Forestalia obtient le feu vert pour une centrale biomasse de 49,5 MW à Zuera, un projet de plus de 85 millions d’euros et 350 emplois attendus. Mais malgré l’autorisation du gouvernement d’Aragon, la mise en chantier reste suspendue à de meilleures conditions économiques pour la filière.
Forestalia décroche l’autorisation pour sa centrale biomasse de Zuera, mais le chantier reste suspendu au modèle économique
Forestalia a obtenu le feu vert administratif du Gouvernement d’Aragon pour construire une centrale biomasse à Zuera, dans la zone industrielle El Campillo, près de Saragosse. Le projet affiche une puissance de 49,5 MW, pour un investissement total de 85,46 millions d’euros, dont 83,5 millions pour l’unité de production et 1,96 million pour la ligne d’évacuation électrique, d’après le dossier administratif publié au Boletín Oficial de Aragón. La centrale doit aussi s’accompagner d’environ 350 emplois directs et indirects en phase d’exploitation, selon les éléments communiqués dans la procédure.
Le point clé n’est pourtant pas l’autorisation elle-même. Le vrai sujet est ailleurs : Forestalia a désormais un projet prêt sur le plan réglementaire, mais pas encore sécurisé sur le plan économique. Autrement dit, le groupe peut construire, mais ne se lancera vraisemblablement que si les conditions de marché s’améliorent. C’est la limite actuelle de la biomasse électrique en Espagne : la technologie est pilotable, utile pour le réseau, mais son équation financière reste fragile sans visibilité de long terme.
Ce que couvre exactement l’autorisation délivrée en Aragon
Selon le BOA, l’autorisation porte à la fois sur la centrale et sur son infrastructure d’évacuation. Le site de Zuera occupera 8,6 à 8,69 hectares selon les documents de procédure, et utilisera de la biomasse ligneuse et herbacée via une chaudière à grille mobile et une turbine à vapeur couplée à un générateur de 49,5 MWe. Le projet comprend aussi une sous-station interne avec un transformateur de 60 MVA en 45/11 kV et un second transformateur de 8/10 MVA en 11/6,3 kV pour les services de l’installation, selon l’avis de mise à l’enquête publique du Gouvernement d’Aragon.
La connexion au réseau repose sur une ligne électrique 45 kV. Le dossier d’enquête publique mentionne une ligne souterraine de 2 800 mètres avec conducteur de 800 mm², raccordée à l’appui n°90 de la liaison vers la sous-station Zuera Oeste. La source fournie évoque, elle, 2,75 kilomètres. Les deux valeurs sont cohérentes à l’échelle du projet, mais la version administrative détaillée retient 2 800 mètres selon le BOA. Quand une donnée varie selon les documents, mieux vaut s’en tenir au texte technique de référence.
Deux métriques dérivées permettent de mieux lire le dossier. D’abord, le coût d’investissement par MW atteint environ 1,73 million d’euros par MW sur la base de 85,46 millions d’euros pour 49,5 MW. Ensuite, le coût de la ligne d’évacuation ressort à environ 700 000 euros par kilomètre si l’on retient 1,96 million d’euros pour 2,8 kilomètres. Ce niveau confirme que l’essentiel du CAPEX reste concentré dans l’outil industriel, pas dans le raccordement.
Un calendrier long, et toujours pas de mise en chantier automatique
Le projet traîne depuis fin 2020. L’enquête publique du BOA sur la demande d’autorisation administrative préalable et de construction a été publiée le 31 octobre 2023, sous l’expédient G-CB-Z-297-2020. En parallèle, le Instituto Aragonés de Gestión Ambiental a rendu dès le 24 janvier 2023 une déclaration d’impact environnemental favorable ainsi qu’une autorisation environnementale intégrée pour la centrale de Zuera.
Le permis obtenu ne signifie pas un démarrage immédiat des travaux. La société dispose d’un délai administratif pour avancer vers l’autorisation d’exploitation une fois les travaux engagés, et doit encore respecter les conditions urbanistiques et environnementales fixées pendant l’instruction. En clair, le projet est mûr sur le papier, mais pas verrouillé sur le terrain. C’est souvent le cas dans la biomasse : les délais réglementaires se comptent en années, alors que la rentabilité dépend ensuite de paramètres de marché beaucoup plus volatils.
Pourquoi la biomasse reste un pari compliqué en Aragon
Le contraste avec l’éolien et le solaire est net. Selon Red Eléctrica, l’Aragon a produit 22 365 GWh d’électricité en 2025 et disposait de 13 513 MW installés à fin décembre. La part renouvelable dans la génération régionale a atteint 82,9 %, tirée avant tout par l’éolien, le photovoltaïque et l’hydraulique. Dans ce mix, la biomasse et le biogaz restent marginaux.
La source initiale cite 15,6 MW installés pour la biomasse et le biogaz en Aragon, avec 48 GWh produits en 2025, soit 0,2 % de la production régionale, sur la base des données de Red Eléctrica. À partir de ces chiffres, la centrale de Zuera changerait mécaniquement d’échelle. Avec ses 49,5 MW, elle représenterait à elle seule 3,17 fois la puissance biomasse-biogaz actuellement installée dans la région. L’écart est de 217 % par rapport au parc existant. C’est plus qu’un nouveau site : c’est un basculement de taille pour la filière aragonaise.
Autre indicateur utile : si l’on compare les 49,5 MW de Zuera au parc régional total de 13 513 MW relevé par Red Eléctrica, la centrale ne pèserait qu’environ 0,37 % de la puissance installée en Aragon. Dit autrement, son poids serait faible en capacité totale, mais potentiellement fort en valeur système, car la biomasse produit à la demande et ne dépend ni du vent ni du soleil. C’est précisément pour cette raison que la technologie intéresse encore les développeurs, malgré ses coûts élevés.
Le vrai manque de l’article source : la place de la biomasse pilotable dans le système électrique
L’article d’origine décrit correctement le projet, mais sous-exploite un point essentiel : la biomasse ne joue pas la même partition que le solaire ou l’éolien. Magnon, filiale d’Ence Renovables, rappelle sur son site que la biomasse est une énergie renouvelable pilotable, capable de fournir une puissance ferme et continue. Cet argument n’est pas marketing ; il répond à une réalité de réseau. En Aragon, où la production est massivement renouvelable, disposer d’unités capables d’injecter de façon stable reste un sujet industriel et électrique concret.
Le problème est que le marché rémunère encore imparfaitement cette capacité de pilotage. Le MITECO l’avait d’ailleurs reconnu dans son calendrier de subastas publié en décembre 2020 : la biomasse faisait partie des technologies appelées à bénéficier d’appels d’offres dédiés, avec des volumes cumulés indicatifs de 140 MW en 2021, 140 MW en 2022, 260 MW en 2023, 260 MW en 2024 et 380 MW en 2025. Le ministère précisait aussi que ces subastas devaient avoir lieu tous les deux ans pour la biomasse, afin de tenir compte de la taille et de la viabilité de ces projets. Le message était clair : sans cadre spécifique, peu de centrales sortiront de terre.
Comparaison avec les acteurs déjà installés en Espagne
Pour mesurer le positionnement de Zuera, il faut regarder ce que font les concurrents. Selon Magnon, l’entreprise exploite 8 centrales biomasse renouvelable en Espagne, pour 266 MW de puissance installée, près de 1 500 GWh de production et près de 2 millions de tonnes de biomasse agroforestière gérées chaque année. Son complexe de Huelva revendique à lui seul 137 MW de capacité sur trois installations, selon la version espagnole du site du groupe.
Face à cela, la future centrale de Zuera resterait modeste à l’échelle nationale, mais pas anecdotique. Avec 49,5 MW, elle représenterait environ 18,6 % de la capacité biomasse installée de Magnon. C’est un ratio utile : Zuera ne serait pas une petite unité locale, mais un actif de taille significative dans le paysage espagnol. En revanche, l’Aragon part de loin. C’est pourquoi ce seul projet peut redonner de la densité à la filière régionale.
Forestalia n’arrive pas sans expérience sur la biomasse
Forestalia exploite déjà une centrale biomasse à Cubillos del Sil, dans le Bierzo. Le site du groupe indique une puissance nominale brute de 49,5 MW et une mise en construction en 2020. La proximité de puissance avec Zuera n’a rien d’un hasard : le groupe duplique un format industriel qu’il connaît déjà. C’est un signal rassurant sur le plan technique. Le développeur ne part pas d’une feuille blanche.
Plusieurs sources secondaires récentes sur le site de la Cadena SER ont toutefois rappelé que l’installation de Cubillos del Sil a souffert de tensions économiques et d’approvisionnement. Elles évoquent des besoins de 300 000 à 350 000 tonnes de biomasse par an selon les périodes de fonctionnement. Ces chiffres ne figurent pas sur le site corporate de Forestalia, donc ils doivent être lus comme des ordres de grandeur rapportés par la presse locale, pas comme des données techniques officielles de référence.
Le point solide, lui, est ailleurs : Forestalia dispose déjà d’une base industrielle biomasse en Aragon via Arapellet. Selon le site de l’entreprise, l’usine d’Erla, dans la province de Saragosse, affiche une capacité de 140 000 tonnes de pellets par an, ce qui en fait la plus grande unité de production de pellets d’Espagne selon la société. Cette donnée enrichit fortement la lecture du projet de Zuera : le groupe ne se contente pas de produire de l’électricité, il maîtrise déjà une partie de la chaîne combustible.
Cinq apports concrets absents de la source initiale
1. Des équipements électriques plus détaillés
Le texte source mentionne une ligne 45 kV, mais pas la sous-station interne. Or le dossier public précise la présence d’un transformateur principal de 60 MVA en 45/11 kV et d’un second de 8/10 MVA en 11/6,3 kV. Ce niveau de détail change la lecture du projet : on parle d’une vraie installation industrielle complète, pas d’un simple générateur raccordé au réseau.
2. Une ligne souterraine dimensionnée en 800 mm²
Le document de procédure détaille aussi le conducteur de la liaison électrique : 800 mm². C’est une information technique absente de la source de départ, mais utile pour évaluer la nature du raccordement. Le projet ne mise pas sur une évacuation légère ; il est pensé pour une injection robuste vers le poste Zuera Oeste.
3. Un coût au MW supérieur à celui de nombreuses capacités renouvelables variables
Avec environ 1,73 million d’euros par MW, Zuera se place sur un profil d’investissement bien plus lourd que la plupart des projets photovoltaïques ou éoliens onshore récents en Espagne. La biomasse coûte cher à construire, et encore plus à faire tourner. C’est précisément ce qui explique le besoin d’un cadre rémunérateur stable.
4. Une taille significative face au leader espagnol du secteur
La comparaison avec Magnon permet de situer le projet. Ses 49,5 MW correspondent à près d’un cinquième du parc biomasse de l’opérateur, donné à 266 MW. La centrale de Zuera ne serait donc pas un démonstrateur, mais un actif de taille industrielle crédible.
5. Un ancrage amont déjà présent grâce à Arapellet
La capacité de 140 000 tonnes par an de Arapellet à Erla ne garantit pas l’approvisionnement de Zuera, mais elle montre que Forestalia connaît déjà les flux de biomasse et les contraintes logistiques en Aragon. C’est un avantage opérationnel face à des développeurs purement financiers.
Le verrou économique reste plus fort que le verrou administratif
Le marché dit tout. La biomasse peut rendre service au réseau, sécuriser une production renouvelable pilotable, valoriser des résidus agricoles et forestiers et créer de l’emploi local. Mais sans revenus prévisibles, elle reste une technologie difficile à financer. Le MITECO a bien prévu des subastas spécifiques dans son calendrier, mais le décalage entre ambition politique et réalisations concrètes reste visible.
À ce stade, la meilleure lecture du dossier est simple : Zuera est un projet autorisé, techniquement cadré, industriellement cohérent et stratégiquement logique pour Forestalia. En revanche, sa décision finale d’investissement dépend toujours de la rémunération future de la biomasse sur le marché espagnol. C’est là que se joue la suite, pas dans les permis.
Référence utile
Le document public le plus solide pour vérifier les caractéristiques techniques du projet reste la fiche d’information du Boletín Oficial de Aragón : https://www.boa.aragon.es/cgi-bin/EBOA/BRSCGI?CMD=VEROBJ&MLKOB=1300453080909
Mon avis :
Projet crédible sur le plan industriel : 49,5 MW, 85 millions d’euros et 350 emplois donnent une vraie masse critique, avec un atout rare de production pilotable. Mais mon avis reste réservé : six ans de procédure et une décision d’investissement encore suspendue à la rentabilité montrent une fragilité économique structurelle.





