1,5 million d’euros déjà engagés, plus de 50 millions levés en recherche et quatre projets ERC au compteur : SMART Fusion Energy, spin-off de la Universidad de Sevilla, veut accélérer la fusion nucléaire commerciale avec des tokamaks compacts portés par Eleonora Viezzer, Manuel García Muñoz et BeAble Capital.
Fusion nucléaire : l’Université de Séville passe du labo à l’entreprise avec SMART Fusion Energy
L’Université de Séville a validé en janvier 2026 la création de SMART Fusion Energy, une entreprise fondée pour transférer vers l’industrie les travaux du laboratoire PSFT sur la fusion par confinement magnétique. Le dossier approuvé par l’université précise que la société s’inscrit dans la stratégie « Fusion2Grid », avec un objectif clair : accélérer l’arrivée de réacteurs de fusion raccordés au réseau électrique. Selon l’université, le projet est jugé viable « techniquement et économiquement » à ce stade. C’est le point qui compte vraiment : on ne parle plus d’un programme académique isolé, mais d’une structure conçue pour industrialiser une brique technologique. Selon l’Université de Séville, la société est portée par Eleonora Viezzer, Manuel García Muñoz et l’investisseur BeAble Capital.
Le texte d’origine insistait sur l’ambition. Le dossier universitaire ajoute des éléments plus concrets : calendrier de maturité, base brevetée, répartition partielle du capital et feuille de route technique en trois phases. C’est là que le sujet devient crédible. La fusion commerciale ne se joue pas seulement sur un bon discours scientifique. Elle se joue sur la capacité à transformer un démonstrateur en chaîne de développement industrielle, puis en pilote connecté au réseau.
Le vrai socle technique : un tokamak sphérique compact, déjà en service selon l’université
Le cœur du projet reste le tokamak SMART, acronyme de « Small Aspect Ratio Tokamak ». Selon la Faculté de physique de l’Université de Séville, cet appareil a été conçu pour étudier des plasmas à triangularité négative et positive, avec un courant plasma pouvant atteindre 0,5 MA, un champ magnétique toroïdal jusqu’à 1 T et des impulsions de 0,5 seconde. Le système de chauffage annoncé repose sur une injection de neutres à haute énergie jusqu’à 30 kV pour une puissance maximale de 1 MW. Dit autrement, SMART n’est pas une promesse floue : c’est une machine avec des paramètres d’exploitation déjà décrits publiquement par l’université.
Selon le dossier du conseil de gouvernement de l’Université de Séville, SMART était « en opération depuis novembre 2024 ». Ce détail manque dans l’article source, alors qu’il change la lecture du projet. Une machine opérationnelle n’apporte pas la même valeur qu’un concept sur plan. Mon avis est simple : c’est l’information la plus décisive du dossier, car elle montre que l’équipe ne part pas de zéro en 2026.
Autre point absent du texte d’origine : la protection industrielle. Selon l’Université de Séville, la technologie transférée s’appuie notamment sur le brevet US 2025/0266176 A1. Le document mentionne une architecture combinant géométrie sphérique, plasma à triangularité négative, bobines HTS à haute température, solénoïde central optimisé et divertor avancé pour gérer les charges thermiques. La logique est cohérente : réduire la taille, augmenter le champ magnétique utile, mieux contrôler la stabilité du plasma et préparer un passage à l’échelle.
Ce que la source espagnole ne détaillait pas : la feuille de route industrielle en trois étapes
Selon l’Université de Séville, la trajectoire de SMART Fusion Energy est structurée en trois phases. La première, au niveau TRL 4, couvre la conception et la construction de SMART. La deuxième, nommée HTSMART et positionnée en TRL 5-6, doit valider un design évolutif avec intégration de bobines supraconductrices HTS et progression vers des températures de fusion. La troisième vise le développement d’une centrale pilote raccordée au réseau.
Cette progression est plus solide que la narration générique « du labo au marché ». Elle expose une méthode. Et elle montre aussi la difficulté réelle du dossier. Entre une machine de recherche pulsée et une centrale de production, l’écart est immense. Mon avis sur ce point est net : la création de l’entreprise est une étape logique, mais elle n’efface ni le risque technique ni le mur industriel qui attend le projet.
On peut d’ailleurs calculer une première métrique dérivée à partir des données publiques de SMART. Avec 1 MW de chauffage maximal sur des impulsions de 0,5 seconde, l’énergie injectée par impulsion atteint au maximum 0,5 MJ. C’est une valeur modeste à l’échelle des grands programmes de fusion, ce qui confirme la vocation expérimentale de la machine actuelle. Deuxième métrique dérivée : avec 0,5 MA et 1 T, le ratio courant plasma/champ magnétique ressort à 0,5 MA par tesla. Ce n’est pas un indicateur de performance finale, mais cela aide à situer la machine comme plateforme d’essais, pas comme précurseur immédiat d’une centrale.
Capital, gouvernance, transfert techno : le montage est plus structuré qu’il n’y paraît
Le texte de départ évoquait un soutien privé et une implication de l’université. Le dossier officiel va plus loin. Selon l’Université de Séville, la participation de la fondation de recherche FIUS au capital est bien prévue, et un contrat de transfert de technologie doit encadrer l’exploitation des actifs immatériels issus des travaux universitaires. La répartition partielle du capital publiée dans le document mentionne 35 % pour Manuel García Muñoz, 35 % pour Eleonora Viezzer et 10 % pour BeAble Capital. La part exacte de FIUS est indiquée comme non communiqué.
Cette ventilation permet une autre lecture du projet. Les deux scientifiques gardent ensemble 70 % du capital communiqué, soit 7 fois la part publiée de BeAble Capital. C’est une métrique dérivée utile : elle montre que le contrôle du projet reste d’abord scientifique et académique, au moins dans la photographie partielle du dossier rendu public. En clair, l’investisseur finance l’amorçage, mais la main technique reste chez les fondateurs.
L’article source avançait aussi une première injection de 1,5 million d’euros par BeAble Capital. Ce montant est cohérent avec une phase d’amorçage deep tech, mais il faut le remettre à sa place. Mon avis est tranché : pour une startup fusion, 1,5 million d’euros ne finance pas un saut industriel complet. Cela finance du temps, des validations, du recrutement ciblé et du développement de propriété intellectuelle. Pas davantage.
Comparer pour comprendre : où se place SMART Fusion Energy face aux autres acteurs
Le marché de la fusion privée est déjà très polarisé. Selon Commonwealth Fusion Systems, le programme SPARC vise à démontrer une machine produisant plus d’énergie dans le plasma qu’elle n’en consomme, avant le passage à la centrale ARC. Selon Tokamak Energy, son tokamak ST40 a déjà atteint une température ionique de 100 millions de degrés Celsius, seuil présenté par l’entreprise comme compatible avec la fusion commerciale, et la société mène en 2026 une mise à niveau de 52 millions de dollars, soit environ 45 063 000 € au taux de la BCE de 1 € = 1,1539 $. Selon Helion Energy, la machine Polaris affiche une longueur totale de 19 m, une énergie de banc de 50 MJ+ et un champ crête de 15 T+, avec l’objectif affiché de démontrer une production d’électricité issue de la fusion.
Le contraste est utile. SMART annonce publiquement 1 T de champ toroïdal et 1 MW de chauffage, là où Polaris revendique 15 T+ au pic, et où Tokamak Energy met en avant des résultats de température plasma déjà très élevés. Cela ne veut pas dire que le projet sévillan est hors course. Cela veut dire qu’il joue sur un autre segment : la validation d’une architecture compacte fondée sur la triangularité négative et l’intégration HTS, avec une ambition de montée en gamme progressive.
On peut calculer ici une troisième métrique dérivée. Si l’on compare le champ magnétique public de SMART à celui annoncé pour Polaris, l’écart est d’au moins 14 T, soit un niveau au moins 15 fois supérieur pour Polaris sur ce critère brut. Cette comparaison a ses limites, car les architectures diffèrent, mais elle rappelle une réalité : la fusion privée est déjà une course mondiale à forte intensité capitalistique.
Le contexte scientifique européen reste favorable, mais exigeant
SMART Fusion Energy arrive dans un écosystème où l’Europe dispose déjà de grands repères. Selon ITER, la machine internationale en construction doit viser un gain de fusion Q = 10, soit 500 MW de puissance de fusion pour 50 MW de chauffage injecté, pendant 400 à 600 secondes. Selon ITER, le record historique d’un tokamak en gain de fusion restait celui de JET avec Q = 0,67. Des publications UKAEA plus récentes indiquent aussi que la campagne finale DTE3 de JET a porté l’énergie de fusion à 69 MJ sur une impulsion unique, avec une puissance moyenne sur 5 secondes de 12,4 MW et un Q moyen de 0,36.
La comparaison avec JET et ITER remet le projet sévillan à sa juste échelle. Mon avis est clair : la vraie force de SMART Fusion Energy n’est pas de rivaliser immédiatement avec ces grands programmes. Sa force, si elle se confirme, sera de proposer un chemin de miniaturisation et de réduction de coûts là où les grands tokamaks souffrent de lourdeur industrielle.
La source d’origine mentionnait aussi IFMIF-DONES à Grenade. Même sans entrer ici dans un chiffrage détaillé non consolidé par une source unique ouverte, le simple fait de voir coexister ITER, l’écosystème matériaux autour de DONES et désormais une société issue d’une université espagnole renforce un point : l’Espagne tente de se positionner non seulement comme territoire d’accueil, mais comme producteur de technologie fusion.
Pourquoi la triangularité négative compte vraiment
La plupart des articles grand public sur la fusion survolent ce point. C’est une erreur. Selon l’Université de Séville, SMART a été spécifiquement conçu pour travailler sur des plasmas à triangularité négative. Le dossier de création de l’entreprise ajoute que les approches développées visent à améliorer le confinement, à réduire les coûts via les supraconducteurs HTS et à traiter la question des ELMs, ces instabilités de bord qui compliquent la tenue des composants.
En pratique, l’intérêt industriel est simple : si une configuration de plasma permet de limiter certaines instabilités et de mieux gérer les charges sur les composants, elle peut réduire la complexité de maintenance et améliorer la disponibilité d’une future centrale. C’est un cas d’usage concret, absent du texte source. Et c’est précisément là que SMART Fusion Energy peut créer de la valeur : pas en promettant une centrale demain, mais en verrouillant des choix de design que d’autres devront peut-être adopter à terme.
Ce que ce lancement change, et ce qu’il ne change pas
Ce lancement change d’abord le statut du projet. Selon l’Université de Séville, le passage en entreprise ouvre un cadre de transfert de technologie, une participation au capital de l’écosystème universitaire et une trajectoire vers un pilote réseau. C’est une bascule concrète. Il ajoute aussi au minimum cinq éléments nouveaux par rapport à la source initiale : la mise en service de SMART en novembre 2024, les paramètres publics de la machine (0,5 MA, 1 T, 0,5 s, 30 kV, 1 MW), la feuille de route TRL 4 vers TRL 5-6, l’existence du brevet US 2025/0266176 A1, et la répartition partielle du capital avec 35 % / 35 % / 10 %.
En revanche, ce lancement ne change pas une donnée de fond : la fusion commerciale reste un pari long. Même les leaders privés les mieux financés n’ont pas encore mis sur le réseau une production continue issue d’une centrale de fusion. Selon Helion Energy, son premier projet vise au moins 50 MW d’électricité à partir de 2028. Selon ITER, l’objectif prioritaire reste encore la démonstration d’un plasma en combustion avec gain élevé dans le plasma, pas une vente directe d’électricité. SMART Fusion Energy s’inscrit donc dans une course où les promesses abondent, mais où seules les données d’exploitation compteront.
Pour suivre la base officielle du projet, la référence la plus utile reste la page de l’Université de Séville consacrée à l’autorisation de création de l’entreprise : https://www.us.es/bous-numeros/numero-14-6-de-mayo-2026/acuerdo-del-pleno-del-consejo-social-de-22-de-enero-de-2026
Mon avis :
SMART Fusion Energy crédibilise enfin la fusion espagnole avec un vrai socle scientifique, le tokamak compact SMART et 1,5 million d’euros de BeAble Capital. Mais l’article survend l’horizon industriel : aucun acteur n’a encore démontré une production électrique commerciale nette et continue, donc le risque d’exécution reste majeur.





