Avec 15,3 % de couverture renouvelable en 2025, contre 16,2 % en 2024, et 7 144,97 GWh d’importations désormais supérieurs à la production verte, la Catalogne recule. Le dernier rapport de l’OBERCat alerte sur une transition énergétique freinée par la baisse de production et les blocages administratifs.
La part des renouvelables recule encore en Catalogne
Le constat est net. En 2025, la couverture de la demande électrique catalane par les énergies renouvelables est tombée à 15,3 %, contre 16,2 % en 2024, selon les chiffres d’OBERCat. Le recul paraît limité sur le papier. En réalité, il confirme un décrochage structurel. La Catalogne s’éloigne de sa trajectoire alors que l’objectif officiel fixé par la Generalitat de Catalunya dans la feuille de route PROENCAT 2050 reste ambitieux : transformer à terme le système électrique pour qu’il devienne 100 % renouvelable, avec un cap intermédiaire à 2030 souvent résumé par le seuil de 50 % de couverture renouvelable.
Les volumes donnent la vraie mesure du problème. La production renouvelable est descendue à 6 940,68 GWh en 2025, soit 3,1 % de moins qu’en 2024, tandis que la demande électrique a progressé à 45 250,58 GWh, en hausse de 2,7 %. Le déséquilibre est donc double : moins de production verte locale, plus de consommation. C’est la pire combinaison possible pour un territoire qui parle de souveraineté énergétique depuis des années.
Une métrique dérivée résume ce retard : avec 15,3 % de couverture en 2025, il manque encore 34,7 points pour atteindre 50 %. Autrement dit, la part des renouvelables devrait être multipliée par environ 3,27 par rapport au niveau actuel pour rejoindre ce cap. Le débat n’est donc plus théorique. Il porte sur un changement d’échelle.
L’éolien flanche, le solaire progresse trop lentement
Selon OBERCat, le recul de 2025 repose sur trois facteurs principaux : hausse de la consommation, chute de la production éolienne et rythme insuffisant des nouvelles installations. C’est l’éolien qui a le plus décroché. Sa production a reculé de 16,8 % sur un an et n’a couvert que 5,2 % de la demande. Pour une technologie censée constituer l’un des piliers du mix catalan, le signal est mauvais.
Le solaire photovoltaïque au sol progresse bien plus vite en pourcentage, avec une hausse de 17,5 %, mais reste marginal à l’échelle du système : 1,1 % seulement de la demande couverte. L’hydraulique a fourni 8,4 %. En clair, la Catalogne ne souffre pas d’un manque de discours pro-renouvelables. Elle souffre d’un manque de volumes injectés sur le réseau.
Le plus frappant est l’écart entre le stock de projets et les résultats réels. Selon OBERCat, le territoire dispose d’un portefeuille de 231 projets éoliens totalisant 8 181,96 MW et de 1 107 projets solaires représentant 10 913,88 MW. Cela équivaut à 19 095,84 MW de projets identifiés. Rapporté aux 62 000 MW de renouvelables nécessaires en Catalogne d’ici 2050 selon l’Institut Català d’Energia via le PLATER, ce portefeuille représente déjà environ 30,8 % du besoin total. Le problème n’est donc pas l’absence d’intentions. Le problème, c’est l’exécution.
Le nucléaire reste la base réelle du système catalan
La hiérarchie du mix électrique n’a pas changé. Les réacteurs d’Ascó I, Ascó II et Vandellòs II ont produit 22 812,07 GWh en 2025, soit 50,4 % de la demande, selon OBERCat. La filière nucléaire reste donc, de loin, le premier socle du système électrique catalan. Les combustibles fossiles pèsent 15 %, et les importations 20 %.
Cette structure dit une chose simple : la transition avance trop lentement pour réduire le rôle des actifs pilotables existants. En 2025, la production nucléaire a représenté environ 3,29 fois la production renouvelable catalane. Tant que cet écart persiste, la Catalogne restera dépendante d’une base non renouvelable, même si elle améliore sa communication sur le climat.
Le retard des renouvelables n’est pas seulement un sujet environnemental. C’est aussi un sujet industriel et de prix. La Generalitat insiste elle-même, dans le PLATER, sur le lien entre déploiement des renouvelables, dépendance extérieure et compétitivité. Ce point est souvent minimisé dans le débat public. C’est une erreur. Un territoire qui n’installe pas assez de production locale laisse mécaniquement plus de place aux importations, aux congestions réseau et aux arbitrages de marché subis.
Les importations dépassent désormais la production renouvelable locale
Le signal le plus politique du rapport tient là. En 2025, le solde importateur de la Catalogne a atteint 7 144,97 GWh, en hausse de 6,4 % sur un an, toujours selon OBERCat. Pour la première fois, les importations d’électricité ont dépassé le volume total de la production renouvelable locale, établi à 6 940,68 GWh.
L’écart est précis : 204,29 GWh de plus ont été importés que produits localement à partir de sources renouvelables. Cela représente un surplus d’environ 2,9 % par rapport à la production verte du territoire. Ce chiffre change la lecture du dossier. La Catalogne ne compense plus seulement son retard par des échanges interrégionaux. Elle importe désormais davantage qu’elle ne produit elle-même en renouvelable.
Ce constat renforce l’argument de PROENCAT 2050, qui vise à faire chuter la dépendance énergétique extérieure de 93 % à 7 % à l’horizon 2050 selon l’Institut Català d’Energia. Sur ce point, le système catalan ne va pas dans le bon sens. Il s’en éloigne.
L’autoconsommation solaire ralentit après la fin de l’effet d’aubaine
Le coup de frein sur l’autoconsommation photovoltaïque n’a rien d’anecdotique. En 2025, 14 890 nouveaux systèmes ont été installés en Catalogne, soit 31 % de moins qu’en 2024, et la puissance annuelle ajoutée a chuté de 34 % à 231 MW, selon OBERCat. La fin des aides Next Generation, la hausse des taux et la baisse de l’attractivité perçue de l’électricité solaire ont refroidi le marché.
Ce recul local doit être replacé dans un cadre plus large. Selon Red Eléctrica, l’Espagne totalisait 10 915 MW de puissance d’autoconsommation installée au 31 décembre 2025, dont 8 856 MW en solaire photovoltaïque. La Catalogne comptait à elle seule 1 947 MW d’autoconsommation installée et se classait deuxième derrière l’Andalousie, qui affichait 2 006 MW. La Catalogne pèse donc environ 17,8 % du parc national d’autoconsommation, contre 18,4 % pour l’Andalousie.
Autre métrique dérivée utile : les 231 MW installés en 2025 en Catalogne représentent environ 11,9 % de son parc cumulé d’autoconsommation de 1 947 MW. Le marché continue donc d’avancer, mais à un rythme bien plus faible que durant la phase d’euphorie post-subventions. Selon APPA Renovables, l’autoconsommation espagnole a d’ailleurs enchaîné trois années de contraction en 2025, même si elle couvre déjà l’équivalent de 4,1 % de la demande électrique nationale.
La Catalogne conserve toutefois un point fort : elle reste très bien placée sur l’autoconsommation collective, un segment plus complexe à déployer mais plus stratégique en zone dense. C’est un vrai levier dans une région où le foncier disponible pour de grandes centrales reste politiquement sensible.
Le vrai goulet d’étranglement est administratif
La faiblesse du déploiement ne s’explique pas d’abord par un manque de projets. Elle s’explique par des délais. Selon OBERCat, la durée moyenne de traitement atteint environ 900 jours pour un projet photovoltaïque et 1 200 jours pour un projet éolien. À ce niveau, parler d’accélération relève du réflexe de communication, pas de la réalité opérationnelle.
Le coût administratif alourdit encore le dossier. Toujours selon OBERCat, les taxes appliquées à un parc éolien type de 50 MW s’élèvent à 119 521 €. Cela représente environ 2 390 € par MW. Le secteur dénonce un niveau neuf fois plus élevé qu’en Aragon et 600 fois plus élevé qu’en Navarre. Même sans entrer dans le détail des barèmes régionaux, l’écart signalé suffit à comprendre pourquoi certains développeurs arbitrent ailleurs.
Le cadre réglementaire commence malgré tout à bouger. Le décret-loi 22/2025 de la Generalitat de Catalunya, publié au BOE, a introduit des mesures de simplification. Le texte prévoit notamment une vérification de la suffisance documentaire dans un délai d’un mois par les administrations compétentes. Il réduit aussi de moitié le délai de traitement pour les opérations de repowering d’installations existantes, en particulier dans l’éolien.
Ce changement est loin d’être cosmétique. Si l’on applique cette règle au délai moyen signalé par OBERCat, une opération de repowering éolien qui partirait d’une base de 1 200 jours pourrait théoriquement tomber à environ 600 jours. On reste sur des délais lourds, mais le gain potentiel atteint 600 jours. C’est énorme à l’échelle d’un investissement industriel.
Le PLATER fixe enfin un cadre, mais il arrive tard
Le PLATER, porté par l’Institut Català d’Energia, vise à organiser l’implantation des renouvelables à l’échelle du territoire. Le plan prévoit que la décarbonation du système énergétique catalan nécessitera jusqu’à 62 000 MW de capacités renouvelables d’ici 2050, dont 14 000 MW sur bâtiments et espaces artificialisés. Le reste devra être implanté hors zones artificialisées, avec une occupation de sol estimée à 1,2 % du territoire catalan.
Ce chiffre apporte un éclairage nouveau absent de la source initiale. Rapporté au portefeuille actuel de projets recensés par OBERCat, les 19 095,84 MW déjà identifiés couvrent environ 136,4 % de l’objectif de 14 000 MW visé pour les bâtiments et espaces artificialisés, même si tous ces projets ne relèvent évidemment pas de cette seule catégorie. Cela montre surtout que la question n’est plus de savoir s’il existe assez d’initiatives sur le papier. La question est de savoir lesquelles sortiront effectivement du pipeline.
Le PLATER défend une logique compréhensible : priorité aux toitures, aux sols artificialisés et à une implantation plus lisible. C’est la bonne doctrine. Mais elle arrive après plusieurs années de retard, dans un territoire où les conflits d’usage, la fragmentation foncière et l’instabilité réglementaire ont déjà ralenti l’investissement.
Les batteries et l’hydraulique réversible deviennent des pièces centrales
Le débat catalan a longtemps été focalisé sur les parcs éoliens et solaires. Ce n’est plus suffisant. Le besoin porte désormais aussi sur la flexibilité. La Generalitat a intégré les systèmes de stockage par batteries dans son dispositif de résilience du réseau. Les critères environnementaux mis à jour en avril 2026 par l’administration catalane rappellent que le décret-loi 22/2025 encadre et favorise leur déploiement, précisément pour stabiliser l’approvisionnement lorsque le soleil ou le vent manquent.
Le même texte rappelle un autre point souvent négligé : la PROENCAT prévoit de faire passer la puissance des centrales hydroélectriques réversibles de 534 MW à 2 034 MW en 2030. Cela correspond à une hausse de 1 500 MW, soit une progression d’environ 281 %. C’est l’un des rares chiffres qui montrent l’ampleur réelle des besoins de flexibilité à court terme.
Mon avis est simple : sans batteries, sans repowering et sans hydraulique réversible, la Catalogne ne rattrapera pas son retard, même si elle autorise davantage de photovoltaïque. Ajouter des MW intermittents sans muscler la flexibilité du système revient à déplacer le problème, pas à le résoudre.
Le marché espagnol avance plus vite que la Catalogne sur plusieurs fronts
La situation catalane paraît d’autant plus fragile qu’elle contraste avec la dynamique nationale. Selon Red Eléctrica, l’Espagne a ajouté 10 GW de puissance renouvelable en 2025 et porté sa capacité totale de production à 142,5 GW, en hausse de 7,3 % sur un an. Ce mouvement ne règle pas tout, mais il montre que le déploiement avance à l’échelle du pays.
La Catalogne, elle, se distingue surtout par son retard relatif dans la production verte locale et par sa dépendance persistante aux importations. Cette comparaison est importante, car elle démonte l’argument selon lequel tout le marché serait bloqué de la même façon partout. Non. Le contexte espagnol reste exigeant, mais certaines régions vont plus vite.
Pour les développeurs, la lecture est très concrète : procédures, coûts, délais, visibilité réseau, acceptabilité locale. Dès qu’un territoire se montre trop lent, le capital bascule ailleurs. C’est exactement ce que la Catalogne doit éviter si elle veut sécuriser ses futurs projets, son industrie électrique et sa base de compétences.
Formation, main-d’œuvre et exécution : le retard est aussi humain
Le rapport d’OBERCat souligne qu’il faudra 107 000 professionnels qualifiés d’ici 2050, soit environ 4 000 personnes à former chaque année. Ce point est décisif. On peut simplifier les procédures et publier des plans. Si les bureaux d’études, installateurs, électriciens, automaticiens, spécialistes réseau et techniciens de maintenance manquent, les projets continueront à s’empiler plus vite qu’ils ne se construisent.
La transition énergétique catalane souffre donc de trois retards en parallèle : un retard de production, un retard d’instruction et un retard de capacités humaines. C’est pour cette raison que le débat dépasse largement la seule question environnementale. Il touche à l’aménagement du territoire, à la politique industrielle et à la compétitivité régionale.
Pour suivre le cadre officiel de planification et d’implantation des renouvelables en Catalogne, la référence la plus utile reste le portail de l’Institut Català d’Energia consacré au PLATER : https://icaen.gencat.cat/es/plans_programes/PLATER/index.html
Mon avis :
Avis d’expert : le constat est solide et factuel sur le décrochage catalan, avec un signal fort — seulement 15,3 % de la demande couverte par les renouvelables en 2025 contre 50,4 % pour le nucléaire. Sa limite : il documente bien le blocage administratif, mais quantifie encore mal l’impact économique précis du retard.




