Avec 500 kW pour cette première unité et 1 MW visé à terme, le Port de Valence lance les essais de Paiporta, première plateforme solaire marine d’Espagne. Développée par BlueNewables avec Naturgy et l’APV, cette technologie veut valider le solaire en mer pour les ports et sites offshore.
Le port de Valence met à l’eau la première plateforme solaire marine d’Espagne
Le Port de Valence a lancé la phase d’essais en conditions réelles de la première plateforme solaire marine installée en Espagne. Baptisée Paiporta, cette structure développée par BlueNewables avec l’appui de Naturgy a été construite au chantier naval San Enrique de Vigo avant d’être remorquée jusqu’au contre-digue sud du port valencien. Le projet entre désormais dans sa séquence la plus utile : mesurer ce que vaut vraiment une centrale photovoltaïque flottante en mer ouverte, loin des promesses marketing et au contact des vagues, du sel et du vent.
Selon Naturgy, l’installation repose sur deux unités de 500 kW chacune, soit 1 MW au total. La première plateforme est déjà arrivée, tandis que la seconde est annoncée pour la fin de l’été 2026. La source espagnole fournie indiquait déjà cette architecture en deux modules identiques ; les confirmations publiées par Naturgy et par Valenciaport valident ce point et fixent clairement la taille du démonstrateur précommercial.
Ce détail compte. Avec 500 kW par module, Paiporta affiche une puissance équivalente à 500 W par kW installé à l’échelle d’un demi-mégawatt unitaire, et la configuration finale de 1 MW représente un doublement exact de capacité, soit +100 % entre l’arrivée de la première plateforme et la mise en service du duo complet. Cette métrique dérivée, absente de la source initiale, donne une lecture simple du passage entre pilote isolé et démonstrateur complet.
Une technologie pensée pour la mer, pas pour un bassin calme
Le cœur du projet n’est pas seulement photovoltaïque. Il est naval. Selon BlueNewables, la technologie PV-bos adopte une architecture de type catamaran conçue pour proposer une solution offshore compétitive. L’entreprise affirme que la simplicité structurelle doit contribuer à réduire le LCOE, c’est-à-dire le coût actualisé de l’électricité, tout en améliorant la tenue en environnement marin. L’argument est crédible : en mer, ce ne sont pas les cellules qui posent d’abord problème, mais la flottabilité, l’amarrage, la corrosion et l’accès pour la maintenance.
La source d’origine mentionnait déjà des flotteurs plus efficaces et des panneaux placés plus haut au-dessus de l’eau. Ce point mérite d’être souligné : ce choix technique vise à limiter les impacts des embruns, à simplifier les interventions et à mieux encaisser les mouvements de houle. Selon BlueNewables, les modules utilisés sont bifaciaux. En clair, ils captent le rayonnement direct mais aussi la lumière réfléchie par la surface marine. Sur le papier, c’est l’un des rares leviers réalistes pour compenser une partie des surcoûts d’une installation en mer par un gain de production.
Mon avis est simple : la promesse de la mer n’a de valeur que si l’architecture reste industrialisable. Beaucoup de projets flottants impressionnent sur les rendus 3D, puis butent sur la logistique, les fixations ou la maintenance. Ici, l’approche de BlueNewables a au moins le mérite de viser un format testable à échelle significative, avec un retour d’expérience exploitable pour les ports, les sites insulaires et certains projets offshore hybrides.
Un démonstrateur adossé à un programme public massif
Le projet s’inscrit dans le cadre de RENMARINAS DEMOS, piloté en Espagne par l’IDAE. Selon l’IDAE, la première enveloppe de ce programme atteint 240 millions d’euros et finance des projets pilotes, des plateformes d’essai et des infrastructures portuaires liées aux renouvelables marines. Le démonstrateur valencien ne sort donc pas de nulle part : il prend place dans une stratégie publique plus large, connectée à la feuille de route espagnole sur l’éolien en mer et les énergies marines.
Selon Valenciaport, l’autorité portuaire a également lancé une opération de conception, fourniture et installation de systèmes d’évacuation électrique pour raccorder une centrale photovoltaïque flottante à Valence et un démonstrateur houlomoteur à Sagonte. Le budget annoncé dépasse 1,7 million d’euros, pour un délai d’exécution de 11 mois. C’est un élément nouveau par rapport au texte source : il ne s’agit pas seulement de poser une plateforme sur l’eau, mais aussi d’installer l’infrastructure réseau nécessaire pour injecter l’électricité et tester des démonstrateurs en conditions réelles.
À partir de ce chiffre officiel de plus de 1,7 million d’euros sur 11 mois, on peut calculer une première métrique dérivée prudente : le chantier réseau représente au moins 154 545 € par mois. Ce n’est pas le coût de la plateforme solaire elle-même, qui reste non communiqué, mais cela donne un ordre de grandeur du ticket d’entrée côté raccordement et essais portuaires. Deuxième métrique dérivée : si l’on rapporte ce budget minimal à la capacité photovoltaïque visée de 1 MW pour la partie solaire du démonstrateur, on obtient au moins 1 700 € par kW de capacité concernée. Là encore, il s’agit d’un ratio d’infrastructure d’évacuation et non d’un coût complet de centrale.
Valenciaport transforme le port en banc d’essai énergétique
Le texte source évoquait un rôle de laboratoire pour Valenciaport. Les informations officielles le confirment et le précisent. Selon Valenciaport, le port veut créer une base d’essai durable pour des technologies de production marine renouvelable raccordées au réseau moyenne tension de Valence et de Sagonte. Autrement dit, le site ne teste pas seulement Paiporta ; il prépare une infrastructure réutilisable pour d’autres démonstrateurs.
Cette nuance change la lecture du dossier. On ne parle plus uniquement d’un prototype symbolique, mais d’un actif d’essais destiné à accueillir plusieurs briques technologiques. C’est aussi ce qui explique la présence d’un autre volet lié à l’énergie des vagues à Sagonte. Le port cherche à bâtir un écosystème de validation technique, pas un seul coup de communication verte.
Mon avis ici est net : c’est la partie la plus solide du projet. En Espagne comme ailleurs, les technologies marines échouent souvent entre le prototype subventionné et le déploiement industriel, faute de sites de test raccordés et de partenaires publics prêts à absorber la complexité. En structurant une plateforme d’essai, Valenciaport réduit ce goulet d’étranglement.
Ce que l’article d’origine ne disait pas : le contexte concurrent mondial
La plateforme valencienne est une première en Espagne, mais pas la première tentative sérieuse en mer ouverte à l’échelle internationale. Selon Ocean Sun, son projet Haiyang en Chine est présenté comme le premier projet photovoltaïque flottant offshore relié à une éolienne en mer, avec une puissance de 0,5 MWp. Ce chiffre permet une comparaison directe avec l’unité espagnole : Paiporta, avec ses 500 kW, joue dans la même classe de puissance qu’un des démonstrateurs offshore les plus cités au monde.
La comparaison devient plus intéressante une fois la seconde unité installée. Avec 1 MW cumulé, le dispositif prévu à Valence atteindra deux fois la puissance du pilote Haiyang de 0,5 MWp, soit un écart de +100 %. Ce ratio est nouveau et utile : il situe le projet espagnol non pas comme un simple essai de laboratoire, mais comme un démonstrateur déjà conséquent à l’échelle des premières applications offshore.
Autre signal de marché : selon MARIN, les tests réalisés avec SolarDuck ont porté en 2025 sur un ensemble de 54 plateformes représentant environ 6 MWp en conditions de bassin offshore. En face, le projet de Valence reste plus petit, avec 1 MW visé au total. Le rapport de taille est clair : l’ensemble testé par SolarDuck équivaut à six fois la capacité finale prévue pour Paiporta. Mais la comparaison a ses limites : SolarDuck parle ici d’essais de tenue en mer à grande échelle sur maquette représentative, alors que Valence déploie un démonstrateur physique connecté dans un port européen.
Selon Ocean Sun, le portefeuille de projets comprend aussi des cas d’usage variés, des réservoirs d’eau douce jusqu’aux fermes aquacoles, en passant par des démonstrateurs offshore et des sites insulaires. Ce panorama manque dans l’article d’origine. Il montre que le marché du solaire flottant ne suit pas une seule voie technique. Certains acteurs misent sur des membranes souples, d’autres sur des plateformes surélevées, d’autres encore sur des structures multi-corps plus proches de l’ingénierie offshore classique.
Cinq apports nouveaux qui changent la lecture du projet
1. Le programme public espagnol pèse 240 millions d’euros
Selon l’IDAE, la première enveloppe de RENMARINAS DEMOS atteint 240 millions d’euros. L’article source citait le programme, mais pas son poids financier global. Cette donnée replace le projet dans une politique industrielle nationale, pas dans une expérimentation isolée.
2. Le raccordement portuaire dépasse 1,7 million d’euros
Selon Valenciaport, l’opération d’évacuation d’énergie pour Valence et Sagonte affiche un budget supérieur à 1,7 million d’euros et un délai de 11 mois. Cela éclaire la partie la moins visible du dossier : l’infrastructure électrique nécessaire pour transformer un prototype flottant en démonstrateur utile.
3. Le projet espagnol vise 1 MW contre 0,5 MWp pour le pilote Haiyang
Selon Ocean Sun, Haiyang en Chine se situe à 0,5 MWp. À pleine configuration, Valence atteindra 1 MW. Le site espagnol se place donc dans le haut de la fourchette des premiers démonstrateurs offshore publiquement documentés.
4. Les tests les plus avancés de SolarDuck montent à 6 MWp
Selon MARIN, les essais avec SolarDuck ont porté sur un ensemble représentant 6 MWp. Valence reste plus modeste, mais cette comparaison chiffre le chemin à parcourir entre démonstrateur portuaire et ferme offshore de taille intermédiaire.
5. BlueNewables met en avant la réduction visée du LCOE, mais sans chiffre public
Selon BlueNewables, la simplicité de la structure PV-bos doit contribuer à réduire le coût actualisé de l’électricité. En revanche, aucun chiffre public de LCOE, de CAPEX, de facteur de charge ou de production annuelle n’a été communiqué. Sur ces points, il faut écrire ce qui est vrai : non communiqué.
À quoi peut servir concrètement une telle plateforme
Le texte source citait les ports, l’offshore et les îles. C’est juste, mais trop abstrait. En pratique, une plateforme de 500 kW à 1 MW peut couvrir plusieurs usages précis : alimentation partielle d’équipements portuaires, injection sur réseau local, soutien à une microgrille insulaire, hybridation avec un parc éolien marin ou alimentation d’infrastructures énergétiques côtières. Selon Naturgy, la filière présente un fort potentiel de couplage avec l’éolien offshore. Cet angle est stratégique, car le solaire peut utiliser des connexions, des zones et une partie des compétences déjà mobilisées par le monde de l’éolien en mer.
Autre cas d’usage concret documenté chez les concurrents : selon Ocean Sun, certains projets flottants servent l’aquaculture, d’autres l’alimentation d’îles ou de sites isolés. Le solaire marin n’est donc pas condamné à viser immédiatement la grande centrale offshore. Il peut d’abord trouver sa place sur des niches à forte valeur, là où le coût du kWh évité est élevé et où l’emprise au sol manque.
Mon avis est tranché : c’est sur ces segments que la techno doit faire ses preuves. Pas sur la promesse vague d’immenses champs solaires en pleine mer dès demain. Ports, îles, aquaculture, hybridation avec l’existant : voilà les vrais terrains de validation commerciale.
Ce que l’on sait des coûts, et ce que l’on ne sait pas
Aucun prix en dollars n’a été trouvé dans les sources primaires consultées pour cette plateforme ni pour ses concurrentes directes. Il n’y a donc aucune conversion à effectuer sur un coût de projet. En revanche, le taux de change officiel a bien été vérifié : selon la Banque centrale européenne, au 10 juillet 2026, 1 € = 1,1430 USD. Cela correspond à environ 1 USD = 0,87 €. Faute de montant libellé en dollars dans les sources retenues, ce taux reste ici une donnée de contexte et non un outil de conversion appliqué à un prix de centrale.
Sur les données économiques clés du projet Paiporta — CAPEX total, coût des flotteurs, coût d’amarrage, coût des panneaux, coût du MWh produit, durée d’amortissement, production annuelle estimée, facteur de charge, coût d’O&M, rendement réel des bifaciaux en mer — la réponse honnête est la même : non communiqué.
Pourquoi ce pilote compte malgré son échelle encore limitée
Le solaire flottant en mer reste un secteur de preuves plus qu’un secteur de volumes. C’est précisément pour cela que le cas de Valence mérite un suivi. Selon BlueNewables, Naturgy, Valenciaport et l’IDAE, on dispose ici d’un assemblage rare : un développeur local, un énergéticien établi, un port prêt à servir de site d’essai, un cadre public financé et une infrastructure de raccordement en cours.
Face à la concurrence, la plateforme espagnole n’est pas la plus grande du marché. Elle n’est pas non plus celle qui a publié le plus de données techniques. Mais elle coche les cases qui comptent pour passer du prototype au retour d’expérience exploitable. Si les essais confirment la tenue structurelle, la facilité de maintenance et un niveau de production correct, Paiporta pourra servir de référence pour des déploiements plus vastes dans les ports, les îles et certains schémas hybrides avec l’éolien offshore.
Pour consulter la source institutionnelle la plus utile sur le cadre du projet, voir la page officielle de Valenciaport : https://www.valenciaport.com/valenciaport-impulsa-el-uso-de-energias-renovables-maritimas/
Mon avis :
Démonstrateur crédible: 500 kW installés en mer ouverte, avec une cible de 1 MW et un vrai banc d’essai portuaire, ce qui donne enfin des données d’exploitation utiles. Mais il faut rester froid: sans résultats publiés sur rendement, corrosion, maintenance et coût complet, on parle encore d’une validation précommerciale, pas d’une solution industrialisée.





