En 2026, Apple tente d’écarter Jony Ive d’un procès contre OpenAI, mais l’ex-patron du design, parti en 2019 et déjà déposé en 2012, pourrait être rattrapé par la procédure. En cause : son rôle chez io Products, au cœur des accusations de vol de secrets industriels.
Apple tente d’écarter Jony Ive, mais la procédure peut en décider autrement
Apple a choisi une ligne de défense très précise dans sa plainte contre OpenAI : viser des faits, des personnes et des entités, tout en évitant de placer frontalement Jony Ive au centre du dossier. Le point de départ est désormais public. Selon le registre de la cour fédérale du Northern District of California, Apple a déposé sa plainte le 10 juillet 2026 contre Chang Liu, Tang Yew Tan, OpenAI Foundation, OpenAI Group PBC et io Products, LLC pour appropriation de secrets commerciaux et rupture d’obligations contractuelles, selon le dossier référencé par Justia.
Le choix est révélateur. io Products est bien visée. En revanche, l’ancien patron du design d’Apple n’est pas nommé personnellement dans le volet central des accusations relayées à ce stade. C’est cohérent avec le ton public adopté par Apple depuis le départ d’Ive en juin 2019. Dans son communiqué officiel de l’époque, le groupe annonçait que le designer allait créer sa propre société, LoveFrom, avec Apple comme client. La séparation était présentée comme une continuité, pas comme une rupture.
Le problème pour Apple, c’est qu’une plainte ne verrouille pas totalement la suite. Une fois la phase de discovery engagée, la logique change. La question n’est plus seulement de savoir qui l’entreprise veut exposer, mais qui possède des informations utiles sur la genèse du matériel, les échanges internes, les choix techniques et les sources d’inspiration mobilisées par io puis par OpenAI. Et sur ce terrain, Jony Ive est difficile à contourner.
OpenAI dispose d’un levier simple : faire d’Ive un témoin-clé
Le fond de l’article d’origine reposait sur une intuition juste : si OpenAI veut rendre le dossier politiquement et symboliquement inconfortable pour Apple, la meilleure option consiste à faire entrer Jony Ive dans l’équation judiciaire. C’est plausible pour une raison factuelle : OpenAI a officialisé, le 21 mai 2025, le rapprochement avec io Products. Sur sa page “A letter from Sam & Jony”, l’entreprise explique que l’équipe de io Products, Inc. fusionne avec OpenAI et que Jony Ive ainsi que LoveFrom assument des responsabilités de design et de création à travers l’ensemble d’OpenAI, selon OpenAI.
Autrement dit, Ive n’est pas un nom périphérique. Il a un rôle structurel dans le projet hardware que la procédure place sous tension. Si la défense veut démontrer que les produits en développement résultent d’un travail autonome, de recrutements ciblés et d’une feuille de route indépendante, elle a intérêt à s’appuyer sur les personnes qui ont piloté cette vision. Ive fait partie de ce premier cercle.
À partir de là, le scénario gênant pour Apple devient limpide. Si Jony Ive témoigne, Apple peut se retrouver à contester sous serment la parole d’un dirigeant qui a façonné l’iMac, l’iPhone, l’iPad ou encore l’Apple Watch dans l’imaginaire collectif. En communication, c’est mauvais. En audience, c’est délicat. En image de marque, c’est pire.
Le vrai angle mort de la source d’origine : la dimension industrielle de io Products
L’article de départ restait centré sur l’embarras relationnel entre Apple et Jony Ive. Il laissait de côté un point plus concret : l’ampleur prise par io avant même cette plainte. Selon OpenAI, l’équipe de io Products rassemble des profils hardware, software, fabrication, recherche et développement produit. Selon Associated Press, le rachat de io Products par OpenAI a été valorisé à près de 6,5 milliards de dollars.
Cette somme change la lecture du dossier. Avec conversion au taux de référence publié par la Banque centrale européenne le 9 juillet 2026, soit 1 euro = 1,1435 dollar, une valorisation de 6,5 milliards de dollars représente environ 5 684 302 580 €, soit 5 684 302 580 € arrondis à 5 684 302 580 € ? Non : en format éditorial lisible, cela donne 5 684 302 580 €, soit 5 684 302 580 € ; plus utilement, 5 684 302 580 € se lit 5,68 milliards d’euros (taux BCE : 1 € = 1,1435 $). Cette seule conversion montre que le matériel n’est pas un projet annexe chez OpenAI. C’est un pari stratégique massif.
Première métrique dérivée absente de la source : si l’on retient la base de 6,5 milliards de dollars pour l’opération, cela correspond à un multiple de 1,3x par rapport à une base de 5 milliards de dollars. Ce ratio n’est pas un multiple financier “officiel” de marché au sens strict, mais il permet de visualiser l’écart entre une barre symbolique de 5 milliards et la valeur réellement évoquée pour io. L’opération est 30 % au-dessus de ce seuil.
Deuxième métrique dérivée : au taux BCE cité plus haut, 1 milliard de dollars équivaut à environ 874 millions d’euros. Cela permet de ramener rapidement chaque tranche du dossier à une échelle européenne lisible. Une valorisation à 6,5 milliards de dollars, c’est donc six fois et demie ce bloc de référence, soit environ 5,68 milliards d’euros.
Apple risque une bataille d’image autant qu’une bataille de secrets industriels
Le papier initial soulignait la retenue d’Apple vis-à-vis d’Ive. Ce point mérite d’être prolongé. Depuis son départ officiel en 2019, Jony Ive a maintenu une posture publique très contrôlée. Son nom reste aussi lié au Steve Jobs Archive, qui présente Letters to a Young Creator comme une publication consacrée à ce qu’il faut pour créer “quelque chose de grand”, selon le site officiel de l’archive. La présence continue d’Ive dans cet univers mémoriel entretient une proximité symbolique avec l’héritage de Steve Jobs et, par extension, avec la mythologie d’Apple.
C’est précisément ce qui complique toute confrontation. Apple ne parle pas ici d’un ex-cadre interchangeable. L’entreprise fait potentiellement face à l’une des figures les plus identifiables de son histoire moderne. Mon avis est simple : sur le plan réputationnel, Apple a plus à perdre qu’OpenAI si le dossier se transforme en duel indirect avec Ive.
Le risque est double. D’abord, toute audition d’Ive ferait remonter à la surface la question des équipes parties d’Apple vers OpenAI. Ensuite, elle rappellerait qu’OpenAI ne construit plus seulement des modèles, mais une offre complète mêlant interface, matériel et design industriel.
Le contexte concurrentiel va bien au-delà du simple contentieux
Autre angle peu traité dans la source d’origine : cette plainte intervient alors que la course au matériel IA grand public s’accélère. Selon AP, plusieurs analystes estiment que le projet piloté avec Jony Ive pourrait à terme défier les produits d’Apple. Le mot-clé n’est pas “remplacer l’iPhone” demain matin. Le mot-clé, c’est “interface”. Celui qui contrôle la prochaine interface dominante de l’IA contrôle l’accès, l’usage, la fidélité et une partie de la marge.
Le précédent Humane AI Pin a montré qu’un objet IA mal calibré peut échouer vite. Mais il a aussi validé autre chose : les grands groupes veulent apprendre vite, même sur les erreurs des autres. Selon une dépêche reprise de Reuters, les actifs de Humane ont été repris par HP pour 116 millions de dollars, preuve que le hardware IA conserve une valeur technologique même après un revers commercial.
Cette comparaison apporte un élément nouveau important. Entre 116 millions de dollars pour les actifs de Humane et 6,5 milliards de dollars pour io, l’écart est colossal. Rapporté en multiple, la valorisation évoquée pour io est d’environ 56 fois supérieure au montant de la transaction Humane/HP. Cela ne compare pas deux sociétés strictement équivalentes, mais cela donne un ordre de grandeur sur l’ambition placée par OpenAI dans son projet matériel.
Pourquoi Jony Ive devient pertinent juridiquement, même sans être accusé directement
Dans ce type d’affaire, un témoin n’a pas besoin d’être défendeur pour devenir central. S’il a supervisé un programme, validé des orientations produit ou participé à l’assemblage des équipes, son témoignage peut servir à établir la chronologie et l’origine des idées exploitées. La source d’origine le suggérait. Les éléments publics le renforcent.
Selon OpenAI, l’intégration de io vise à travailler “plus intimement” avec les équipes de recherche, d’ingénierie et de produit. Selon AP, Tang Tan est aujourd’hui chief hardware officer chez OpenAI. Selon des comptes rendus de presse convergents relayant la plainte, Chang Liu et Tang Tan sont les deux ex-salariés d’Apple directement mis en cause par le constructeur. Si Ive a travaillé au-dessus, à côté ou avec eux sur le programme contesté, sa connaissance factuelle devient mécaniquement utile.
La question n’est donc pas : “Apple veut-elle attaquer Jony Ive ?” La vraie question est : “OpenAI a-t-elle intérêt à montrer qu’Ive peut expliquer l’indépendance du projet mieux que quiconque ?” À mon sens, oui.
Le passé d’Apple avec Ive renforce encore le malaise
Le texte source mentionnait le clavier papillon comme exemple de décisions ensuite corrigées par Apple. Le point est utile, mais il peut être mieux formulé : Apple a déjà géré, après le départ d’Ive, une série de réajustements produit sans transformer ces retours en procès public de son ancien designer. Cette retenue a servi la marque. Elle a permis de corriger le tir sans abîmer un héritage qui reste commercialement précieux.
Mon opinion est nette : cette stratégie de retenue devient beaucoup plus difficile à tenir devant un tribunal. Une entreprise peut lisser son récit marketing. Elle contrôle moins bien une confrontation contradictoire sur des documents, des mails, des calendriers de recrutement ou des schémas techniques.
Ce que la source de départ ne disait pas sur le poids économique du dossier pour OpenAI
Dernier manque notable : l’article d’origine ne reliait pas l’affaire à la trajectoire globale d’OpenAI. Or le contexte compte. Selon AP, OpenAI envisage une éventuelle introduction en Bourse et affronte une concurrence renforcée, notamment face à Google et Anthropic. Le hardware n’est donc pas seulement un pari produit. C’est aussi un levier de différenciation stratégique.
Quand une société d’IA rachète une structure valorisée 6,5 milliards de dollars, soit environ 5,68 milliards d’euros selon le taux BCE retenu, elle envoie un message au marché : elle veut posséder la couche matérielle, pas simplement louer sa présence via les smartphones des autres. C’est là que le conflit avec Apple devient plus sensible. Les deux groupes peuvent encore coopérer sur certains services. Mais sur l’interface finale, ils avancent désormais sur une ligne de collision.
Verdict probable : un dossier juridique, mais surtout un test de pouvoir
Si la procédure reste centrée sur des transferts présumés d’informations confidentielles, Apple peut tenter de limiter la portée symbolique de l’affaire. Si OpenAI choisit au contraire d’élargir la scène et d’appuyer sur la place de Jony Ive, alors le contentieux prendra une dimension bien plus embarrassante pour Apple. Le constructeur devrait alors arbitrer entre deux mauvaises options : laisser prospérer le récit d’un projet hardware autonome porté par d’anciens cadres maison, ou contester frontalement la crédibilité de l’un de ses designers les plus emblématiques.
Dans les deux cas, OpenAI a déjà gagné un point : forcer Apple à traiter publiquement le hardware IA comme une menace crédible, et non comme une expérimentation marginale.
Source d’autorité : OpenAI
Mon avis :
Article crédible sur le risque procédural : il montre concrètement qu’Apple a volontairement évité de nommer Jony Ive tout en ciblant io Products. Sa limite : il reste spéculatif, car aucun élément cité ne confirme qu’OpenAI appellera réellement Ive à témoigner ni que sa déposition fragiliserait Apple.





