Avec 211 millions d’euros de fonds européens, une capacité de 25 MW et une production visée de 2 800 tonnes par an, la future usine de bp et Iberdrola à Castellón accélère la décarbonation industrielle locale, notamment pour la céramique et la chimie.
Castellón accélère sur l’hydrogène vert avec un projet industriel déjà dimensionné pour l’après-gaz
À Castellón, le projet porté par bp et Iberdrola change clairement d’échelle. La coentreprise Castellón Green Hydrogen a obtenu, selon Iberdrola, la réaffectation de 211 millions d’euros issus du programme européen IPCEI Hy2Use. Ce soutien public s’ajoute à 15 millions d’euros déjà attribués via les fonds NextGenerationEU. Dit autrement, l’enveloppe publique confirmée atteint désormais 226 millions d’euros au total selon les données croisées d’Iberdrola et de bp.
Le point clé n’est pas seulement budgétaire. La première tranche, une unité de 25 MW installée dans la raffinerie de Castellón, a terminé sa phase de construction et entre en essais de mise en service. Selon Iberdrola, la production doit démarrer avant la fin de 2026. Le message est simple : on n’est plus dans l’annonce, mais dans l’exécution industrielle.
Ce dossier mérite mieux que le récit habituel sur la “transition”. Ici, le vrai sujet est ailleurs : Castellón devient un point d’ancrage pour décarboner des procédés lourds qui ne peuvent pas être électrifiés facilement, en particulier dans le raffinage, la chimie et la céramique. C’est là que l’hydrogène vert a un intérêt concret. Pas partout. Ici, oui.
Ce que financent réellement les 211 millions d’euros
Selon Iberdrola, la réaffectation des 211 millions d’euros approuvée par le ministère espagnol de la Transition écologique via l’IDAE doit permettre d’explorer une montée en capacité de la production d’hydrogène vert sur le site de Castellón. Le financement n’est donc pas limité à la simple mise en route des 25 MW déjà construits. Il sert aussi de levier pour préparer des phases ultérieures.
Le chiffrage permet déjà une première métrique dérivée utile : rapportés à la capacité actuelle de 25 MW, les 211 millions d’euros représentent 8,44 millions d’euros par MW. Si l’on additionne aussi les 15 millions d’euros antérieurs, on monte à 9,04 millions d’euros par MW. Ce ratio ne décrit pas le coût final complet de l’installation au sens strict, car la communication officielle ne détaille pas toute la structure CAPEX/OPEX du projet. Mais il donne un ordre de grandeur du soutien public mobilisé autour de la première base industrielle.
Autre indicateur absent de la source initiale : sur l’hypothèse officielle de 2 800 tonnes d’hydrogène vert par an, l’enveloppe de 226 millions d’euros équivaut à environ 80 714 euros de soutien public par tonne de capacité annuelle. Là encore, ce n’est pas un coût de production au kilo. C’est un ratio d’investissement public rapporté à la capacité annuelle annoncée.
Mon avis est net : ce niveau d’aide montre à quel point la filière reste stratégique, mais encore dépendante de mécanismes publics lourds pour franchir l’étape industrielle. Le marché existe. L’autonomie économique totale, pas encore.
Une base technique claire : 25 MW, 2 800 tonnes par an et un usage d’abord industriel
Selon le descriptif du projet diffusé par Iberdrola et bp, l’unité de Castellón reposera sur un électrolyseur alimenté par de l’électricité renouvelable pour produire environ 2 800 tonnes d’hydrogène vert par an. L’hydrogène doit d’abord remplacer l’hydrogène fossile utilisé dans la raffinerie.
Ce point est essentiel. L’usage prioritaire n’est pas la mobilité ni l’export à court terme. C’est la substitution d’un intrant déjà consommé sur site. C’est précisément ce qui rend le projet crédible : il s’attaque à une demande existante, industrielle, captive.
À partir des chiffres fournis, on peut calculer une autre métrique dérivée : chaque MW installé correspond à environ 112 tonnes d’hydrogène vert par an dans cette première phase. Le rendement réel dépendra évidemment du facteur de charge, de la disponibilité de l’électricité renouvelable, des arrêts et des performances de l’électrolyseur. Mais ce ratio donne un repère simple pour comparer la densité productive du projet.
On peut aussi traduire le bénéfice climat annoncé. Selon les données communiquées, l’installation doit éviter environ 23 000 tonnes de CO2 par an. Cela représente environ 8,2 tonnes de CO2 évitées par tonne d’hydrogène vert produite. C’est une métrique utile, car elle relie directement la production à l’impact carbone attendu.
Le projet comble plusieurs angles morts de l’article d’origine
La version source évoque le financement, la capacité et la réduction des émissions, mais laisse de côté plusieurs éléments de contexte importants.
1. Castellón vise la place de plus grande unité opérationnelle d’Espagne en 2026
Selon Iberdrola, la centrale de Castellón doit devenir la plus grande usine d’hydrogène vert opérationnelle d’Espagne en 2026. Cette précision compte, car elle replace le projet dans la hiérarchie réelle du marché espagnol. Le site ne prétend pas être le plus grand projet annoncé sur le papier. Il vise le leadership parmi les unités effectivement en exploitation.
2. Le point de comparaison le plus pertinent s’appelle Puertollano
Selon la fiche projet officielle d’Iberdrola, l’usine de Puertollano dispose d’une capacité de 20 MW, avec une production d’environ 3 000 tonnes par an selon la documentation corporate du groupe. Castellón, avec 25 MW, affiche donc une puissance supérieure de 25 % à celle de Puertollano. C’est une première comparaison chiffrée absente du texte d’origine.
En revanche, la production annuelle annoncée à Castellón, soit 2 800 tonnes, reste légèrement inférieure aux 3 000 tonnes par an mentionnées pour Puertollano dans la documentation d’Iberdrola. L’écart ressort à environ -6,7 %. Ce décalage rappelle une réalité simple : comparer des MW ne suffit pas. La production annuelle dépend aussi du profil d’alimentation électrique, du dimensionnement du système et des choix d’exploitation.
3. Le marché européen continue à injecter des subventions massives
Selon la Commission européenne, la troisième enchère hydrogène de l’Innovation Fund lancée fin 2025 pèse 1,3 milliard d’euros et a retenu 9 projets dans 7 pays. En parallèle, la Commission rappelle aussi qu’un mécanisme “auction-as-a-service” permet aux États membres d’ajouter leurs propres aides nationales, et que l’Espagne a obtenu en avril 2025 l’approbation d’un régime d’aide de 400 millions d’euros pour soutenir la production d’hydrogène renouvelable. Le cadre de marché est donc clair : l’Europe construit la filière à coups de soutien public ciblé.
4. Le projet s’inscrit dans une logique de corridor industriel local
Selon le communiqué d’Iberdrola publié le 25 juin 2026, l’hydrogène produit à Castellón pourra aussi être destiné à des secteurs difficiles à décarboner comme la céramique et la chimie. Ce n’est pas un détail. La province concentre justement une base industrielle forte sur ces métiers. L’intérêt du projet tient donc autant à la proximité de l’offre qu’à la demande locale potentielle.
5. L’écosystème régional inclut aussi l’innovation appliquée
Le texte source mentionne le ITE, mais sans expliquer l’enjeu. Selon Iberdrola, l’Instituto Tecnológico de la Energía participe au projet. C’est un signal intéressant : la valeur ne se limite pas à la production de molécules. Elle porte aussi sur l’intégration industrielle, les compétences, les essais et la consolidation d’une chaîne de valeur régionale.
Castellón face aux autres projets espagnols : plus avancé dans le réel que dans les promesses
Le secteur espagnol de l’hydrogène vert souffre d’un biais classique : beaucoup d’annonces, peu d’actifs réellement en service. C’est pour cela que Castellón compte. Le projet de 25 MW n’est pas le plus énorme sur le papier, mais il entre dans la catégorie qui intéresse vraiment l’industrie : celle des unités construites, raccordées, testées et proches de la production.
La comparaison avec Puertollano est utile. Selon Iberdrola, Puertollano combine 20 MW d’électrolyse, une centrale photovoltaïque de 100 MW et un système batterie de 20 MWh. À Castellón, la communication disponible insiste surtout sur l’électrolyseur de 25 MW et sur l’alimentation en électricité renouvelable issue des actifs d’Iberdrola, mais les détails techniques fins du couplage énergétique local sont non communiqués.
Mon point de vue est simple : Castellón est moins démonstratif que certains projets intégrés, mais plus immédiatement pertinent pour l’industrie lourde. Il vise un usage direct sur un site qui consomme déjà de l’hydrogène. C’est plus austère, mais plus solide.
Des métriques utiles pour comprendre l’impact réel sur l’industrie
Deuxième série de calculs dérivés, cette fois pour lire le projet côté production et climat.
Production moyenne théorique
Sur la base des 2 800 tonnes par an annoncées, l’unité représente environ 7,67 tonnes d’hydrogène par jour, soit environ 320 kg par heure en moyenne annuelle. Cette moyenne ne préjuge pas du débit nominal instantané de l’électrolyseur. Elle traduit simplement la production annuelle annoncée en rythme d’exploitation moyen.
CO2 évité par jour
Avec 23 000 tonnes de CO2 évitées par an, l’impact correspond à environ 63 tonnes de CO2 évitées par jour. Là encore, ce chiffre rend le projet plus lisible pour une lecture industrielle.
CO2 évité par MW installé
Rapporté aux 25 MW, le gain climat ressort à environ 920 tonnes de CO2 évitées par MW et par an. C’est un ratio intéressant pour comparer l’effet attendu de projets de taille différente.
Ce sont des chiffres simples, mais ils changent la lecture. On sort du storytelling pour revenir à l’échelle des flux industriels.
Pourquoi la céramique et la chimie sont les vraies cibles à surveiller
Le projet de Castellón n’aura de sens plein que s’il dépasse la seule substitution interne dans la raffinerie. Sur ce point, la piste ouverte par Iberdrola vers la céramique et la chimie est probablement la plus stratégique.
Ces secteurs consomment du gaz, de la chaleur et des molécules dans des procédés où l’électrification directe reste souvent coûteuse ou techniquement contraignante. L’hydrogène vert n’est pas automatiquement compétitif partout, mais il peut devenir une option crédible quand il est produit localement, injecté dans un tissu industriel concentré et soutenu par des mécanismes européens.
L’article d’origine avait raison sur un point : pour Castellón, la question n’est pas seulement environnementale. Elle est aussi industrielle. Si les fabricants locaux n’accèdent pas à des solutions de décarbonation compatibles avec les normes européennes et le coût carbone, ils perdent en marge, puis en capacité d’export. L’hydrogène vert ne résoudra pas tout, mais il peut protéger une partie de la compétitivité régionale.
Ce que l’on sait, et ce qui reste non communiqué
Les informations confirmées par les sources primaires sont les suivantes : capacité de 25 MW, soutien public validé de 211 millions d’euros via l’IPCEI Hy2Use, aide complémentaire de 15 millions d’euros, production attendue avant la fin de 2026, volume d’environ 2 800 tonnes par an et réduction estimée d’environ 23 000 tonnes de CO2 par an, selon Iberdrola et bp.
En revanche, plusieurs données techniques ou économiques détaillées restent non communiquées dans les documents consultés : type précis d’électrolyseur retenu pour Castellón, fournisseur officiellement nommé de l’électrolyseur, consommation électrique spécifique en kWh par kilo d’hydrogène, CAPEX total complet du projet, coût de production par kilo, volume exact destiné à la raffinerie versus aux industriels tiers, et calendrier détaillé d’une éventuelle montée vers des capacités supérieures.
C’est une limite importante. Elle empêche toute comparaison rigoureuse du coût de revient face à d’autres projets européens. Mais elle ne change pas le fond : avec cette première unité de 25 MW, Castellón se positionne déjà comme un site pilote de décarbonation industrielle à l’échelle espagnole.
Un projet espagnol, mais aussi un signal européen
L’intérêt de Castellón dépasse la province. Selon la Banque centrale européenne, le taux de référence récent ressort autour de 1 euro = 1,1607 dollar. Aucun montant en dollars n’était nécessaire à convertir dans les données retenues ici, mais ce repère de change confirme surtout autre chose : les grands projets hydrogène se lisent désormais à l’échelle européenne, avec des financements, des chaînes d’équipement et des comparaisons de compétitivité qui dépassent largement le marché local.
Pour qui veut suivre le dossier à la source, le lien d’autorité le plus pertinent reste la communication officielle d’Iberdrola sur l’avancement du projet de Castellón : Iberdrola – projet d’hydrogène vert de Castellón.
Mon avis :
Projet crédible : bp et Iberdrola attaquent un usage pertinent du H₂ vert, la décarbonation d’une raffinerie, avec 25 MW, 2 800 t/an et 23 000 t de CO₂ évitées. Ma réserve est nette : 211 M€ pour cette échelle reste un pari capitalistique lourd, et l’impact local hors raffinerie reste à prouver.





