Le calzado espagnol traite des déchets de polyuréthane encore peu recyclés pour les réinjecter dans la production : le projet VAL-rPU-CALZADO, porté en Comunitat Valenciana, mise sur la glycolyse pour récupérer des polyols recyclés, réduire l’usage de matière vierge et industrialiser des semelles plus circulaires.
L’industrie espagnole de la chaussure s’attaque enfin au vrai point faible du polyuréthane
Le secteur espagnol de la chaussure avance sur un sujet que beaucoup contournent encore : le traitement des déchets de polyuréthane issus de la production. Dans la Communauté valencienne, le projet VAL-rPU-CALZADO vise à réintégrer ces résidus dans la chaîne de valeur au lieu de les orienter vers l’élimination. La source de départ évoque l’objectif général. Les recherches menées autour du projet permettent d’aller plus loin : il ne s’agit pas d’un simple recyclage matière, mais d’une tentative de récupération chimique de briques moléculaires réutilisables dans de nouveaux systèmes polyuréthanes.
Le point de départ est connu dans l’industrie. Les déchets de PU de semelles, mousses et composants techniques sont difficiles à revaloriser par des voies classiques, car une partie importante de ces matériaux est thermodurcissable. On ne les refond pas comme un thermoplastique standard. Selon INESCOP, la voie explorée repose donc sur la glycolyse, une technique de solvolyse capable de casser les chaînes du polyuréthane pour récupérer notamment des polyols recyclés, ensuite réinjectables dans de nouvelles formulations. C’est la bonne approche : quand le broyage mécanique dégrade souvent la valeur d’usage, la chimie permet de remonter d’un cran dans la hiérarchie de valorisation.
La glycolyse change la logique industrielle : on ne remplit plus, on régénère
Le cœur technique du projet repose sur la dépolymérisation contrôlée des déchets de PU. Selon INESCOP, les travaux présentés en 2025 sur le recyclage chimique par glycolyse des mousses polyuréthanes de la chaussure montrent que les conditions de solvolyse peuvent être ajustées pour obtenir des polyols recyclés adaptés à de nouvelles mousses et à des adhésifs. C’est un point clé. La performance ne dépend pas seulement du fait de “recycler”, mais de la qualité chimique du flux régénéré.
La source d’origine insiste sur la future utilisation dans les semelles et autres composants. Les publications d’INESCOP confirment que l’ambition dépasse le simple usage en charge ou en sous-couche de faible valeur. Selon le centre technologique, l’objectif est bien d’obtenir des matières secondaires compatibles avec de nouvelles synthèses de polyuréthane, ce qui rapproche le projet d’une boucle matière plus noble que le recyclage mécanique traditionnel.
À mon sens, c’est là que le dossier devient crédible. Beaucoup de projets “circulaires” dans la chaussure se limitent à introduire du broyat dans un composite. Ici, l’enjeu est différent : récupérer un intermédiaire chimique exploitable industriellement. Selon Covestro, qui développe aussi des procédés de recyclage chimique du PU sur d’autres applications, l’intérêt de ces voies avancées tient au fait qu’elles permettent de retrouver des composants de qualité comparable à des matières conventionnelles. Le parallèle ne prouve pas la performance finale de VAL-rPU-CALZADO, mais il replace la stratégie espagnole dans une tendance technologique lourde du secteur des polyuréthanes.
Ce que la source initiale ne disait pas sur l’écosystème technique
Le projet associe plusieurs acteurs spécialisés. La coordination industrielle revient à Synthelast, entreprise active dans les polymères, élastomères, TPU et systèmes polyuréthanes pour la chaussure. Selon le site officiel de l’entreprise, elle développe et optimise des matériaux destinés notamment à l’injection de semelles avec différentes duretés et densités. Autrement dit, le porteur industriel n’est pas un acteur périphérique : il connaît les contraintes de transformation réelles du secteur.
Pikolinos intervient comme validateur applicatif des semelles recyclées. C’est cohérent. Une marque grand public ne juge pas un matériau sur une fiche labo, mais sur le confort, la tenue dans le temps, l’acceptabilité client et la régularité en production. Selon la page durabilité de Pikolinos, la marque travaille déjà sur la réduction d’impact matière. Sa présence dans le projet donne un débouché concret à la phase de validation, au lieu de laisser la technologie enfermée dans un pilote.
Onditec complète ce dispositif pour l’optimisation industrielle, tandis que FEDER Comunitat Valenciana soutient le financement, comme l’indique la source d’origine. Ce montage public-privé a du sens : la chimie du recyclage coûte cher en développement, en caractérisation et en montée en échelle. Sans soutien public, beaucoup de démonstrateurs restent au stade du laboratoire.
Un précédent discret renforce la solidité du projet
Le projet ne sort pas de nulle part. Selon Synthelast, l’entreprise a déjà conduit avec Pikokaizen un projet soutenu par l’Agencia Valenciana de la Innovación pour développer des technologies de recyclage des semelles en polyuréthane de chaussures sanitaires collectées dans des hôpitaux, avec récupération du polyol pour resynthétiser de nouveaux polyuréthanes recyclés. Ce point est nouveau par rapport à la source initiale.
Autrement dit, VAL-rPU-CALZADO ne démarre pas sur une page blanche. Il s’inscrit dans une continuité de R&D sur la récupération du polyol, avec un cas d’usage concret déjà identifié : la chaussure professionnelle et sanitaire. C’est un apport utile, car il montre que la logique de boucle fermée n’est pas seulement théorique. Elle peut s’appuyer sur des flux de déchets plus homogènes et mieux collectés que le gisement diffus du grand public.
Le marché justifie l’effort, même si l’Espagne n’est plus seule en tête
Le sujet n’est pas marginal. Selon la European Confederation of the Footwear Industry, l’industrie européenne de la chaussure représentait en 2021 quelque 17 160 entreprises, 221 220 emplois directs et 23 115 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cela donne un ordre de grandeur : même un gain partiel sur les déchets de PU peut peser lourd à l’échelle continentale.
La source initiale parle d’un rôle moteur de l’Espagne. Sur le plan industriel, la formule doit être nuancée. Selon des données Eurostat relayées par Portugal Global, le Portugal a produit 85 millions de paires en 2022 contre 83 millions pour l’Espagne. Le même jeu de données indique qu’en dix ans la production portugaise a progressé de 14,4 %, alors que la production espagnole a reculé de 14 %. L’Espagne n’est donc pas automatiquement leader en volume. En revanche, sur la R&D appliquée au recyclage du PU dans la chaussure, l’initiative valencienne la place clairement parmi les acteurs les plus offensifs.
Deux métriques dérivées éclairent ce contexte. D’abord, l’écart de production 2022 entre le Portugal et l’Espagne est de 2 millions de paires, soit environ 2,4 % de plus pour le Portugal, calculé à partir de 85 contre 83 millions. Ensuite, sur dix ans, l’écart de trajectoire entre les deux pays atteint 28,4 points, avec +14,4 % pour le Portugal contre -14 % pour l’Espagne. Ce contraste montre pourquoi l’industrie espagnole a intérêt à miser sur la valeur technologique plutôt que sur la seule bataille des volumes.
La vraie différence face aux approches concurrentes
Le recyclage du PU n’est pas un sujet exclusivement espagnol. Selon Covestro, l’entreprise a développé des technologies de recyclage chimique de mousses polyuréthanes capables de récupérer non seulement le polyol, mais aussi le précurseur du TDI sur d’autres applications comme les matelas. Selon BASF, le groupe travaille lui aussi sur des procédés de recyclage chimique du polyuréthane afin de refermer la boucle matière. La compétition existe donc déjà au niveau des chimistes.
Mais le projet espagnol a une spécificité utile : il est centré sur le gisement chaussure et sur la validation applicative dans la semelle. Cette focalisation compte davantage qu’un grand discours sur la circularité. Les déchets du footwear sont composites, sales, variables et liés à des contraintes de confort, densité, résilience et tenue à l’hydrolyse. Un procédé valable sur mousse de matelas n’est pas automatiquement transposable tel quel à une semelle injectée.
Un concurrent apporte aussi un repère concret sur le terrain produit. Selon uvex, sa chaussure de sécurité i-PUREnrj planet intègre désormais 30 % de contenu recyclé, contre 25 % auparavant. La métrique dérivée ici est simple : cela représente une hausse de 20 % du taux de contenu recyclé par rapport à la version précédente, calculée de 25 % à 30 %. Ce n’est pas la même architecture technique que la récupération chimique de polyol, mais c’est un indicateur utile : des marques commercialisent déjà des composants PU recyclés certifiés, ce qui fixe un niveau d’exigence au projet espagnol.
Le secteur valencien ne travaille pas seulement sur les semelles
Autre angle absent de la source initiale : le recyclage et la circularité du PU s’étendent aussi aux adhésifs. Selon INESCOP, le projet SUSTAINPU, lancé en janvier 2025 et prévu jusqu’en mars 2026, vise des adhésifs polyuréthanes avec jusqu’à 50 % de contenu biosourcé pour l’emballage et la chaussure. Toujours selon INESCOP, ces développements doivent conserver une viabilité industrielle et, dans les applications chaussure, atteindre des résistances d’adhésion égales ou supérieures à 5 N/mm.
Ce détour par les adhésifs est loin d’être accessoire. Une chaussure ne se résume pas à sa semelle. La circularité du produit dépend aussi de la façon dont les composants sont assemblés et séparés en fin de vie. Selon INESCOP, les projets RECYGLUE ont précisément travaillé sur des adhésifs de polyuréthane contribuant à la circularité et à l’écoconception. L’avis est net : tant que la colle reste pensée contre le démontage, le recyclage aval restera structurellement limité.
Cinq apports nouveaux qui changent la lecture du dossier
Premier apport nouveau : selon INESCOP, la glycolyse menée sur les déchets de mousse PU de la chaussure ne vise pas seulement la réduction du volume de déchets, mais l’obtention de polyols recyclés adaptés à de nouvelles mousses et adhésifs. La cible matière est donc plus ambitieuse que ce que la source initiale laissait entendre.
Deuxième apport nouveau : selon Synthelast, l’entreprise a déjà travaillé avec Pikokaizen sur le recyclage de semelles PU issues de chaussures sanitaires collectées en hôpital. Cela ajoute un cas d’usage concret et crédible à la chaîne de valeur.
Troisième apport nouveau : selon Covestro et BASF, la récupération chimique du PU fait déjà l’objet d’investissements industriels internationaux. Le projet espagnol ne suit donc pas une mode locale ; il s’inscrit dans une course technologique réelle.
Quatrième apport nouveau : selon uvex, une chaussure de sécurité commercialisée atteint déjà 30 % de contenu recyclé dans sa semelle intermédiaire, contre 25 % auparavant. Cela donne un repère concurrent chiffré sur l’acceptation produit.
Cinquième apport nouveau : selon la CEC, le footwear européen reste un secteur de plus de 23,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021. Le recyclage du PU n’est donc pas une niche environnementale, mais une question industrielle à grande échelle.
Où se situent les chiffres économiques exploitables
La source fournie ne donne aucun coût, aucun CAPEX, aucun débit pilote, aucun taux de rendement matière, ni aucune part d’incorporation maximale dans les nouvelles semelles. Ces informations sont donc non communiquées. Il faut le dire clairement au lieu de les suggérer.
Le taux de change USD→EUR demandé a bien été vérifié. Selon la Banque centrale européenne, le taux de référence publié le 26 juin 2026 est de 1 EUR = 1,1401 USD, soit 1 USD = 0,8771 EUR. Aucune donnée tarifaire en dollars réellement exploitable et pertinente n’a toutefois été trouvée dans les sources primaires retenues sur ce projet précis, donc aucune conversion prix en euro ne s’impose ici.
Ce que cette initiative peut réellement changer dans la fabrication
Si la validation semi-industrielle se confirme, l’intérêt est double. D’abord, les fabricants réduisent leur dépendance aux matières vierges, en particulier aux polyols fossiles, au moins sur une partie des formulations. Ensuite, ils requalifient des déchets internes aujourd’hui coûteux à gérer. C’est la seule lecture industrielle qui vaille : un déchet n’entre vraiment dans l’économie circulaire que lorsqu’il retrouve une valeur matière stable et répétable.
Le point de vigilance reste connu. Entre un démonstrateur et une ligne industrielle, l’écart est souvent brutal. Les paramètres critiques restent non communiqués : pureté du polyol récupéré, stabilité lot à lot, taux d’incorporation maximal sans perte de performance, coût complet du procédé, consommation énergétique et certifications nécessaires pour les composants finis. Tant que ces données ne sont pas publiées, il faut rester factuel.
Mais sur le fond, l’orientation est la bonne. La chaussure européenne parle beaucoup d’écoconception. Le polyuréthane rappelle une réalité plus dure : sans chimie de recyclage maîtrisée, les matériaux techniques restent coincés dans une impasse de fin de vie. Le projet valencien a donc un mérite net : il attaque le problème là où il est le plus difficile, pas là où la communication est la plus facile.
Source de référence
INESCOP – Reciclado químico por glicólisis: una solución para recuperar poliuretano
Mon avis :
Initiative crédible : la glycólise traite enfin un déchet difficile, le polyuréthane thermodurcissable, et la validation semi-industrielle avec Inescop, Synthelast et Pikolinos montre un vrai potentiel de réemploi en semelles. Ma réserve est nette : sans chiffres publics sur rendement, coût et baisse réelle de CO2, la promesse reste industrielle, pas encore démontrée à grande échelle.





