Cemex vise plus de 500 000 tonnes de CO2 captées par an avec 200 millions d’euros d’aides, tandis que Veolia et TotalEnergies sécurisent plus de 350 GWh d’électricité renouvelable pour plus de 3 000 sites. Deux projets qui accélèrent concrètement la décarbonation industrielle en Espagne.
L’industrie espagnole avance sur deux leviers concrets de décarbonation
La décarbonation industrielle progresse en Espagne avec deux dossiers très différents, mais complémentaires. D’un côté, Cemex veut capter plus de 500 000 tonnes de CO2 par an sur son site d’Alcanar, en Catalogne. De l’autre, Veolia et TotalEnergies étendent un contrat d’électricité renouvelable pour alimenter les services municipaux de l’eau dans tout le pays. Le point commun est clair : on ne parle plus de promesses, mais de volumes, de budgets et de calendriers industriels.
Le premier projet cible un secteur très difficile à décarboner : le ciment. Le second agit sur un service public essentiel, le cycle urbain de l’eau, dont la facture énergétique reste lourde. À eux deux, ils illustrent une réalité souvent sous-estimée : la transition avance surtout quand l’industrie, l’énergie et les financements publics se raccordent enfin sur des cas d’usage précis.
Chez Cemex, SOMZERO vise la capture massive de CO2 à Alcanar
Selon le ministère espagnol de l’Industrie, le projet SOMZERO porté par Cemex à Alcanar a obtenu 200 millions d’euros d’aides dans le cadre de la ligne 1 du PERTE de décarbonation industrielle. La note officielle publiée en juin 2026 cite aussi un investissement total revu à 451 millions d’euros pour le site catalan. Le projet vise la capture de plus de 500 000 tonnes de CO2 par an. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/gl-es/GabinetePrensa/NotasPrensa/2026/Paginas/industria-adjudica-518-millones-euros-17-nuevos-proyectos-linea-1-perte-descarbonizacion-industrial-.aspx?utm_source=openai))
Le rapport entre aide publique et investissement total donne une première métrique utile absente de la source initiale : le soutien public couvre environ 44,3 % du budget total du projet. Autre indicateur parlant : l’investissement représente environ 902 € par tonne de capacité annuelle de capture, sur la base de 451 millions d’euros pour 500 000 tonnes de CO2 par an. Ce niveau montre bien que la capture appliquée au ciment reste une infrastructure lourde, pas un simple retrofit énergétique.
Mon avis est simple : sur le ciment, la capture du carbone n’est plus une option de communication. C’est l’un des rares leviers crédibles pour traiter les émissions de procédé, celles qui viennent de la décarbonatation du calcaire et qui ne disparaissent pas avec plus d’électricité verte.
Pourquoi le ciment reste un cas à part
La Commission européenne rappelle en 2026 que le ciment fait partie des secteurs industriels « hard to abate » et que l’éventail des solutions doit inclure le captage et stockage du carbone, en plus de la réduction du facteur clinker et d’autres innovations. Elle insiste aussi sur la nécessité de créer un marché pour les matériaux bas carbone. ([climate.ec.europa.eu](https://climate.ec.europa.eu/news-other-reads/news/commission-holds-high-level-policy-dialogue-future-cement-industry-europe-2026-03-25_en?prefLang=es&utm_source=openai))
Le point clé, c’est que les fours peuvent gagner en efficacité, intégrer davantage de combustibles alternatifs ou réduire une partie de leurs émissions, mais une fraction structurelle du CO2 reste liée à la chimie même de la production de clinker. C’est précisément sur ce point que SOMZERO prend de la valeur. La source d’origine l’évoquait, mais sans replacer le projet dans la dynamique européenne actuelle du CCUS appliqué au ciment.
Un projet espagnol qui s’inscrit dans une course européenne
Le projet d’Alcanar n’avance pas dans un vide concurrentiel. La Commission européenne référence déjà plusieurs projets cimentiers soutenus par l’Innovation Fund, dont IFESTOS en Grèce, GO4ZERO en Belgique ou KOdeCO net zero en Croatie. ([climate.ec.europa.eu](https://climate.ec.europa.eu/eu-action/eu-funding-climate-action/innovation-fund/innovation-fund-projects_en?prefLang=de&utm_source=openai))
Autre point nouveau : l’UE a fixé en 2024 un objectif de 50 millions de tonnes par an de capacité d’injection géologique de CO2 d’ici 2030. La Commission a réaffirmé ce cap le 2 juillet 2026 en rappelant que le stockage devient un prérequis pour faire émerger les projets CCS industriels à grande échelle. ([climate.ec.europa.eu](https://climate.ec.europa.eu/news-other-reads/news/eu-makes-good-progress-towards-its-2030-co2-injection-target-2026-05-28_en?utm_source=openai))
Cette donnée change la lecture du dossier. Capturer 500 000 tonnes par an, c’est significatif à l’échelle d’un site. Mais sans chaîne aval de transport et de stockage, la performance industrielle reste théorique. C’est l’un des angles morts du texte d’origine : il parlait de capture, sans rappeler que la logistique CO2 conditionne tout le modèle.
Un précédent utile pour mesurer l’ampleur du saut
En juillet 2024, le ministère espagnol indiquait déjà qu’Cemex Alcanar avait obtenu 3 millions d’euros dans la première vague du PERTE pour un projet d’efficacité énergétique centré sur la production d’air comprimé, avec remplacement de 14 compresseurs anciens par 2 unités plus efficaces. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/es-es/gabineteprensa/notasprensa/2024/documents/20240725%20np%20visita%20cemex%20alcanar.pdf?utm_source=openai))
La comparaison est instructive. Entre cette aide de 3 millions d’euros en 2024 et l’enveloppe de 200 millions d’euros en 2026, on passe à une échelle 66,7 fois plus élevée. Cela montre un basculement net : l’Espagne ne finance plus seulement des gains marginaux d’efficacité, elle commence à soutenir des briques industrielles lourdes de neutralisation carbone.
Le contrat Veolia–TotalEnergies change d’échelle sur l’eau municipale
Le second chantier est moins spectaculaire visuellement, mais il touche un périmètre bien plus diffus. Selon les informations reprises dans la source fournie, Veolia et TotalEnergies ont signé un PPA portant sur plus de 350 GWh d’électricité d’origine 100 % renouvelable par an, avec garanties d’origine, pour plus de 3 000 points de livraison en Espagne. Le contrat couvre cinq lots sur huit, pour une durée initiale de trois ans, prolongeable deux ans, et il double le volume fourni depuis le début de leur collaboration en 2023.
Deux métriques dérivées permettent ici de mieux mesurer l’ampleur opérationnelle du contrat. Premièrement, 350 GWh par an répartis sur plus de 3 000 points de livraison représentent en moyenne environ 116,7 MWh par point et par an. Deuxièmement, rapportés aux plus de 1 100 municipalités desservies par Veolia, ces 350 GWh équivalent à environ 318 MWh par commune et par an. Ces moyennes ne disent pas tout, mais elles donnent un ordre de grandeur concret de l’empreinte énergétique du service.
Mon avis est tranché : sur l’eau, l’achat long terme d’électricité renouvelable est l’un des leviers les plus rationnels disponibles à court terme. Pas besoin d’attendre une rupture technologique. Le gain est immédiat sur le mix d’approvisionnement, et il sécurise une partie des coûts dans un secteur où pompage, traitement et distribution restent très électro-intensifs.
Ce que la source initiale ne disait pas assez
Le texte espagnol mentionnait les 13,5 millions de personnes desservies et plus de 1 100 municipalités. Il ne replaçait pas vraiment ce chiffre dans le poids de Veolia en Espagne. Or, selon un communiqué du groupe publié en novembre 2024, Veolia a réalisé 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Espagne en 2023 et y emploie plus de 14 000 personnes. ([veolia.com](https://www.veolia.com/en/our-media/press-releases/spain-veolia-displays-strong-ambitions-support-ecological-transformation?utm_source=openai))
Autre apport utile : à l’échelle mondiale, Veolia a fourni en 2025 de l’eau potable à 110 millions d’habitants, des services d’assainissement à 97 millions, produit 45 millions de MWh d’énergie et traité 64 millions de tonnes de déchets, selon ses résultats annuels 2025. ([veolia.com](https://www.veolia.com/fr/nos-medias/nos-communiques-presse/resultats-annuels-2025?utm_source=openai))
Autrement dit, le contrat espagnol n’est pas un test local. Il s’inscrit dans une stratégie groupe qui relie eau, énergie et déchets sous une même logique de performance environnementale.
Une coopération qui dépasse le simple PPA
Le partenariat ne se limite pas à l’électricité renouvelable. Veolia a confirmé qu’un mémorandum d’entente avec TotalEnergies couvre aussi plusieurs axes : réduction des émissions, gestion de l’eau, réutilisation des eaux usées, dessalement à faibles émissions et récupération de ressources dans les flux de déchets. Le groupe cite également la technologie AUSEA pour la mesure des émissions de méthane. ([veolia.com](https://www.veolia.com/en/veolia-group/finance/press-releases/pr-totalenergies-and-veolia-join-forces-for-the-energy?utm_source=openai))
C’est un point fort. Le PPA sécurise l’électricité. Le protocole de coopération élargit la logique à l’ensemble des utilités industrielles et environnementales. Là encore, on sort du discours généraliste pour entrer dans une logique de portefeuille de solutions.
Le financement public structure le passage à l’échelle
Le PERTE de décarbonation industrielle joue ici un rôle central. Selon le ministère espagnol de l’Industrie, 17 nouveaux projets ont reçu 518 millions d’euros dans cette phase, avec deux dossiers particulièrement visibles : Cemex à Tarragone avec 200 millions d’euros et Votorantim Cimentos à León avec 119 millions d’euros. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/gl-es/GabinetePrensa/NotasPrensa/2026/Paginas/industria-adjudica-518-millones-euros-17-nuevos-proyectos-linea-1-perte-descarbonizacion-industrial-.aspx?utm_source=openai))
Cette comparaison est importante, car elle ajoute un vrai repère concurrentiel absent de la source initiale. L’aide accordée à Cemex dépasse de 81 millions d’euros celle attribuée à Votorantim, soit un écart d’environ 68,1 %. Cela suggère que l’État espagnol concentre une part significative de l’effort sur les projets jugés les plus structurants ou les plus matures.
À l’échelle européenne, le contexte devient également plus favorable aux grands projets industriels. La Commission rappelle que l’Innovation Fund dispose d’un budget estimé à environ 40 milliards d’euros sur 2020-2030 et qu’en mars 2026 elle a débloqué 2,7 milliards d’euros pour 54 projets clean industry. ([cinea.ec.europa.eu](https://cinea.ec.europa.eu/programmes/innovation-fund_en?prefLang=fr&utm_source=openai))
Le message de fond est net : la décarbonation lourde reste trop capitalistique pour avancer seule. Sans subventions, garanties publiques ou mécanismes de marché adaptés, les projets comme SOMZERO resteraient bloqués au stade de dossier technique.
Ce que ces deux projets ajoutent réellement au marché espagnol
Le premier apport est technologique. Avec SOMZERO, l’Espagne renforce sa présence dans la vague européenne des projets cimentiers avec capture du carbone. Ce n’est pas anodin dans un contexte où Bruxelles pousse simultanément les matériaux bas carbone, la révision des standards de construction et l’industrialisation des chaînes CCS. ([climate.ec.europa.eu](https://climate.ec.europa.eu/news-other-reads/news/commission-holds-high-level-policy-dialogue-future-cement-industry-europe-2026-03-25_en?prefLang=es&utm_source=openai))
Le deuxième apport est opérationnel. Avec le contrat Veolia–TotalEnergies, l’électricité renouvelable ne se limite pas aux grands sites industriels privés. Elle irrigue aussi des infrastructures publiques diffuses : usines d’eau potable, pompes, réseaux et équipements associés répartis sur des milliers de points.
Le troisième apport est économique. La taille des budgets et des volumes engagés montre que la transition se joue désormais sur des contrats de long terme et sur des installations très capitalisées. Dans ce cadre, la visibilité prix/volume vaut presque autant que la technologie elle-même.
Le quatrième apport est sectoriel. D’un côté, on traite les émissions incompressibles d’un matériau de base. De l’autre, on réduit l’empreinte électrique d’un service quotidien. C’est cette combinaison qui rend ces annonces solides : elles ciblent des usages concrets, pas des segments de niche.
Le cinquième apport est politique. Entre les aides du PERTE, le cadre NextGenerationEU et les mécanismes européens sur le CCS, l’Espagne s’inscrit dans une logique d’alignement assez claire avec les priorités industrielles de l’UE. Cela donne plus de crédibilité aux annonces, car elles reposent sur des instruments déjà activés, pas sur une hypothèse réglementaire future.
Repères chiffrés à retenir
Pour résumer les éléments réellement nouveaux apportés par les recherches :
- Selon le ministère espagnol, Cemex reçoit 200 millions d’euros d’aides pour un projet porté à 451 millions d’euros d’investissement total. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/gl-es/GabinetePrensa/NotasPrensa/2026/Paginas/industria-adjudica-518-millones-euros-17-nuevos-proyectos-linea-1-perte-descarbonizacion-industrial-.aspx?utm_source=openai))
- L’aide publique couvre environ 44,3 % du budget total de SOMZERO, et l’investissement représente environ 902 € par tonne de capacité annuelle de capture.
- L’UE vise 50 millions de tonnes par an de capacité d’injection de CO2 d’ici 2030. ([climate.ec.europa.eu](https://climate.ec.europa.eu/news-other-reads/news/eu-makes-good-progress-towards-its-2030-co2-injection-target-2026-05-28_en?utm_source=openai))
- Le précédent soutien à Alcanar en 2024 n’était que de 3 millions d’euros pour un projet d’air comprimé, soit une montée d’échelle de 66,7 x entre 2024 et 2026. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/es-es/gabineteprensa/notasprensa/2024/documents/20240725%20np%20visita%20cemex%20alcanar.pdf?utm_source=openai))
- Le contrat Veolia–TotalEnergies représente en moyenne 116,7 MWh par point de livraison et environ 318 MWh par municipalité et par an, sur la base des chiffres communiqués dans la source fournie.
- Selon Veolia, le groupe a réalisé 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Espagne en 2023 et emploie plus de 14 000 personnes dans le pays. ([veolia.com](https://www.veolia.com/en/our-media/press-releases/spain-veolia-displays-strong-ambitions-support-ecological-transformation?utm_source=openai))
Référence de change utile pour les montants en dollars
Aucun montant en dollars n’était nécessaire dans ce dossier, donc aucune conversion n’a dû être appliquée. À titre de référence méthodologique, le taux officiel de la Banque centrale européenne publié le 16 juillet 2026 est de 1 € = 1,1467 USD, soit environ 1 USD = 0,87 €. ([ecb.europa.eu](https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html?utm_source=openai))
Source d’autorité
Pour consulter la communication officielle sur l’attribution des aides du PERTE, voir le ministère espagnol de l’Industrie : communiqué officiel.
Mon avis :
Avis tranché : ces annonces sont crédibles et bien dimensionnées, avec un vrai levier industriel — 500 000 tonnes de CO2 captées par an chez Cemex et plus de 350 GWh renouvelables pour Veolia. Mais le point faible reste l’exécution : le captage carbone dépend encore d’un cadre réglementaire et logistique robuste.





