La Colombie se trouve à un carrefour crucial, où le besoin urgent d’énergie stable se heurte à des risques climatiques croissants. La ressource historique de l’hydroélectricité révèle ses limites, incitant une réflexion sérieuse sur l’énergie nucléaire comme solution fiable et durable pour diversifier la matrice énergétique du pays.
Pourquoi la Colombie s’intéresse à l’énergie nucléaire
Le système électrique colombien repose principalement sur l’hydroélectricité, ce qui a permis au pays de bénéficier d’une électricité relativement propre en termes d’émissions. Cependant, cette dépendance aux ressources hydriques le rend vulnérable au changement climatique. Les épisodes d’El Niño entraînent des risques de pénuries d’eau, tandis que d’abondantes pluies provoquent des problèmes liés aux réservoirs saturés. Cette dualité persistent met en lumière la nécessité d’explorer d’autres sources d’énergie pour diversifier le mix énergétique.
Ces dernières années, des réservoirs tels qu’Urrá, Ituango ou Calima ont atteint des niveaux dépassant les 100 % de remplissage, entraînant des vidanges techniques. Si ces actions sont essentielles pour la sécurité, elles soulèvent des tensions politiques et des débats environnementaux. Le président Gustavo Petro les a qualifiées de « crime environnemental », mettant en cause la « cupidité » des entreprises génératrices.
Face à ces assertions, les producteurs d’électricité soutiennent que libérer de l’eau dans certaines circonstances est essentiel pour éviter des dommages structurels et assurer un fonctionnement pérenne des infrastructures. Ce débat révèle une réalité où tout dépend de la météo ; toute variation climatique peut devenir un sujet de conflit.
L’analyste Roberto Pombo et le professeur de physique Luis Fernando Cristancho soulignent que la Colombie est devenue « otage » des cycles de sécheresse et d’abondance. En quelques années, on passe de la crainte d’un blackout à la gestion d’inondations, sans source d’énergie stable pour équilibrer ces fluctuations.
C’est ici que l’énergie nucléaire pourrait jouer un rôle de soutien, non pas pour remplacer l’hydroélectricité, mais comme une source d’énergie stable, à faibles émissions, permettant de diminuer la dépendance aux caprices climatiques. L’articulation entre hydroélectricité, énergies renouvelables et nucléaire est une approche que de nombreux pays européens explorent pour assurer leur sécurité énergétique et atteindre des objectifs climatiques.
Nouvelle loi nucléaire et création de l’Agence Nationale de Sécurité Nucléaire
Une des avancées les plus significatives en Colombie est l’approbation du Projet de Loi 466 de 2024, communément appelé loi nucléaire. Cette loi a été adoptée avec un consensus exceptionnel à la Chambre des représentants, illustrant un accord sur la nécessité de réglementer le secteur nucléaire civil.
Cette législation ne prévoit pas la construction immédiate de centrales nucléaires de grande taille, mais vise surtout à établir un cadre juridique clair et stable pour l’utilisation de la technologie nucléaire dans les domaines médical et industriel, et, à moyen et long terme, dans la production d’énergie. Les hôpitaux, les laboratoires et les entreprises utilisant des radio-isotopes nécessitent des règles précises en matière de sécurité et de responsabilité.
Une disposition clé de cette loi est la création de l’Agence Nationale de Sécurité Nucléaire (ANSN), un organisme séparant la promotion de l’énergie nucléaire de sa supervision. Cette division s’inscrit dans les normes de l’Organisation Internationale de l’Énergie Atomique (OIEA), qui recommande que le régulateur soit indépendant des promoteurs ou exploitants de la technologie.
Avec l’ANSN, la Colombie entend se conformer aux meilleures pratiques internationales, renforçant la surveillance sur tous les usages nucléaires et radiologiques dans le pays. L’objectif principal est de susciter une confiance et une crédibilité citoyennes, essentielles pour développer de futurs projets nucléaires d’envergure.
La loi modernise également des aspects liés aux licences, aux contrôles et à la gestion des déchets nucléaires. Elle s’inspire des révisions réglementaires entreprises par plusieurs pays européens pour intégrer de nouvelles technologies comme les réacteurs modulaires petits (SMR) et les micro-réacteurs, ainsi que pour les applications médicales et de recherche.
Sécurité, mortalité et comparaison avec d’autres sources
La sécurité est un des enjeux majeurs du débat sur l’énergie nucléaire. Les événements de Tchernobyl et de Fukushima inquiètent encore, mais les données mondiales sur la mortalité par unité d’énergie produite montrent une réalité moins intuitive. Les études comparatives positionnent l’énergie nucléaire parmi les sources ayant le moins d’impact sur la vie humaine, tant à cause des accidents que de la pollution de l’air.
Les chiffres évoquent environ 0,03 décès par térawatt-heure produit par l’énergie nucléaire, contre plus de 30 décès/TWh pour le charbon, lié principalement aux émissions de particules fines et d’oxydes de soufre. En Europe, cette différence devient centrale dans les stratégies de décarbonisation.
De plus, l’empreinte carbone de l’énergie nucléaire est très faible lorsqu’on considère l’ensemble de son cycle de vie. Des études montrent que les émissions de l’énergie nucléaire sont comparables à celles des énergies renouvelables et inférieures à celles des technologies à gaz naturel, ce qui en fait un atout pour renforcer les politiques climatiques. En intégrant plusieurs petits réacteurs modulaires, la Colombie pourrait éviter l’émission de dizaines de millions de tonnes de CO2 dans les prochaines décennies.
L’énergie nucléaire apporte une source d’énergie stable, indépendamment des conditions climatiques. Pour un pays comme la Colombie, qui a déjà une forte capacité hydroélectrique et qui commence à intégrer des énergies solaires et éoliennes, l’ajout d’une base nucléaire pourrait stabiliser le réseau et réduire la dépendance aux combustibles fossiles.
Petits réacteurs modulaires, micro-réacteurs et usages sociaux
Le débat en Colombie évolue vers l’exploration d’options comme les réacteurs modulaires petits (SMR) et les micro-réacteurs. Ces technologies, également analysées en Europe, promettent des installations à plus petite échelle, intégrables dans des systèmes électriques variés, avec des conceptions de sécurité passive avancées.
Les SMR peuvent être installés progressivement pour s’adapter à la demande de régions spécifiques, remplaçant progressivement les centrales à charbon ou au diesel. Leur modularité est particulièrement intéressante pour des pays en développement comme la Colombie.
Les micro-réacteurs représentent une solution pour des zones isolées où l’électricité reste une denrée rare. Des régions comme La Guajira ou l’Amazonie, avec de persistants problèmes d’accès à l’électricité, pourraient bénéficier d’unités compactes capables d’opérer pendant des années sans recharge fréquente de combustible.
Un aspect particulièrement pertinent est la possibilité pour l’énergie nucléaire de soutenir des projets de désalinisation d’eau. En Colombie, les micro-réacteurs pourraient fournir de l’eau potable dans des zones côtières souffrant de pénurie d’eau, tout en améliorant la qualité de vie des communautés vulnérables.
Outre la génération d’électricité, le pays pourrait se positionner dans le domaine du hydrogène « rosé », produit par électrolyse alimentée par énergie nucléaire. Ce vecteur énergétique est considéré comme crucial pour décarboniser l’industrie lourde et le transport de longue distance, et la Colombie souhaite s’engager dans cette opportunité d’exportation et de coopération technologique.
L’expérience colombienne et les références internationales
Il est important de noter que la Colombie ne part pas de zéro. Depuis 1965, le pays exploite un réacteur de recherche qui a fonctionné sans incidents majeurs. Cette installation a contribué à former du personnel technique et à développer des capacités en physique nucléaire et radiologique.
Le récent engagement de la Colombie auprès de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique et l’adoption de la loi nucléaire représentent des avancées significatives. Ces gestes signalent un engagement envers les normes mondiales de sécurité, de transparence et de réglementation, éléments indispensables avant d’envisager des projets de production commerciale.
L’expérience de pays comme la France, la Finlande ou la Suède montre qu’un programme nucléaire stable nécessite des décennies de cohérence politique et une stratégie de communication efficace. Les débats sur les déchets, les coûts, les délais de construction et les risques perçus persistent, mais sont abordés dans un cadre institutionnel solide et par le biais de processus de participation publique.
Pour la Colombie, observer la révision de la taxonomie verte en Europe, intégrant l’énergie nucléaire comme activité durable, offre une référence intéressante. Cette réévaluation témoigne de la nécessité de réduire les émissions et d’assurer la sécurité de l’approvisionnement, conduisant de nombreux gouvernements à reconsidérer leurs positions sur cette technologie.
Des figures politiques comme María del Mar Pizarro ou des experts comme Natalia Gutiérrez, s’impliquent déjà dans des discussions sur l’intégration de l’énergie nucléaire dans le mix national, prenant en compte les leçons des expériences européennes.
Défis politiques, sociaux et de communication
Bien que les progrès réglementaires soient significatifs, les spécialistes s’accordent à dire que le véritable défi pour l’énergie nucléaire en Colombie est politique et social. Des peurs, souvent alimentées par la désinformation ou une association directe avec les armes nucléaires, persistent, même si le débat se concentre sur des usages civils et pacifiques. L’acceptation sociale sera cruciale.
Des experts encouragent un dialogue ouvert sur la question, soulignant l’importance d’une communication transparente des risques associés à toute technologie énergétique, tout en tenant compte des impacts du charbon et du pétrole.
Il sera également nécessaire de développer des compétences humaines dans le domaine nucléaire : ingénieurs, spécialistes en sécurité radiologique et personnel réglementaire formés. L’Europe a investi des années dans des réseaux universitaires pour soutenir son secteur nucléaire ; la Colombie doit envisager des initiatives similaires.
Enfin, la gestion des déchets nucléaires et la mise en place de stratégies pour leur stockage sûr représentent des enjeux majeurs. Bien que le volume cumulé soit relativement faible, son caractère à long terme exige des plans transparents et consensuels, s’inspirant des expériences de pays qui ont avancé dans cette voie.
Cette phase de maturation en Colombie, avec des lois fiscales sur l’énergie nucléaire, la création d’agences de sécurité et une expérience opérationnelle antérieure, indique un mouvement vers une diversification de la matrice électrique, renforçant la sécurité d’approvisionnement et réduisant les émissions. Le chemin à parcourir reste long en matière de consensus politique et d’acceptation publique, mais les gestes posés montrent que la Colombie envisage un futur énergétique plus propre et résilient.
Mon avis :
La relance du débat autour de l’énergie nucléaire en Colombie, face aux limites de l’hydraulique, dévoile à la fois des opportunités et des défis. Bien que la nuclear offre une source d’énergie stable et à faibles émissions, le pays doit surmonter des préoccupations sociopolitiques et régulatrices, comme en témoigne l’adhésion à des normes internationales.
Les questions fréquentes :
Quelles sont les raisons pour lesquelles la Colombie envisage d’adopter l’énergie nucléaire ?
La Colombie dépend largement des centrales hydroélectriques, ce qui, bien que garantissant une électricité relativement propre, la rend vulnérable aux changements climatiques. Les épisodes de sécheresse et d’inondations montrent que cette dépendance a un coût. Ainsi, des voix académiques et politiques s’élèvent pour discuter des solutions alternatives, comme l’énergie nucléaire, qui pourrait servir de source d’énergie stable et respectueuse de l’environnement.
Quelles sont les nouvelles réglementations concernant l’énergie nucléaire en Colombie ?
La récente adoption du Projet de Loi 466 de 2024, surnommé Loi Nucléaire, constitue un pas important pour encadrer l’utilisation de la technologie nucléaire. Cette loi vise à établir un cadre juridique stable pour les utilisations médicales et industrielles, tout en préparant le terrain pour des projets énergétiques futurs. La création de l’Agence Nationale de Sécurité Nucléaire (ANSN) est également un aspect clé, afin de séparer les fonctions de promotion et de réglementation de l’énergie nucléaire.
Comment l’énergie nucléaire secompare-t-elle aux autres sources d’énergie en matière de sécurité ?
Malgré les préoccupations liées à des événements historiques comme Tchernobyl et Fukushima, des études montrent que l’énergie nucléaire a l’un des impacts les plus faibles en matière de mortalité par unité d’énergie produite. En effet, les chiffres indiquent environ 0,03 décès par térawatt-heure généré par l’énergie nucléaire, contre plus de 30 décès par térawatt-heure pour le charbon. Par conséquent, l’énergie nucléaire pourrait jouer un rôle essentiel dans les stratégies de décarbonisation.
Quels défis politiques et sociaux la Colombie devra-t-elle surmonter pour développer l’énergie nucléaire ?
La perception du public autour de l’énergie nucléaire est marquée par des peurs et des désinformations. Le principal défi consiste à instaurer un dialogue ouvert sur les risques et les bénéfices des différentes sources d’énergie. Il est crucial d’éviter que cette question ne devienne un outil politique, en favorisant plutôt une éducation basée sur des données probantes et en formant des ressources humaines qualifiées dans le domaine nucléaire.







