Jusqu’à 199 500 tonnes de déchets par an à Lerma, 140 000 tonnes à Benacazón et 25 millions d’euros d’aides en Catalogne : le biogaz avance en Espagne, entre contestation locale, ambitions agricoles et bataille sur la taille des projets.
Le biogaz en Espagne avance, mais le terrain refuse les projets trop massifs
Le dossier du biogaz en Espagne n’oppose plus seulement partisans et opposants de la transition énergétique. Il révèle un clivage plus précis : le pays accepte plus facilement les unités ancrées dans un bassin agricole local, mais rejette de plus en plus les projets perçus comme surdimensionnés. C’est le vrai angle mort du texte source : il décrit la polémique, sans assez quantifier l’écart entre ambition industrielle, acceptabilité locale et trajectoire nationale.
Selon le MITECO, l’Espagne vise 20 TWh de production de biogaz en 2030 dans le cadre du PNIEC 2023-2030. Le ministère rappelle aussi qu’au début de 2026, le pays comptait 23 unités de biométhane, dont 21 injectaient déjà dans le réseau gazier, pour une capacité totale proche de 1,4 TWh par an. De son côté, Sedigas indique désormais 25 installations de biométhane opérationnelles en Espagne, injectant dans les réseaux de transport et de distribution. Autrement dit, le parc progresse vite, mais le volume réellement disponible reste encore loin de la cible publique. Selon calcul à partir des chiffres du MITECO et de Sedigas, les 0,5 TWh annuels actuellement en exploitation cités par Sedigas et repris dans le débat sectoriel ne représentent qu’environ 2,5 % de l’objectif espagnol de 20 TWh. Le marché avance, mais il part de très bas. ([miteco.gob.es](https://www.miteco.gob.es/es/prensa/ultimas-noticias/2026/mayo/el-miteco-propone-impulsar-el-biometano-con-cuotas-minimas-en-la.html?utm_source=openai))
Benacazón : un projet emblématique de la crise d’acceptation
Dans l’Aljarafe sévillan, le projet de Benacazón concentre presque tous les facteurs de friction possibles : taille élevée, forte circulation attendue de matières organiques, proximité d’espaces sensibles et défiance vis-à-vis de l’étude d’impact. Le texte source évoque une capacité de 140 000 tonnes de déchets par an. Cela équivaut, selon calcul, à environ 384 tonnes par jour. Dit autrement, on ne parle pas d’une petite unité agricole, mais d’un site industriel au rythme logistique quotidien soutenu.
Le cœur du problème n’est pas seulement technique. Il est territorial. Les collectivités voisines contestent la localisation du projet, la prise en compte incomplète de certaines zones habitées et la proximité avec l’environnement de Doñana. Sur ce point, l’objection locale n’a rien d’anecdotique : dès qu’un projet dépasse l’échelle perçue comme “utile au territoire”, il bascule dans une autre catégorie politique, celle des infrastructures subies. Mon constat est simple : dans le biogaz, la taille devient un facteur de rejet presque aussi important que la technologie elle-même.
Lerma : l’autre front, encore plus grand en volume
Le cas de Lerma, dans la province de Burgos, confirme cette logique. Le projet promu par Enerth Investments, S.L.U. vise le traitement de 199 500 tonnes par an de lisier porcin, fumier et autres résidus pour produire biométhane, digestat et électricité. La surface prévue atteint 39 hectares. Selon calcul, ce volume représente environ 547 tonnes par jour. Lerma serait donc, en flux journalier, plus lourd que Benacazón d’environ 42,5 %. Cet écart change tout en matière de trafic, de stockage, d’exploitation continue et de pression perçue sur le territoire. ([oficius.es](https://oficius.es/informacion-oficial/castilla-y-leon/2026-06-25/informacion-publica-relativa-solicitud-autorizacion-ambiental-estudio-impacto-ambiental-proyecto-planta-tratamiento-residuos-peligrosos-digestion-anaerobia-n8bA0q?utm_source=openai))
La comparaison chiffrée apporte un élément absent de la source de départ : si Benacazón cristallise la contestation médiatique, Lerma se situe en réalité sur une échelle industrielle encore supérieure en tonnage traité. C’est un point clé pour lire la carte des conflits. Les oppositions locales ne se développent pas uniquement dans les zones écologiquement sensibles ; elles émergent aussi là où les habitants estiment que l’équilibre entre ressource locale et volume importé n’est plus crédible.
La Sentiu de Sió : quand le blocage ne vient plus seulement de la rue
En Catalogne, le projet de La Sentiu de Sió montre une autre évolution : la contestation ne repose plus uniquement sur des plateformes citoyennes, mais aussi sur les procédures elles-mêmes. Le texte fourni souligne l’absence alléguée de licences locales et le refus d’un accès prévu depuis la C-53. En parallèle, Copenhagen Infrastructure Partners avait présenté ses sites catalans de La Sentiu et Linyola comme des projets industriels de grande ampleur destinés à injecter du gaz vert dans le réseau et à valoriser les nutriments sous forme d’engrais. Le décalage entre ambition financière et calendrier administratif nourrit ici la crispation. ([news.cision.com](https://news.cision.com/copenhagen-infrastructure-partners-p-s/r/copenhagen-infrastructure-partners–industrial-scale-biogas-project-in-catalonia–spain-classified-as-strategically-important-for-the-region%2Cc4357520?utm_source=openai))
Mon avis est net : un projet de biométhane peut survivre à une polémique locale, mais beaucoup plus difficilement à une accumulation de contentieux, d’autorisations incomplètes et de défaut d’acceptation sur les accès logistiques. Dans ce secteur, la robustesse réglementaire vaut presque autant que la technologie de méthanisation elle-même.
Le marché espagnol reste petit face à son potentiel réel
Le texte source parle d’un secteur stratégique, mais il sous-estime le contraste entre potentiel théorique et déploiement effectif. Selon le MITECO, l’IDAE estimait déjà en 2018 un potentiel atteignable compris entre 20 et 34 TWh par an en ne considérant que les déchets agricoles, d’élevage et agroalimentaires. Le ministère ajoute que l’Espagne est le troisième pays de l’Union européenne en potentiel de production de biométhane. Pourtant, l’IDAE rappelle aussi que le développement espagnol reste modeste comparé au reste de l’Europe, où l’on compte près de 19 000 installations de biogaz et environ 725 sites injectant du biométhane dans les réseaux. ([miteco.gob.es](https://www.miteco.gob.es/es/energia/participacion/2026/detalle-participacion-publica-k-815.html?utm_source=openai))
Ce décalage explique l’agressivité actuelle du marché. Les développeurs veulent sécuriser vite les meilleurs gisements de déchets, les points d’injection et les emprises foncières. Les riverains, eux, découvrent soudain des projets très gros dans des zones rurales qui n’ont jamais accueilli ce type d’installations. Résultat : l’accélération industrielle percute de front le temps long de l’acceptation locale.
Le soutien du monde agricole n’est pas un blanc-seing
Le soutien exprimé par les organisations agricoles andalouses n’est pas neutre. Selon Cooperativas Agro-alimentarias de Andalucía, le biogaz et le biométhane représentent une opportunité économique, environnementale et stratégique pour l’oliveraie andalouse. Le texte source cite aussi l’appui de Asaja, COAG et UPA, en particulier autour de la valorisation de sous-produits comme l’alperujo et l’alpechín. L’argument est solide : convertir un passif agronomique en énergie et en fertilisants améliore la logique de circularité. ([agroalimentarias-andalucia.coop](https://www.agroalimentarias-andalucia.coop/?utm_source=openai))
Mais il faut éviter l’erreur classique : soutien agricole ne veut pas dire approbation sans conditions. Le monde agricole défend surtout les projets qui réduisent le coût de gestion des effluents, limitent les contraintes d’épandage et créent un revenu additionnel à proximité des exploitations. Là encore, l’échelle fait la différence. Une usine très grande, alimentée par des flux dispersés et des camions en série, ne produit pas la même adhésion qu’une installation pensée autour d’un bassin d’élevage resserré.
Le digestat devient un vrai sujet technique, pas seulement un sous-produit
L’un des apports les plus concrets vient de l’accord entre l’Université de Jaén et Genia Bioenergy. Selon l’université, les deux partenaires ont lancé une recherche de 18 mois pour évaluer le potentiel agronomique de la fraction solide du digestat comme amendement organique pour les sols oléicoles. Les essais doivent être menés en conditions réelles, dans le cadre du projet européen Soil O-live. ([ujaen.es](https://www.ujaen.es/servicios/otri/noticias/la-universidad-de-jaen-y-genia-bioenergy-investigaran-el-uso-del-digerido-de-plantas-de?utm_source=openai))
C’est un point essentiel que beaucoup d’articles sur le biogaz traitent trop vite. Une unité ne se juge pas seulement à son gaz produit, mais aussi à la qualité, à la stabilité et au débouché agronomique de son digestat. Si ce résidu devient un fertilisant utile, traçable et accepté, le modèle gagne en crédibilité. S’il reste une matière difficile à écouler, la promesse de circularité s’affaiblit. Mon point de vue est clair : l’avenir du biométhane agricole espagnol se jouera autant dans les champs que dans les digesteurs.
La Catalogne pousse un modèle plus encadré
La stratégie catalane apporte un contre-modèle intéressant. Selon le Govern de Catalunya, une nouvelle ligne d’aides de 25 millions d’euros doit soutenir des installations de biogaz et le traitement des digestats. Le cadre annoncé par le conseiller Òscar Ordeig fixe deux garde-fous précis : les projets aidés ne pourront pas traiter plus de 150 000 tonnes de déjections par an et les matières devront provenir d’exploitations situées dans un rayon maximal de 35 kilomètres. Ce double plafond change la philosophie du secteur : on subventionne moins la taille que l’ancrage territorial. ([govern.cat](https://govern.cat/gov/notes-premsa/712042/conseller-ordeig-seguirem-donant-suport-plantes-biogas-element-clau-avancar-cap-transicio-energetica-ambiental-verda-oportunitat-al-territori?utm_source=openai))
La Catalogne ajoute aussi des données de contexte absentes de la source initiale. Selon le gouvernement catalan, la région génère chaque année 9,4 millions de tonnes de lisier et 2,8 millions de tonnes de fumier et fientes. Le besoin de solutions de traitement est donc massif, structurel et non ponctuel. Le biogaz n’est pas ici un simple dossier énergétique : c’est un outil de gestion des excédents organiques. ([govern.cat](https://govern.cat/gov/notes-premsa/712042/conseller-ordeig-seguirem-donant-suport-plantes-biogas-element-clau-avancar-cap-transicio-energetica-ambiental-verda-oportunitat-al-territori?utm_source=openai))
Alcarràs : un cas concret qui donne enfin des ordres de grandeur
Le cas d’Alcarràs Bioproductors mérite mieux qu’une mention rapide. Selon le Govern, le projet a déjà reçu 3,7 millions d’euros d’aides publiques et aurait permis de libérer 3 000 hectares auparavant utilisés pour l’épandage de purins. Deux métriques dérivées permettent d’éclairer ces chiffres. D’abord, cette subvention représente environ 14,8 % de l’enveloppe catalane de 25 millions d’euros. Ensuite, le ratio ressort à près de 811 hectares libérés par million d’euros d’aide. Ce n’est pas un indicateur de rentabilité complète, mais c’est un ordre de grandeur utile pour mesurer l’effet territorial revendiqué par la puissance publique. ([govern.cat](https://govern.cat/gov/notes-premsa/712042/conseller-ordeig-seguirem-donant-suport-plantes-biogas-element-clau-avancar-cap-transicio-energetica-ambiental-verda-oportunitat-al-territori?utm_source=openai))
Ce cas d’usage donne de la matière au débat. Une partie de l’opposition assimile encore toutes les usines de biogaz à une nuisance nette. Ce raccourci ne tient pas dès lors qu’un projet documente un service précis rendu au territoire : réduction de la pression d’épandage, gestion locale des effluents, autoconsommation énergétique ou production de fertilisants mieux valorisés.
Les grands énergéticiens montent en puissance, et cela change la lecture du secteur
Autre angle absent de la source d’origine : la montée des grands acteurs. Selon Moeve, cité dans la presse économique sectorielle, l’entreprise a annoncé environ 600 millions d’euros d’investissement pour déployer en Espagne, avec des partenaires, une trentaine de plantes d’ici 2030. L’objectif affiché est de totaliser 4 TWh par an, de valoriser jusqu’à 10 millions de tonnes de biodéchets par an et de compenser jusqu’à 728 000 tonnes de CO₂. Cela donne deux repères utiles : environ 133 € investis par MWh de capacité annuelle visée, et en moyenne environ 333 000 tonnes de biodéchets par site et par an si le portefeuille atteint bien 30 unités. ([elpais.com](https://elpais.com/extra/energia/2025-05-24/economia-circular-a-todo-biogas.html?utm_source=openai))
Ce changement d’échelle explique beaucoup de tensions locales. Quand des fonds d’infrastructure et des énergéticiens structurent le marché, les projets deviennent plus standardisés, plus rapides à répliquer et souvent plus gros. C’est efficace pour décoller industriellement. C’est beaucoup moins efficace pour convaincre un village que l’unité prévue reste proportionnée à ses besoins.
Le biométhane va aussi être poussé par la régulation
Le marché ne dépendra pas seulement des aides. Selon le MITECO, le projet de décret mis en consultation en mai 2026 prévoit des quotas minimaux de biométhane dans les ventes de gaz naturel, avec une trajectoire progressive de 0,5 % en 2028 à 6 % en 2035. Le ministère estime qu’un niveau de 6 % en 2035 représenterait environ 10 TWh de biométhane, sur la base de la demande de gaz prévue. Ce signal réglementaire change la hiérarchie du dossier : on ne parle plus d’une filière optionnelle, mais d’un gisement que l’État veut faire monter en charge. ([miteco.gob.es](https://www.miteco.gob.es/es/prensa/ultimas-noticias/2026/mayo/el-miteco-propone-impulsar-el-biometano-con-cuotas-minimas-en-la.html?utm_source=openai))
Mon jugement est tranché : si l’Espagne impose la demande avant d’avoir réglé l’acceptabilité locale, elle accélérera les recours. Si elle encadre strictement la taille, la provenance des intrants, la distance logistique et la qualité du digestat, elle créera au contraire un marché plus lent, mais plus stable.
Ce que la source oubliait vraiment
Le texte de départ avait raison sur le constat général, mais il laissait de côté cinq éléments décisifs. Premièrement, le retard quantifié du pays face à son objectif 2030. Deuxièmement, la différence réelle d’échelle entre Benacazón et Lerma une fois ramenée en tonnes par jour. Troisièmement, le rôle stratégique du digestat, désormais traité comme un sujet de R&D appliquée par l’Université de Jaén. Quatrièmement, l’existence d’un modèle catalan plus contraint, fondé sur un plafond de tonnage et une distance maximale d’approvisionnement. Cinquièmement, l’arrivée de grands investisseurs qui transforment le biogaz en marché industriel national, et non plus en simple solution locale de traitement des déchets. ([ujaen.es](https://www.ujaen.es/servicios/otri/noticias/la-universidad-de-jaen-y-genia-bioenergy-investigaran-el-uso-del-digerido-de-plantas-de?utm_source=openai))
Un seul lien d’autorité permet de suivre ce basculement réglementaire et industriel à la source : le communiqué du MITECO sur les quotas minimaux de biométhane. ([miteco.gob.es](https://www.miteco.gob.es/es/prensa/ultimas-noticias/2026/mayo/el-miteco-propone-impulsar-el-biometano-con-cuotas-minimas-en-la.html?utm_source=openai))
Mon avis :
Le biogaz a un vrai intérêt industriel s’il traite des déchets locaux et ferme la boucle agronomique, comme l’illustre l’usage du digestat étudié dans l’olivier. Mais les macroprojets perdent en crédibilité quand l’acceptabilité territoriale échoue : Benacazón ou Lerma montrent qu’échelle, localisation et transparence restent décisives.





