Avec un projet minier pouvant atteindre 860 M€ et l’étude de réacteurs SMR, Paraguay accélère sa diversification énergétique. Le rapprochement entre Santiago Peña, Marco Rubio, l’ANDE et l’OIEA ouvre la voie à une stratégie mêlant nucléaire civil, minerais critiques et sécurité régionale.
Paraguay mise sur le nucléaire civil pour sécuriser une demande électrique qui accélère
Le pari paraguayen est moins idéologique que technique. Le pays produit déjà une électricité très majoritairement hydraulique, mais il voit sa demande grimper vite et il sait que cette dépendance unique aux barrages crée un risque structurel. Selon l’ANDE, la consommation électrique nationale a atteint 29 419 GWh en 2025, en hausse de 12,5 % sur un an. Dans le même temps, le pic de demande du Système interconnecté national a touché 5 280 MW le 15 décembre 2025. Sur les deux premiers mois de 2026, la demande progressait encore de 13,1 % par rapport à la même période de 2025, toujours selon l’ANDE.
Ces chiffres changent la lecture du dossier. Le sujet n’est plus seulement de produire beaucoup d’électricité, mais de garantir une puissance ferme, pilotable et moins exposée aux aléas hydrologiques. En 2025, toujours selon l’ANDE, 87,6 % de l’énergie consommée au Paraguay provenait d’Itaipú, 10,5 % de Yacyretá et 1,9 % d’Acaray. Autrement dit, l’hydraulique a encore couvert la quasi-totalité du mix, mais la concentration du risque reste extrême.
La donnée la plus parlante n’apparaissait pas dans la source d’origine : à partir des chiffres de l’ANDE, Itaipú a fourni à elle seule 25 768 GWh sur 29 419 GWh en 2025, soit près de huit fois la contribution de Yacyretá à 3 081 GWh. Ce déséquilibre montre pourquoi Asunción cherche un appoint non hydraulique. Deuxième métrique dérivée : avec une puissance disponible de 7 000 MW pour le Paraguay selon la fiche génération de l’ANDE, le record de demande à 5 280 MW représente déjà environ 75 % de cette capacité disponible. Le pays garde de la marge, mais elle se réduit plus vite que le discours public ne le laisse penser.
Les SMR deviennent l’option la plus cohérente pour un réseau de taille intermédiaire
Le choix des petits réacteurs modulaires, ou SMR, est logique. Il colle mieux à la taille du réseau paraguayen qu’une centrale nucléaire classique de grande puissance. Selon l’AIEA, les SMR regroupent des réacteurs de petite taille conçus pour être déployés par modules, avec des usages qui ne se limitent pas à l’électricité. L’agence rappelle aussi que la cogénération peut porter l’efficacité globale au-delà de 80 %, contre environ 33 % pour un réacteur utilisé uniquement pour la production électrique. C’est un point concret : au Paraguay, un SMR pourrait alimenter à la fois le réseau, des sites industriels et, à terme, de la chaleur de procédé.
Le marché, lui, est loin d’être figé. Selon l’AIEA, plus de 80 concepts de SMR étaient en développement dans le monde dans sa publication de référence 2024. Cela veut dire une chose simple : le Paraguay n’achète pas encore une machine, il entre d’abord dans une phase de sélection technologique et de montée en compétence réglementaire.
La source d’origine parlait des SMR sans citer de modèles précis. C’est un angle mort majeur. Côté offre, plusieurs plateformes occidentales sont déjà identifiées. Selon NuScale Power, son module développe 77 MWe, avec des configurations de centrale en VOYGR-4 à 308 MWe et VOYGR-6 à 462 MWe. Selon GE Vernova Hitachi et la NRC, le BWRX-300 vise environ 300 MWe avec un système de sûreté passive. Selon Holtec International, le SMR-300 dépasse 300 MWe, repose sur une architecture compacte et peut utiliser des condenseurs à air, donc fonctionner sur des sites où la ressource en eau est limitée.
Mon avis est clair : pour le Paraguay, l’intérêt d’un SMR ne tient pas à l’effet vitrine, mais à sa granularité. Un bloc de 300 à 462 MWe s’intègre beaucoup plus proprement dans un réseau qui a enregistré un pic à 5 280 MW qu’un réacteur gigawattique. La comparaison est parlante. Un NuScale VOYGR-6 à 462 MWe représenterait environ 8,8 % du record de demande paraguayen de 2025. Un BWRX-300 ou un SMR-300 couvrirait environ 5,7 % de ce même pic. Ce sont des briques de capacité gérables, pas un choc d’intégration pour le réseau.
Le vrai sujet n’est pas la signature politique, mais la préparation réglementaire
Le point dur d’un programme nucléaire débutant n’est jamais le communiqué. C’est l’infrastructure institutionnelle. Selon la fiche pays de l’AIEA, le Paraguay est membre de l’agence depuis 1957, a mis en vigueur son protocole additionnel en 2004 et a ratifié plusieurs instruments liés à la sûreté, à la notification d’accident et à la protection physique des matières nucléaires. Ce socle existe. En revanche, la même fiche montre aussi que le pays n’est pas partie à la Convention de Vienne sur la responsabilité civile en matière de dommages nucléaires. Pour un futur investisseur, ce n’est pas un détail.
Autre élément nouveau absent du texte source : l’AIEA a organisé au Paraguay, du 13 au 17 avril 2026, une réunion régionale sur les technologies SMR, leur économie et le financement des projets nucléaires. Ce point compte davantage qu’il n’y paraît. Il suggère que le Paraguay ne se contente pas d’un affichage diplomatique avec Washington ; il commence à travailler la couche technique, économique et réglementaire avec l’agence de référence.
Je le dis franchement : sans autorité de sûreté renforcée, sans cadre de responsabilité civile clair et sans stratégie combustible-déchets, le projet restera au stade du récit géopolitique. Le nucléaire se décide en droit, en ingénierie et en financement. Pas en photo de sommet.
Le plan énergétique paraguayen montre déjà pourquoi la diversification devient urgente
Le plan maître de génération 2024-2043 de l’ANDE donne du relief au dossier. Dans ses projections, la demande maximale pourrait atteindre entre 10 094 MW et 15 072 MW en 2043 selon les scénarios retenus. Le pays ne parle donc pas d’un besoin marginal. Il prépare un système qui pourrait voir son pic de demande presque doubler, voire presque tripler par rapport au record observé en 2025.
Cette projection change la hiérarchie des solutions. Le solaire et les batteries auront leur place, et le plan maître les mentionne explicitement. L’ANDE chiffre par exemple certains projets photovoltaïques à 100 MWac avec une énergie annuelle minimale de 175,2 GWh, ou à 150 MWac pour 262,8 GWh annuels. Elle prévoit aussi des batteries lithium-ion de 200 MW et 800 MWh sur plusieurs sites. Mais ces actifs ne remplacent pas une capacité pilotable 24/7. Ils corrigent le profil de charge ; ils ne le portent pas seuls.
Une autre métrique dérivée aide à lire le sujet. En prenant le scénario bas de demande maximale à 10 094 MW en 2043, le pic paraguayen serait supérieur de 91 % au record de 2025 à 5 280 MW. Dans le scénario haut à 15 072 MW, l’écart grimperait à environ 186 %. Dit autrement, si la trajectoire industrielle se confirme, le pays devra ajouter beaucoup plus qu’une simple marge de sécurité.
Le nucléaire peut aussi servir l’industrie, pas seulement le réseau
Le texte source restait centré sur la stabilité électrique. C’est juste, mais incomplet. Selon NuScale Power, ses centrales sont conçues pour fonctionner en mode îloté, assurer un black start et servir des sites en bout de réseau ou hors réseau. Selon Holtec International, le SMR-300 peut aussi être configuré avec des condenseurs à air. Selon l’AIEA, les usages des SMR couvrent l’électricité, la chaleur industrielle, l’hydrogène et d’autres applications de cogénération.
Pour le Paraguay, cela ouvre au moins trois cas d’usage concrets. Premièrement, l’alimentation sécurisée de pôles industriels électro-intensifs. Deuxièmement, la fourniture de chaleur de procédé pour des activités minières ou chimiques. Troisièmement, le renforcement de zones éloignées ou de futurs hubs industriels sans dépendre uniquement de nouvelles lignes lourdes. C’est ici que le dossier devient crédible : un SMR bien dimensionné peut être un actif industriel autant qu’un actif de réseau.
Le volet minerais critiques est réel, mais encore moins mûr que le volet énergie
Le texte d’origine insistait sur le titane d’Alto Paraná. Le sujet existe, mais il faut le traiter avec plus de rigueur. Selon le ministère des Relations extérieures du Paraguay, le pays a rejoint en février 2026 une initiative menée avec les États-Unis pour renforcer la coopération sur les minerais critiques et sécuriser les chaînes d’approvisionnement nécessaires aux technologies avancées et de défense. Cela valide l’orientation stratégique.
En revanche, la promesse d’un milliard de dollars et l’idée d’une exploitation imminente relèvent encore du conditionnel si l’on s’en tient aux sources solides consultées ici. Aucune source primaire ouverte trouvée pendant la recherche ne détaille à ce stade un investissement final acté de 1 milliard de dollars pour le titane paraguayen. La bonne formulation est donc simple : non communiqué.
Ce manque de précision n’annule pas l’intérêt du dossier. Il montre seulement que la filière minière paraguayenne en est à un stade plus amont que la narration politique. Mon avis est net : tant qu’il n’y a ni étude économique rendue publique, ni calendrier industriel consolidé, ni structure de financement détaillée, il faut parler d’option stratégique, pas encore de bascule industrielle.
Washington avance ses pions, mais le Paraguay garde aussi une logique de souveraineté
La lecture géopolitique du rapprochement avec les États-Unis est valable, mais elle ne suffit pas. Le Paraguay cherche aussi à réduire sa vulnérabilité. Selon l’AIEA et l’ANDE, le pays travaille déjà sur les sujets de planification, de demande, de technologies SMR et de renforcement du système. Il ne s’agit donc pas seulement d’un alignement diplomatique. C’est aussi une réponse à une contrainte domestique très claire : la croissance de la consommation, l’industrialisation et la nécessité de sécuriser une offre ferme.
Le meilleur indicateur, au fond, reste la structure même du système paraguayen. Selon la fiche génération de l’ANDE, le Paraguay dispose de 7 000 MW à Itaipú, 1 600 MW à Yacyretá et 200 MW à Acaray pour son approvisionnement. Cette architecture a longtemps suffi. Elle suffira moins demain si les pics continuent à progresser et si les sécheresses deviennent plus fréquentes ou plus longues.
Le coût politique est faible aujourd’hui, le coût d’exécution sera élevé demain
La tentation, dans ce type de dossier, est de résumer l’affaire à un “grand tournant”. Ce serait trop facile. Le vrai test sera industriel. Choix du design, cadre de sûreté, acceptabilité publique, financement export, combustible, eau, raccordement, formation des opérateurs, gestion des déchets : chaque ligne est lourde. Et aucun chiffre détaillé de coût de projet n’est communiqué à ce stade dans les sources primaires consultées. Il faut donc écrire ce qui est vérifiable : non communiqué.
La seule conversion monétaire robuste issue de la recherche concerne le change. Selon la Banque centrale européenne, le taux de référence au 10 juin 2026 est de 1 € = 1,1539 USD. Cela équivaut à environ 1 USD = 0,87 €.
Pour suivre le dossier à la source, le lien le plus utile reste la publication de référence de l’AIEA sur l’état des SMR : https://www.iaea.org/publications/15790/small-modular-reactors-advances-in-smr-developments-2024
Mon avis :
Accord cohérent sur le papier : diversifier un mix paraguayen trop dépendant de l’hydraulique a du sens, et les SMR offrent une piste flexible. Mais le texte survend l’exécution : entre faisabilité industrielle, cadre réglementaire nucléaire absent et pari minier à 864 M€ pour le titane, le risque de récit géopolitique dépasse encore le projet concret.





