiter les émissions résiduelles des secteurs lourds.
Le texte source avait raison sur un point de fond : l’objectif de neutralité impose un mix de solutions. En revanche, il restait vague sur les ordres de grandeur, les coûts et l’état réel du marché. Or c’est là que se joue la crédibilité du sujet. La capture directe dans l’air, la capture sur site industriel, le stockage géologique et les usages du CO2 n’avancent pas au même rythme, ni avec les mêmes contraintes techniques.
Le premier trou du texte d’origine concerne l’échelle. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la capture directe de l’air reste aujourd’hui l’une des formes les plus coûteuses de captage du carbone, avec un coût estimé entre 125 et 335 dollars par tonne de CO2 pour une grande installation actuelle, soit entre 110 € et 294 € par tonne au taux de la BCE du 1er juillet 2026 (1 € = 1,1383 $). Cet intervalle suffit à comprendre le problème : capter du CO2 dilué dans l’air est techniquement faisable, mais économiquement dur à massifier.
L’océan attire les chercheurs, mais le verrou écologique reste entier
La piste marine mise en avant autour des îles Canaries repose sur une logique connue : stimuler le phytoplancton pour augmenter l’absorption biologique du carbone. Le principe de fertilisation au fer cherche à reproduire un phénomène naturel observé lors d’apports de poussières minérales. Sur le papier, l’idée est séduisante. En pratique, elle reste controversée.
Le texte source évoquait cette option sans cadrer le débat scientifique. C’est un manque. Selon le Congressional Research Service des États-Unis, la fertilisation océanique au fer fait toujours l’objet de doutes sur son efficacité réelle comme méthode de retrait du CO2 et sur ses effets environnementaux potentiels, notamment sur les écosystèmes marins, les équilibres nutritifs et certains sous-produits biogéochimiques. Le Woods Hole Oceanographic Institution rappelle lui aussi que cette famille de solutions s’accompagne de risques et de bénéfices encore mal quantifiés.
Autrement dit, la mer n’est pas un aspirateur gratuit. C’est une infrastructure biologique immense, mais fragile. Mon avis est net : tant que la durabilité du stockage et les impacts écosystémiques ne sont pas mieux documentés, cette voie doit rester dans un cadre expérimental strict, pas dans une promesse industrielle prématurée.
Pourquoi les Canaries restent un terrain d’essai crédible
Le texte d’origine avait néanmoins un bon angle : l’environnement canarien coche plusieurs cases utiles pour la recherche. Il combine façade atlantique, conditions de circulation maritime favorables et écosystèmes déjà suivis par des équipes universitaires espagnoles. Pour des essais encadrés, c’est un atout. Mais il faut appeler les choses par leur nom : à ce stade, on parle d’exploration scientifique, pas de solution prête à compenser les émissions européennes.
À Castelló, la piste chimique est plus concrète que la piste océanique
L’avancée la plus solide citée par la source concerne la Universitat Jaume I. Selon l’université, une équipe de l’INAM et du département de chimie physique, dirigée par Marcileia Zanatta, a conçu une nouvelle classe d’absorbants capables de capter efficacement le CO2 directement dans l’air et dans d’autres flux gazeux dilués. Une demande de brevet espagnol a été déposée, et l’établissement cherche des partenaires pour l’exploitation commerciale, l’industrialisation et la validation en conditions réelles.
Le point intéressant, ici, n’est pas seulement la nouveauté du matériau. C’est le positionnement technique. Le texte source opposait ces sels à des procédés classiques à base d’amines, connus pour leurs problèmes de dégradation, de corrosion ou de coût de régénération selon les cas. Même si l’université ne communique pas encore de rendement chiffré, de capacité massique ou de coût par tonne captée, elle insiste sur la sélectivité, la stabilité et la réutilisation. C’est précisément ce triptyque qui détermine la viabilité d’un absorbant industriel.
Il faut être franc : sans données publiques complètes, le bilan reste partiel. Capacité d’adsorption : non communiqué. Nombre de cycles validés : non communiqué. Coût matière au kilo : non communiqué. Pureté du CO2 récupéré : non communiqué. Le projet paraît sérieux, mais il n’est pas encore possible de le comparer proprement à un standard industriel mature.
Le vrai marché se structure autour du DAC industriel, pas autour des concepts
Là encore, la source d’origine manquait de perspective concurrentielle. Le marché mondial de la capture directe de l’air se mesure aujourd’hui par quelques unités emblématiques. Selon Climeworks, son usine Mammoth, mise en service en Islande, affiche une capacité nominale pouvant atteindre 36 000 tonnes de CO2 par an lorsqu’elle sera pleinement opérationnelle. Selon la même entreprise, cette usine représente un changement d’échelle vers des capacités de plusieurs dizaines de milliers de tonnes.
En face, 1PointFive avance un autre ordre de grandeur. Selon l’entreprise, son installation STRATOS est conçue pour capter 500 000 tonnes de CO2 par an. L’écart est massif. En métrique dérivée, cela signifie que STRATOS vise une capacité environ 13,9 fois supérieure à Mammoth. Dit autrement, Mammoth représente 7,2 % de la capacité annuelle affichée pour STRATOS.
Deuxième métrique dérivée utile : selon Climeworks, l’usine Orca avait une capacité nominale de 4 000 tonnes par an, contre 36 000 tonnes pour Mammoth. Cela correspond à une hausse de capacité de 800 %, soit un facteur x9. Ce n’est pas anecdotique. Cela montre que la filière apprend surtout par agrandissement de modules, standardisation et retour d’expérience terrain.
Mon avis est clair : le marché ne jugera pas ces technologies sur leurs brevets, mais sur trois chiffres seulement — coût par tonne, énergie consommée et capacité réellement opérée sur une année complète.
Le coût reste le juge de paix
Le texte source parlait d’intégration industrielle sans poser la question centrale : combien cela coûte-t-il vraiment face au prix du carbone en Europe ? Selon l’AIE, le coût de capture pour une grande unité de DAC actuelle se situe entre 125 et 335 dollars par tonne, soit entre 110 € et 294 € par tonne au taux de la BCE. En parallèle, selon la Commission européenne, le prix du certificat CBAM pour le premier trimestre 2026 s’est établi à 75,36 € par tonne, calculé à partir de la moyenne pondérée des enchères du système EU ETS.
La comparaison est brutale. En métrique dérivée, le bas de fourchette DAC de l’AIE à 110 € par tonne dépasse le prix CBAM de 46 %. Le haut de fourchette à 294 € par tonne le dépasse d’environ 290 %. Cela explique pourquoi la capture directe de l’air n’est pas, aujourd’hui, un outil économique de conformité de masse. C’est une technologie de traitement des émissions résiduelles, de stockage durable et de création de crédits carbone à forte exigence, pas une rustine bon marché.
Autre signal de marché à ne pas ignorer : selon la Commission européenne, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est pleinement entré en phase opérationnelle le 1er janvier 2026. La pression réglementaire monte donc à la fois sur la production européenne et sur les importations carbonées. Pour l’industrie lourde, la capture du CO2 n’est plus un sujet d’image. C’est un sujet de coût futur.
L’électrification du captage devient un critère industriel
La source d’origine insistait sur des procédés électrifiés alimentés par des énergies propres. C’est un point juste, mais trop peu détaillé. Selon Climeworks, le procédé de Mammoth utilise de l’énergie renouvelable et requiert de la chaleur basse température. Selon Mission Zero Technologies, il existe aussi une voie électrochimique sans chaleur pour le DAC, pensée pour lever une partie des contraintes énergétiques des procédés solides ou liquides classiques.
Ce débat est plus stratégique qu’il n’y paraît. Une technologie de capture peut afficher un bon rendement chimique et rester difficile à déployer si elle dépend d’une chaleur industrielle difficile à décarboner localement. À l’inverse, un système plus facile à électrifier peut mieux s’insérer dans des sites raccordés à des renouvelables ou à un mix bas carbone. Le critère n’est donc pas seulement la quantité de CO2 captée, mais la qualité du couplage énergétique.
Le texte espagnol parlait de pureté élevée du CO2 récupéré. C’est un point décisif pour les usages aval, mais les chiffres manquent souvent dans la communication publique. Pureté de sortie pour l’aviation de synthèse : non communiqué dans la source de départ. Consommation électrique par tonne captée : non communiqué pour le projet UJI. C’est précisément ce flou qui sépare encore la narration climat de l’ingénierie industrielle.
Le CO2 capté ne vaut quelque chose que s’il trouve un débouché ou un stockage
Le texte source insistait à juste titre sur la valorisation du CO2 en carburants durables pour l’aviation ou en produits chimiques. C’est une piste réelle, mais elle ne doit pas être surestimée. Le CO2 utilisé peut redevenir du CO2 émis si le produit final est brûlé sans boucle de stockage permanente. Autrement dit, l’usage industriel du carbone n’équivaut pas automatiquement à une élimination nette.
Le cas le plus solide reste le stockage durable. Selon 1PointFive, l’entreprise a sécurisé une capacité de stockage géologique pouvant atteindre six milliards de tonnes de CO2 issues du DAC ou d’installations industrielles. C’est un signal important : sans infrastructure de transport et de stockage, la capture reste un exercice incomplet.
À l’échelle européenne, cette couche logistique devient critique. Le transport de CO2 par pipeline, navire ou terminal spécialisé conditionne l’économie du secteur. La source d’origine mentionnait d’ailleurs le maritime en lien avec l’industrie cimentière. Elle avait raison sur le fond : capter n’est que la première moitié de la chaîne. Le reste se joue dans la compression, la logistique, l’injection et la vérification du stockage.
Ce que la source d’origine oubliait : cinq données neuves qui changent la lecture
Première donnée nouvelle : selon la NOAA, le CO2 atmosphérique mondial a encore progressé en 2026, ce qui renforce l’intérêt des technologies de retrait et pas seulement de réduction des émissions.
Deuxième donnée nouvelle : selon l’AIE, le coût actuel du DAC à grande échelle se situe entre 110 € et 294 € par tonne après conversion, ce qui replace immédiatement le débat dans une réalité économique concrète.
Troisième donnée nouvelle : selon Climeworks, Mammoth vise 36 000 tonnes par an, contre 4 000 tonnes pour Orca. L’industrie ne progresse pas par petites touches, mais par sauts de capacité.
Quatrième donnée nouvelle : selon 1PointFive, STRATOS vise 500 000 tonnes par an, soit près de quatorze fois Mammoth. C’est la meilleure illustration de l’écart entre démonstrateur avancé et projet de masse.
Cinquième donnée nouvelle : selon la Commission européenne, le prix CBAM du premier trimestre 2026 est de 75,36 € par tonne. Tant que le DAC coûte nettement plus cher, sa généralisation dépendra d’aides, de contrats long terme et de marchés premium du retrait carbone.
Le vrai enjeu pour l’Espagne : passer du laboratoire au site industriel vérifiable
L’Espagne dispose d’atouts sérieux : recherche universitaire active, façade maritime, industrie lourde à décarboner et bon potentiel en électricité renouvelable. Mais l’étape décisive n’est plus la preuve académique. C’est la démonstration industrielle auditable. Il faut des pilotes avec données publiques, bilans énergétiques, coûts d’exploitation et trajectoires de montée en charge.
Sur ce point, la piste la plus crédible à court terme reste l’intégration sur des flux industriels connus, associée à des usages locaux ou à des corridors de transport vers le stockage. La capture directe dans l’air garde un rôle stratégique, mais elle restera sélective tant que son coût ne baissera pas franchement. La fertilisation océanique, elle, doit encore gagner son droit à exister hors du cadre expérimental.
Pour aller plus loin sur le cadrage technique et économique du DAC, la source la plus utile reste la synthèse de l’Agence internationale de l’énergie : https://www.iea.org/energy-system/carbon-capture-utilisation-and-storage/direct-air-capture.
Mon avis :
Article volontariste mais techniquement inégal : il valorise bien deux axes crédibles — capture directe et valorisation industrielle du CO2 — avec des exemples espagnols concrets. En revanche, il sur-vend la fertilisation océanique au fer, piste encore très controversée sur le plan écologique et loin d’un déploiement industriel consensuel.





