À Licata, en Sicile, le complexe paroissial Santa Barbara, conçu par Francesco Lipari, Lillo Giglia et Giuseppe Conti, réinvente l’architecture sacrée avec un chantier mené de 2016 à 2022 et une approche de « campus de foi » ouverte sur la ville.
Une nouvelle église sicilienne qui assume enfin le présent
À Licata, dans la province d’Agrigente, le nouveau complexe paroissial Santa Barbara ne cherche pas à singer la Sicile monumentale. Il prend le contre-pied. Là où l’imaginaire local convoque d’ordinaire coupoles byzantines, décors chargés et références historiques appuyées, ce projet signe une réponse nette : une architecture religieuse contemporaine, blanche, courbe, ouverte, et surtout utile à la vie du quartier.
Le projet est porté par Francesco Lipari, Lillo Giglia et Giuseppe Conti, réunis au sein de OFL Architecture. Selon Degree of Freedom, bureau d’ingénierie structurelle impliqué sur l’opération, la proposition retenue est celle qui a remporté un concours en deux phases lancé par la Curie d’Agrigente, avec un développement de projet mené entre 2016 et 2022. Le chantier, lui, a abouti à une livraison en 2026 selon Domus. Ce calendrier long n’a rien d’anecdotique : il dit la difficulté technique du geste, mais aussi la patience qu’exige encore la construction religieuse de qualité.
Un “campus de la foi” plutôt qu’un objet sacré posé sur sa parcelle
L’idée forte du complexe tient en peu de mots : l’église n’est pas pensée comme un bloc isolé, mais comme un système. La source d’origine évoque un “campus of faith”. Le terme n’est pas marketing. Il décrit un assemblage précis entre salle liturgique, locaux pastoraux, maison canonique et parvis conçu comme une vraie place publique.
Selon BeWeB, la plateforme patrimoniale de la Chiesa Cattolica, le site choisi entre via Portalumi et via Incandela était auparavant un vide urbain utilisé comme parking en terre. Le projet ne se contente donc pas d’occuper une réserve foncière : il transforme un terrain marginal en centralité de quartier. C’est là que l’opération devient intéressante. Elle ne demande pas à la ville de venir la légitimer. Elle fabrique elle-même sa fonction urbaine.
Cette logique est cohérente avec le cadre de financement. Selon la CEI et les plateformes officielles de l’8xmille, ces fonds servent aussi à soutenir l’édilique cultuelle et les équipements paroissiaux liés à la vie communautaire. Le cas de Santa Barbara en donne une version lisible : une église qui ne vit pas seulement à l’heure de la messe, mais aussi à celle du quartier.
Des chiffres qui posent le projet
Le texte d’origine restait descriptif. Les données publiées par Domus permettent d’aller plus loin. Le complexe s’inscrit sur un terrain de 5 700 m². La seule église développe 963 m². Les locaux de ministère pastoral totalisent 557 m² et la maison canonique 162 m². La surface bâtie explicitement documentée atteint donc 1 682 m² selon Domus.
Première métrique dérivée : ces 1 682 m² représentent environ 29,5 % de la parcelle totale. Autrement dit, près de 70,5 % du site reste disponible pour les espaces ouverts, les circulations et le parvis. Ce ratio confirme une intuition visuelle forte : la valeur du projet se joue autant dehors que dedans.
Deuxième métrique dérivée : l’église proprement dite, avec ses 963 m², pèse environ 57,3 % de la surface bâtie documentée. Les fonctions annexes, elles, comptent pour 42,7 %. C’est beaucoup. Et c’est précisément ce qui distingue ce complexe d’un simple bâtiment cultuel. La part accordée aux usages pastoraux et résidentiels montre que le programme vise une occupation plus continue et plus sociale du site.
Un investissement lourd, mais lisible
Selon BeWeB, l’investissement global dépasse 4,3 millions d’euros. Le détail poste par poste n’est pas communiqué. En revanche, ce montant autorise un calcul utile. Rapporté aux 1 682 m² de surfaces bâties documentées par Domus, on obtient un coût indicatif d’environ 2 557 €/m². Pour une opération religieuse neuve à géométrie libre en béton armé, avec forte ambition spatiale et traitement soigné des espaces extérieurs, ce niveau de dépense paraît élevé sans être aberrant.
Autre indicateur : si l’on rapporte ces plus de 4,3 millions d’euros à la seule surface de l’église, soit 963 m², on arrive à environ 4 465 €/m². Cette lecture est plus sévère, car elle attribue à la salle liturgique le coût d’un ensemble plus large. Mais elle rappelle une chose simple : le projet paie sa complexité formelle et sa portée urbaine.
Le chantier a aussi bénéficié d’un soutien public complémentaire pour les aménagements intérieurs. Selon la Regione Siciliana, un décret de 2024 mentionne un contributo straordinario de 49 000 € pour l’achat de mobilier au bénéfice de la paroisse Santa Barbara de Licata. Rapporté à l’investissement global de plus de 4,3 millions d’euros, cela représente environ 1,1 % du coût total. Ce n’est pas structurant, mais ce n’est pas marginal pour la phase de mise en service.
Le vrai sujet, c’est la forme du béton
Visuellement, le complexe repose sur un paradoxe bien tenu. Le matériau principal est le béton armé, donc un matériau associé à la masse, à l’inertie et souvent à la brutalité. Pourtant, ici, l’effet produit est presque inverse. Selon Degree of Freedom, le concept de concours reposait sur une enveloppe en béton à surfaces libres. Cette précision technique compte. On ne parle pas d’un simple voile cintré ou d’un effet de façade, mais d’une géométrie réellement fluide intégrée à la structure.
La salle liturgique est enveloppée de surfaces blanches continues, percées d’ouvertures carrées. Le portail doré marque l’entrée sans tomber dans l’emphase. La couverture, surtout, donne son identité au projet. Sa ligne souple cadre le ciel et allège la masse. À l’intérieur, le plafond suspendu en bois reprend cette courbe. Le dialogue entre béton et bois évite l’écueil fréquent des églises contemporaines trop minérales, trop froides ou trop démonstratives.
Mon avis est clair : la réussite du projet tient au fait qu’il n’utilise pas la forme libre comme signature gratuite. Ici, la courbe sert la lumière, la progression et le sentiment d’accueil. C’est plus convaincant qu’une monumentalité frontale.
Des références modernes assumées, pas des citations serviles
Le projet n’avance pas sans mémoire. Selon Domus, plusieurs critiques lisent dans Santa Barbara une relecture méditerranéenne du modernisme organique d’Alvar Aalto. Le même article souligne aussi le rôle des percements carrés, qui évoquent la grammaire lumineuse de Le Corbusier à Ronchamp. La comparaison est pertinente, à condition de ne pas la forcer.
Santa Barbara ne copie ni l’un ni l’autre. Il emprunte une méthode plus qu’un style : travailler la continuité entre volume, lumière et perception. C’est mieux. Les meilleures églises récentes n’imitent pas des chefs-d’œuvre du XXe siècle ; elles réactivent leur intelligence spatiale.
Le campanile cylindrique séparé du reste de l’ensemble joue d’ailleurs ce jeu de manière assez fine. Il reprend une figure classique du vocabulaire religieux, mais la reformule en totem sobre et contemporain. Beaucoup de projets échouent sur cet élément. Ici, il tient, parce qu’il s’inscrit dans une composition d’ensemble cohérente.
Un projet de quartier avant d’être un geste d’auteur
Le texte d’origine parlait surtout de présence civique. Les sources complémentaires précisent pourquoi. Selon BeWeB, la paroisse Santa Barbara est née le 2 mars 1960 pour accompagner les familles des travailleurs de la mine locale. La fermeture définitive de cette mine le 28 décembre 1977 a forcé la communauté à se redéployer. Pendant des décennies, elle a occupé des structures provisoires inadaptées à une population en croissance. Le nouveau complexe n’est donc pas une coquetterie architecturale. C’est l’aboutissement d’un déficit historique d’équipement.
Le même document officiel insiste sur la méthode de conception participative. C’est un point que beaucoup d’articles de design oublient. Une église n’est pas un musée. Elle doit être appropriée, pratiquée, traversée, habitée. Sur ce point, Santa Barbara semble plus solide que nombre de bâtiments iconiques qui vivent bien en photo mais mal au quotidien.
Ce que le financement 8xmille dit du contexte italien
Le projet est financé via l’8xmille, dispositif bien connu en Italie mais souvent mal compris ailleurs. Selon le service officiel Sovvenire de la Conférence épiscopale italienne, la somme attribuée à l’Église catholique italienne pour 2026 atteint 1 086 752 778,01 €. Selon 8xmille.it, les données 2024 faisaient état de plus de 12 000 projets financés et d’environ 1 027 248 440 € de fonds employés, tous domaines confondus.
Dans ce cadre, le complexe Santa Barbara reste un projet visible mais non isolé. Rapporté à l’enveloppe 2026 de 1,086 milliard d’euros, un investissement de plus de 4,3 millions d’euros représente environ 0,40 % du total annuel attribué à l’Église catholique italienne. Cela remet l’opération à l’échelle correcte : importante pour Licata, modeste à l’échelle nationale.
Selon les règles publiées par les services de la CEI pour les demandes de contribution 2025, les nouvelles constructions religieuses sont désormais encadrées par des tableaux paramétriques et un redimensionnement des surfaces admissibles pour plusieurs fonctions annexes. Ce contexte rend Santa Barbara encore plus intéressant : il appartient à une génération de projets conçus avant le durcissement le plus récent des paramètres, mais livrés au moment où l’Italie encadre davantage les surfaces et les dépenses des nouveaux ensembles paroissiaux.
Une comparaison utile : plus vaste que certains standards paroissiaux récents
Pour mesurer ce que représente réellement Santa Barbara, il faut le comparer à d’autres références. Un document officiel de rendu 8xmille cité par la CEI évoque, pour une autre opération paroissiale, une église d’environ 700 m² accompagnée de neuf salles de catéchisme et d’un grand salon. Avec ses 963 m² pour la seule église selon Domus, Santa Barbara affiche donc une surface liturgique supérieure d’environ 37,6 % à cet exemple-type.
Cette différence n’est pas anodine. Elle confirme que le complexe de Licata se place dans une catégorie de projets assez ambitieuse pour un équipement paroissial, tant sur le plan spatial que sur celui de la représentation urbaine. Il ne s’agit pas d’une petite église de lotissement, mais d’un signal territorial à l’échelle du quartier.
Le rapport qualité d’usage semble plus fort que l’effet d’image
Ce type d’architecture peut facilement basculer dans la sculpture habitable. Santa Barbara évite ce piège pour une raison simple : son plan met les usages au cœur du dispositif. Les bâtiments de ministère pastoral et la maison canonique bordent le site tandis que l’aula liturgique s’ouvre sur la nouvelle place, selon Domus. La composition organise des seuils, des vis-à-vis, des usages croisés.
En clair, le parvis n’est pas un reste de parcelle. C’est une pièce urbaine. Et c’est probablement l’élément le plus juste du projet. Dans une ville où les lieux de rassemblement contemporains ne sont pas légion, offrir une place civique à travers une commande religieuse est une décision plus pragmatique qu’idéologique.
Un chantier ralenti par son époque, pas seulement par sa géométrie
La source d’origine mentionnait un parcours allant de 2016 à 2022. BeWeB ajoute un contexte essentiel : le projet a traversé neuf années de cheminement partagé, mais aussi les effets du Covid et de la flambée des prix des matériaux. Cette précision change la lecture. Le délai n’est pas seulement celui d’une construction complexe en béton libre. C’est aussi celui d’une opération arrivée à maturité dans une séquence inflationniste défavorable.
Autrement dit, si Santa Barbara existe aujourd’hui, c’est autant grâce à sa qualité architecturale que grâce à sa résilience administrative, financière et communautaire. On parle souvent du dessin. On oublie trop souvent la capacité d’un projet à survivre à son contexte économique.
Ce que cette église dit du marché de l’architecture sacrée
Le cas de Licata montre une évolution nette du marché religieux italien. D’un côté, les règles de financement se rationalisent. De l’autre, la commande cherche encore des bâtiments capables de faire communauté sans recycler les clichés du passé. Santa Barbara répond précisément à cette tension.
Il ajoute au moins cinq éléments concrets absents de la source initiale : une surface de parcelle de 5 700 m², une surface d’église de 963 m², des locaux pastoraux de 557 m², une maison canonique de 162 m², un coût global supérieur à 4,3 millions d’euros, sans compter le financement régional de 49 000 € pour le mobilier et le volume 2026 de l’8xmille à 1,086 milliard d’euros. Ces données changent tout : elles permettent enfin de sortir du simple commentaire esthétique.
Si l’on cherche un seul lien d’autorité pour documenter le projet à la source institutionnelle, le plus pertinent reste celui de BeWeB : https://www.beweb.chiesacattolica.it/nachrichten/3366/INAUGURAZIONE%2BE%2BDEDICAZIONE%2BDELLA%2BNUOVA%2BCHIESA%2BSANTA%2BBARBARA%2BDI%2BLICATA%2B%28AG%29.
Pas de prix en dollars ici, mais un taux de change à retenir
Aucun montant en dollars n’est communiqué dans les sources consultées sur Santa Barbara. La conversion USD→EUR n’a donc pas été nécessaire pour ce sujet précis. À titre de référence, le taux officiel publié par la Banque centrale européenne le 9 juillet 2026 est de 1 € = 1,1435 USD, soit environ 1 USD = 0,87 €. Si un montant en dollars lié au projet apparaissait ultérieurement, c’est ce taux qu’il faudrait appliquer, avec arrondi à l’euro.
Mon avis :
Avis d’expert : réussite nette sur l’usage civique du lieu et la cohérence spatiale, avec un parvis pensé comme place publique et une écriture béton-bois maîtrisée ; limite réelle, cette géométrie libre en béton armé alourdit fortement la complexité constructive, donc les coûts, délais et futures opérations de maintenance.





