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Éolien offshore en Espagne : la feuille de route entre dans sa dernière ligne droite avant la première subasta

Albert Inconnu by Albert Inconnu
3 juillet 2026
in Energie
0
Éolien offshore en Espagne : la feuille de route entre dans sa dernière ligne droite avant la première subasta
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Avec 1 à 3 GW visés d’ici 2030 et 200 millions d’euros déjà mobilisés pour adapter les ports, dont 100 millions en Galice, l’Espagne accélère enfin sur l’éolien en mer. Sara Aagesen vise une première subasta avant fin 2026, avec Canaries et Galice en tête.

L’Espagne veut boucler en 2026 le cadre de sa première subvention pour l’éolien en mer

Sara Aagesen, vice-présidente du gouvernement espagnol et ministre de la Transition écologique, a confirmé que l’exécutif vise toujours une première procédure concurrentielle pour l’éolien en mer avant la fin de l’année 2026. Le signal est clair : Madrid veut sortir du flou réglementaire et lancer enfin le premier appel d’offres attendu par toute la filière.

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Le point clé, absent de nombreux papiers de reprise, tient au calendrier exact de la consultation publique préalable. Selon le MITECO, cette consultation sur les bases du premier dispositif de mise en concurrence a été ouverte du 4 au 24 février 2026. Le ministère y demandait noir sur blanc quelles zones à fort potentiel définies dans les POEM devaient être retenues, mais aussi quels paramètres techniques encadreraient les projets, notamment la puissance, le délai maximal de livraison et le volume d’énergie minimal et maximal associé à la subvention. Autrement dit, l’Espagne ne prépare pas un simple tarif de soutien : elle prépare un paquet réglementaire complet, avec sélection géographique, exigences de calendrier et filtre industriel selon le MITECO.

Mon point de vue est simple : tant que ces règles ne sont pas publiées, le secteur reste en attente. Mais la consultation de février montre que l’administration a déjà basculé du discours politique vers l’ingénierie réglementaire.

Le cadre juridique existe déjà, mais il restait inutilisable sans procédure d’attribution

Le déploiement de l’éolien en mer espagnol ne part pas de zéro. Depuis le Real Decreto 150/2023, les cinq plans d’aménagement de l’espace maritime espagnol sont approuvés. Selon le BOE, ces POEM fixent les zones aptes au développement des usages maritimes, y compris l’éolien en mer, tout en rappelant que l’inscription d’une zone à fort potentiel ne vaut pas autorisation automatique de projet. Chaque parc devra encore passer ses évaluations environnementales, ses études de coexistence et ses vérifications de sécurité maritime.

C’est un point décisif. Le texte officiel insiste aussi sur la coexistence avec la pêche, l’aquaculture et les autres usages. Le message de l’État est donc double : oui à l’éolien flottant, mais pas à n’importe quel prix politique. Sur ce dossier, le gouvernement espagnol a raison d’avancer lentement sur l’acceptabilité locale. En mer, un mauvais arbitrage se paie pendant des années.

Selon l’IDAE, la feuille de route nationale publiée en 2021 fixe pour 2030 un objectif de 1 à 3 GW d’éolien en mer flottant en Espagne, auxquels s’ajoutent jusqu’à 60 MW pour les autres énergies marines. Cette cible est connue, mais un calcul dérivé permet de mieux mesurer l’enjeu : si l’on rapporte le plafond de 3 GW au plancher de 1 GW, l’objectif haut représente trois fois l’objectif bas, soit un écart de 200 %. Cela traduit une réalité : l’État a une ambition, mais il n’a pas encore verrouillé la taille réelle du marché initial.

Canaries et Galice restent les deux favoris, pour des raisons très différentes

Le débat territorial se concentre logiquement sur les Canaries et la Galice. Les deux zones cochent plusieurs cases, mais pas pour les mêmes raisons.

Aux Canaries, l’argument principal reste la dépendance énergétique des systèmes insulaires. L’éolien flottant peut y avoir un usage plus visible et plus direct qu’en péninsule : réduire l’appel aux combustibles importés, lisser une partie du coût de production locale et renforcer la sécurité d’approvisionnement. C’est un cas d’usage concret que peu d’articles détaillent assez. Dans un archipel où l’équilibre électrique est structurellement plus fragile, un mégawatt offshore ne vaut pas seulement une production bas carbone ; il vaut aussi une moindre exposition aux importations fossiles.

En Galice, l’argument est surtout industriel. La côte atlantique dispose d’un potentiel venteux élevé, mais surtout d’une base portuaire, navale et métallurgique qui peut capter davantage de valeur. Le sujet n’est donc pas seulement de poser des turbines en mer. Le sujet est de savoir où seront assemblés les flotteurs, les structures, les sous-ensembles et les équipements logistiques.

Le frein, lui, est bien identifié. Selon le BOE, la coexistence avec la pêche devra être étudiée au cas par cas car l’éolien flottant commercial reste encore peu mature à l’échelle mondiale. C’est précisément pour cela que la future attribution espagnole sera scrutée : elle doit démontrer qu’un premier projet pilote commercial peut fonctionner sans braquer durablement les usages historiques du littoral.

Les ports sont le vrai nerf de la guerre industrielle

Le texte source évoque une enveloppe de 200 millions d’euros pour adapter les ports espagnols à l’éolien en mer, dont environ 100 millions d’euros orientés vers la Galice. Même si le détail ligne par ligne n’est pas entièrement communiqué dans les documents consultés, l’ordre de grandeur permet déjà de calculer une métrique utile : la part galicienne représente 50 % de l’enveloppe totale. C’est considérable.

Autre métrique dérivée : si l’Espagne atteignait seulement son objectif bas de 1 GW d’ici 2030, ces 200 millions d’euros d’adaptation portuaire équivaudraient à 200 000 € par MW de capacité cible. Si elle atteignait l’objectif haut de 3 GW, ce ratio tomberait à 66 667 € par MW. Cette simple fourchette montre une chose : plus le volume attribué sera élevé, plus l’investissement portuaire sera amorti efficacement à l’échelle de la filière.

Selon Puertos del Estado, neuf autorités portuaires espagnoles se sont présentées ensemble à WindEurope 2026 pour vendre le positionnement industriel du pays : A Coruña, Almería, Avilés, Cartagena, Castellón, Ferrol, Gijón, Las Palmas et Tarragona. Le message envoyé au marché est limpide : l’Espagne ne veut pas seulement accueillir des parcs, elle veut capter la fabrication, l’assemblage et la logistique lourde.

Le cas de Ferrol illustre bien cette orientation. La mémoire annuelle 2024 de Puertos del Estado mentionne une concession liée à une usine d’assemblage de structures d’éolien en mer dans le port extérieur. Ce n’est pas anecdotique. Cela signifie que certains actifs industriels sont déjà en préparation, avant même la première grande procédure nationale.

À mon avis, c’est ici que l’Espagne peut vraiment se différencier. Le pays a peu d’intérêt à copier les marchés historiques de l’éolien posé. En revanche, sur le flottant, il peut vendre une chaîne industrielle atlantique et insulaire crédible.

Le marché européen donne de la profondeur au pari espagnol

Le lancement espagnol arrive dans un contexte européen qui a changé d’échelle. Selon WindEurope, l’Europe totalisait 304 GW de capacité éolienne fin 2025, dont 39 GW en mer. Cela signifie que l’offshore pèse environ 12,8 % du parc éolien européen total, contre 87,2 % pour l’onshore. L’éolien en mer reste donc minoritaire, mais plus du tout marginal.

Selon WindEurope, les gouvernements européens ont attribué 11,7 GW de nouvelles capacités éoliennes en appels d’offres au premier semestre 2025, dont 1 GW offshore. Là encore, le calcul dérivé est parlant : l’offshore n’a représenté qu’environ 8,5 % des volumes attribués sur la période. Ce chiffre rappelle que le segment reste plus complexe, plus capitalistique et plus lent à exécuter.

Selon la Commission européenne, l’objectif révisé agrégé des États membres atteint environ 111 GW d’énergies renouvelables en mer d’ici 2030, contre un objectif initial de la stratégie offshore de l’UE de 60 GW d’éolien offshore à cet horizon. L’écart est massif. Cela veut dire que les États membres se projettent désormais bien au-delà du premier cadrage de 2020.

Dans ce contexte, l’Espagne arrive tard, mais pas trop tard. C’est même peut-être un avantage. Elle peut observer les erreurs des pionniers, notamment sur les appels d’offres mal calibrés, les prix déconnectés des coûts réels et les goulets d’étranglement industriels.

La vraie comparaison utile : la France a déjà lancé un appel d’offres flottant commercial

Pour mesurer le retard espagnol, la comparaison la plus pertinente n’est pas le Royaume-Uni ni l’Allemagne, mais la France. Selon WindEurope, la France a annoncé en mai 2024 les lauréats de l’appel d’offres de 250 MW au sud de la Bretagne, présenté comme la première procédure commerciale de grande taille pour l’éolien flottant.

Cette référence compte pour deux raisons. D’abord, elle prouve qu’un État européen peut faire sortir le flottant du stade strictement démonstrateur. Ensuite, elle offre un point de pression pour l’Espagne : si Madrid veut être crédible industriellement sur l’Atlantique, il ne peut plus rester bloqué au stade préparatoire pendant plusieurs années supplémentaires.

Le texte source parle d’une première subvention espagnole avant fin 2026. À l’échelle européenne, ce serait cohérent. À l’échelle industrielle, c’est même le minimum. Car selon l’IEA, le marché mondial de l’éolien en mer doit passer d’environ 9,2 GW d’ajouts annuels en 2024 à plus de 37 GW en 2030. Cela correspond à un marché multiplié par un peu plus de 4. Si l’Espagne tarde encore, elle risque surtout de consommer des technologies conçues ailleurs au lieu de participer à leur fabrication.

Pourquoi l’éolien flottant domine le scénario espagnol

Le choix espagnol n’est pas idéologique, il est géographique. Selon l’IEA, les fondations flottantes ouvrent l’accès aux zones marines où la profondeur dépasse environ 50 à 60 mètres. C’est exactement le type de contrainte qui limite l’éolien posé sur une large partie des façades espagnoles.

Cette donnée technique change tout. Elle explique pourquoi l’objectif officiel de l’IDAE porte spécifiquement sur 1 à 3 GW d’éolien flottant et non sur un simple mix offshore générique. Le flottant n’est pas une option marketing pour l’Espagne. C’est la technologie qui colle le mieux à ses côtes.

Autre nouveauté utile : selon WindEurope, l’Europe compte aujourd’hui environ 30 turbines offshore flottantes. Le volume reste faible. Cela confirme que l’Espagne peut encore se positionner tôt sur la courbe d’apprentissage industrielle. Mais cela confirme aussi le risque inverse : la filière n’est pas mature au point d’absorber n’importe quel calendrier ou n’importe quel cahier des charges.

La future procédure espagnole sera jugée sur ses critères, pas seulement sur son prix

Le texte d’origine a raison sur un point central : la première attribution ne peut pas être un simple concours au mégawattheure le moins cher. La consultation du MITECO laisse entendre que la procédure intégrera plusieurs paramètres au-delà du prix, notamment la puissance attribuée, les délais de mise en service et la production attendue. Le cadrage politique mentionne aussi des critères techniques, environnementaux et socioéconomiques.

C’est la bonne approche. Les appels d’offres offshore qui ne regardent que le prix finissent souvent par sous-estimer le risque réel de chaîne d’approvisionnement, d’inflation des composants, de coûts portuaires et de financement. L’Espagne a intérêt à bâtir un mécanisme exécutable, pas un mécanisme théorique.

Si l’on pousse la logique jusqu’au bout, le premier appel d’offres espagnol devra répondre à cinq questions concrètes :

1. Quelle zone sera choisie en priorité ?

Selon le MITECO, cette question a été posée explicitement pendant la consultation publique de février 2026. Le gouvernement cherche donc encore à arbitrer entre potentiel ressource, acceptabilité locale et faisabilité portuaire.

2. Quel volume sera vraiment attribué ?

La feuille de route de l’IDAE vise 1 à 3 GW à l’horizon 2030, mais la taille de la première vague n’est pas communiquée. C’est un angle mort majeur. Sans volume initial crédible, la filière industrielle restera prudente.

3. Quelle place sera donnée à la chaîne de valeur locale ?

Avec des ports déjà mobilisés et des actifs industriels en Galice, le contenu local ou, au minimum, la valorisation socioéconomique des projets, pèsera forcément dans le débat. C’est même à mon sens l’un des leviers les plus logiques pour justifier politiquement la dépense publique.

4. Comment sera gérée la coexistence avec la pêche ?

Selon le BOE, cette coexistence reste à documenter projet par projet. C’est le sujet le plus sensible sur le littoral galicien. Une réponse faible sur ce point fragiliserait toute la première procédure.

5. Les délais seront-ils réalistes ?

Le MITECO demande déjà des retours sur le “délai maximal de livraison”. Cela montre que l’administration sait où se situe le risque. Un calendrier trop agressif ferait fuir les meilleurs dossiers. Un calendrier trop long viderait l’appel d’offres de sa portée politique.

Un seul chiffre résume l’enjeu industriel espagnol

Selon WindEurope, l’Europe a attiré 45 milliards d’euros d’investissements dans l’éolien neuf en 2025. C’est ce chiffre qui résume l’enjeu réel pour l’Espagne. Le pays ne se bat pas seulement pour installer quelques machines en mer. Il se bat pour capter une part d’un cycle d’investissement européen massif, qui va structurer ports, usines, ingénierie, maintenance et emploi sur la décennie.

Le retard espagnol est donc réel, mais il n’est pas encore éliminatoire. La différence entre une simple annonce politique et une vraie entrée sur le marché se jouera sur la publication des règles finales, le choix d’une zone faisable et une architecture d’appel d’offres capable d’attirer des développeurs sans provoquer une crise locale.

Pour le reste, le marché a déjà tranché : sans ports prêts, sans acceptation côtière et sans mécanisme bancable, l’éolien flottant reste un PowerPoint. Avec ces trois briques, l’Espagne peut enfin passer au concret.

Source d’autorité : consultation publique préalable du MITECO sur le premier dispositif concurrentiel pour l’éolien en mer

Mon avis :

Bonne direction stratégique : l’Espagne structure enfin l’éolien marin avec ports financés, critères industriels et objectif 1 à 3 GW d’ici 2030. Mais le calendrier annoncé pour une première subasta avant fin 2026 reste tendu ; sans acceptabilité locale, surtout en Galice face aux pêcheurs, le déploiement ralentira vite.

Albert Inconnu

Albert Inconnu

Albert Inconnu est rédacteur spécialisé dans le contenu éditorial de plare.fr. Expert en création d’articles informatifs et engageants, il apporte une approche claire et structurée sur les sujets traités par le site, en veillant à la précision et à l’accessibilité. Il se tient informé des tendances pertinentes pour offrir des conseils et des analyses utiles à la communauté francophone.

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