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Home High tech Apple

Étude scientifique : l’iPhone aurait contribué à la chute de la natalité aux États-Unis

Stéphanie Dubois by Stéphanie Dubois
1 juillet 2026
in Apple
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Étude scientifique : l’iPhone aurait contribué à la chute de la natalité aux États-Unis
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Entre 2008 et 2011, une étude du National Bureau of Economic Research attribue à l’arrivée de l’iPhone 33 % à 52 % du recul de la fécondité aux États-Unis. En s’appuyant sur l’exclusivité AT&T entre 2007 et 2011, les chercheurs avancent une corrélation aussi spectaculaire que contestée.

L’étude lie l’iPhone à une baisse des naissances, mais le raccourci reste fragile

Un document de travail du National Bureau of Economic Research avance une thèse qui frappe fort : la diffusion de l’iPhone aurait contribué à la chute de la fécondité aux États-Unis. Les auteurs ne disent pas que le smartphone d’Apple explique tout. En revanche, ils estiment que son arrivée a joué un rôle mesurable dans la baisse des naissances, en particulier sur la période 2008-2011.

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Le cœur de leur démonstration repose sur un fait historique simple : entre juin 2007 et février 2011, l’iPhone a été vendu exclusivement chez AT&T aux États-Unis, ce qui permet, selon eux, d’isoler un “canal iPhone” en comparant les zones où l’opérateur était plus implanté à celles où Verizon ou Sprint dominaient. Selon le résumé du NBER, l’accès à l’iPhone aurait réduit les naissances de 4,5 à 8,0 % chez les 15-19 ans et de 3,2 à 6,6 % chez les 20-24 ans. Les auteurs ajoutent que la diffusion de l’iPhone expliquerait 33 à 52 % du recul de l’indicateur général de fécondité des femmes de 15 à 44 ans sur la fenêtre étudiée, selon le NBER. C’est massif sur le papier. C’est aussi précisément le type de résultat qui appelle beaucoup de prudence.

La mécanique avancée par les chercheurs

Le papier ne s’arrête pas à une simple corrélation géographique. Les chercheurs mobilisent aussi des indices comportementaux. Leur lecture est la suivante : à mesure que les smartphones modernes se diffusent, le temps passé en face à face avec les amis baisse, l’activité sexuelle recule, tandis que la consommation de pornographie progresse. Dans leur interprétation, le smartphone ne réduit pas directement la fécondité biologique : il modifie surtout les interactions sociales, donc une partie des comportements qui précèdent les grossesses, notamment non planifiées.

Le point intéressant est ailleurs : les auteurs affirment observer un effet négatif statistiquement significatif jusqu’aux classes d’âge 40-44 ans, pas seulement chez les plus jeunes. Autrement dit, leur hypothèse dépasse largement le cliché de l’ado absorbé par son écran. Selon eux, le smartphone moderne agit comme une technologie de substitution à certaines interactions en personne. C’est cohérent avec leur modèle. Ce n’est pas pour autant une preuve définitive sur le plan causal.

Les chiffres récents montrent bien une baisse durable de la fécondité américaine

Sur le fond, le constat de baisse des naissances n’est pas contestable. Selon les Centers for Disease Control and Prevention, 3 628 934 naissances ont été enregistrées aux États-Unis en 2024. Le taux général de fécondité a reculé à 53,8 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, et l’indice synthétique de fécondité est tombé à 1 599,5 naissances pour 1 000 femmes, un plus bas historique selon le CDC. Les données provisoires 2025 vont dans le même sens : 3 606 400 naissances, avec un taux général de fécondité en baisse à 53,1, toujours selon le CDC.

Cette baisse entre 2024 et 2025 représente environ 1,3 % sur le taux général de fécondité. C’est une métrique dérivée absente de la source d’origine, calculée à partir des chiffres du CDC. Chez les adolescentes de 15 à 19 ans, le mouvement est encore plus net : le taux provisoire passe de 12,6 en 2024 à 11,7 en 2025, soit une baisse d’environ 7,1 %. Là encore, le recul est réel et documenté. Le problème n’est donc pas l’existence du phénomène. Le problème, c’est l’attribution d’une part aussi importante de ce phénomène à un seul produit.

Le grand angle mort de la thèse : le profil social des utilisateurs

La faiblesse la plus visible du récit tient au profil des utilisateurs de smartphones premium, et plus largement au profil des foyers les plus connectés. Selon le Pew Research Center, 90 % des adultes américains déclarent avoir un smartphone. Mais l’équipement n’est pas uniforme : 98 % des adultes vivant dans des foyers gagnant au moins 100 000 dollars par an en possèdent un, contre 79 % chez ceux à moins de 30 000 dollars. L’écart atteint donc 19 points, métrique dérivée calculée à partir des données du Pew Research Center. Le même organisme précise aussi que le niveau d’études reste discriminant, les diplômés du supérieur étant davantage équipés.

Cette donnée change la lecture. Les ménages les plus aisés et les plus diplômés ont depuis longtemps des trajectoires familiales distinctes : arrivée plus tardive du premier enfant, meilleure maîtrise de la contraception, arbitrages carrière-famille plus marqués, coût d’opportunité plus élevé. Si ces groupes ont aussi adopté plus tôt les smartphones les plus chers, alors une partie du signal attribué à l’iPhone peut simplement refléter une structure sociale déjà différente avant même l’arrivée du produit.

Dit autrement : l’étude propose un dispositif économétrique ingénieux, mais elle s’attaque à un terrain miné par les variables confondantes. Et ici, elles sont nombreuses.

Le contexte sanitaire et social raconte une histoire plus large que celle du smartphone

Réduire la chute de la fécondité américaine à l’effet d’un terminal mobile est séduisant pour un titre. C’est beaucoup moins convaincant pour expliquer le réel. Les données les plus récentes du CDC montrent par exemple que 51,8 % des accouchements de 2024 ont été financés par une assurance privée, contre 40,2 % par Medicaid. Cela traduit un paysage social, assurantiel et économique qui pèse aussi sur les décisions de parentalité. Le CDC note en outre que la part des femmes commençant leur suivi prénatal au premier trimestre est tombée à 75,5 % en 2024, son plus bas niveau depuis que des données nationales comparables sont disponibles sur cette base.

Un autre fait mérite attention : les dynamiques ne sont pas identiques selon l’âge. En 2024, le CDC observe des baisses de taux de naissance chez les femmes de 15 à 34 ans, une stabilité chez les 35-39 ans et une hausse chez les 40-44 ans. Cette recomposition par âge suggère un report des naissances au moins autant qu’un effondrement uniforme du désir d’enfant. Là encore, le smartphone peut faire partie du décor. Il n’épuise pas le sujet.

Ce que l’article d’origine ne dit pas assez

Le texte de départ résume bien la provocation intellectuelle de l’étude, mais il laisse de côté plusieurs éléments décisifs.

1. Le recul continue bien après la période AT&T-only

L’identification du papier repose sur la fenêtre 2007-2011. Or les données du CDC montrent que la baisse de la fécondité se prolonge bien au-delà. Selon les données provisoires 2025, le taux général de fécondité a diminué de 23 % depuis 2007. Autrement dit, même si l’iPhone a pu amplifier un décrochage initial, il ne suffit pas à expliquer une tendance longue qui traverse plusieurs cycles économiques, plusieurs générations de smartphones et plusieurs changements culturels.

2. La chute des grossesses adolescentes est antérieure à l’omniprésence du smartphone

Le CDC indique que le taux de fécondité des 15-19 ans est tombé à 11,7 en 2025, et qu’il a reculé de 72 % depuis 2007. C’est une baisse spectaculaire. Mais elle s’inscrit aussi dans un contexte de diffusion accrue de la contraception, d’éducation sexuelle, d’évolution des normes sociales et de retard général de l’entrée dans la vie familiale. L’étude n’ignore pas ces facteurs, mais le discours médiatique autour d’elle a tendance à les écraser.

3. Le smartphone s’est banalisé, l’iPhone n’est plus un proxy propre

En 2024, 90 % des adultes américains ont un smartphone selon le Pew Research Center. Plus la technologie devient universelle, plus il est difficile d’utiliser un seul appareil ou une seule marque comme variable explicative propre. L’iPhone de 2007 pouvait encore jouer ce rôle expérimental. L’écosystème mobile de 2026 ne le permet plus de la même manière.

4. La variable “temps social” n’est pas documentée ici avec la même force que la variable “naissance”

Les chiffres de natalité du CDC sont robustes. Les comportements sexuels, le temps passé entre amis ou l’usage de contenus pour adultes sont, par nature, plus difficiles à mesurer proprement et plus sensibles aux biais déclaratifs. C’est un point faible classique dès qu’on passe d’une statistique d’état civil à une explication comportementale fine.

5. La baisse ne concerne pas seulement les publics jeunes et précaires

Le papier insiste sur les grossesses non intentionnelles, mais son propre résumé mentionne des effets négatifs jusqu’aux 40-44 ans. Cela ouvre une autre lecture : le smartphone pourrait être moins un facteur de “contraception sociale” chez les jeunes qu’un symptôme d’un mode de vie plus numérisé, plus individualisé et plus tardif à tous les âges adultes. C’est une hypothèse plausible. Ce n’est pas la seule.

Mon avis : l’étude est utile, mais son titre dépasse son niveau de certitude

Je trouve la méthode assez habile pour mériter l’attention. Utiliser l’exclusivité d’AT&T sur l’iPhone comme quasi-expérience naturelle est une idée solide sur le plan académique. En revanche, transformer cela en quasi-verdict culturel sur “l’iPhone responsable de l’effondrement de la natalité” va trop loin.

Le plus raisonnable est de lire cette étude comme une pièce supplémentaire dans un puzzle plus vaste : numérisation des loisirs, recul des interactions en personne, report de la parentalité, montée des coûts du logement et de la santé, inégalités d’accès, allongement des études et transformation du couple. Le smartphone peut accentuer certains mécanismes. Il ne remplace pas l’ensemble du contexte.

Deux repères chiffrés utiles pour remettre le débat à l’endroit

Premier repère : le taux de change. Si l’on convertit un prix ou un revenu cité en dollars dans un traitement éditorial destiné au public français, le taux de référence de la Banque centrale européenne du 30 juin 2026 donne 1 euro = 1,1394 dollar, soit 1 dollar = 0,878 euro. Concrètement, 100 000 dollars correspondent à 87 765 €, arrondis à 87 765 € (taux utilisé : 1 USD = 0,878 EUR). Ce seuil sert ici de point de comparaison avec les données du Pew Research Center sur l’équipement smartphone des foyers les plus aisés.

Deuxième repère : l’ampleur relative du déclin récent. Entre 2024 et 2025, les naissances provisoires passent de 3 628 934 à 3 606 400 selon le CDC, soit une baisse d’environ 22 534 naissances en un an. Ce volume rappelle que, même quand les pourcentages paraissent modestes à l’échelle nationale, les effets absolus restent significatifs.

Un seul lien utile pour vérifier la source scientifique

Pour consulter directement le document de travail cité, la référence d’autorité est celle du National Bureau of Economic Research : https://www.nber.org/papers/w35310.

Mon avis :

Cette étude a un vrai mérite: elle exploite le monopole d’AT&T sur l’iPhone entre 2007 et 2011 comme quasi-expérience et estime un effet mesurable sur les naissances, ce qui est plus solide qu’une simple corrélation. Mais la conclusion reste fragile: un working paper NBER ne prouve pas, à lui seul, que l’iPhone cause la chute globale de la natalité. (nber.org)

Stéphanie Dubois

Stéphanie Dubois

Stéphanie Dubois est une rédactrice spécialisée dans les sujets traités par Plare.fr. Forte d'une expérience en création de contenus et en veille éditoriale, elle aborde avec rigueur les thèmes abordés sur le site, en fournissant des analyses claires et des informations utiles aux lecteurs. Son travail met l'accent sur la qualité rédactionnelle, l'exactitude des faits et l'accessibilité des contenus pour un large public.

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