SpaceX vise un 13e vol intégré de Starship dès le jeudi 16 juillet, avec une fenêtre de tir de 90 minutes ouvrant à 17 h 45 CT depuis Starbase, au Texas. Sept semaines après le vol 12, la mission doit aussi déployer 20 satellites Starlink V3.
Le vol 13 de SpaceX vise le 16 juillet et marque un test plus ambitieux que le précédent
SpaceX prépare le 13e vol d’essai intégré de Starship avec une fenêtre de tir de 90 minutes qui doit s’ouvrir le jeudi 16 juillet à 17 h 45, heure du Texas, depuis Starbase. Le calendrier compte parce qu’il confirme une cadence plus serrée : le vol 12 remonte au 22 mai, soit un intervalle d’environ 55 jours entre les deux missions. Mon avis est simple : ce rythme reste le vrai produit de SpaceX, bien plus que la seule communication autour du lanceur.
La mission mobilise les versions V3 de Super Heavy et de Starship, avec des moteurs Raptor 3. D’après la documentation financière publiée par SpaceX en juin 2026, l’ensemble Starship affiche une hauteur de 124,4 mètres, un diamètre de 9 mètres, une masse de 5 533 000 kg et une capacité visée de plus de 100 tonnes métriques en orbite basse. Selon la même source, le système embarque 39 moteurs Raptor et chaque moteur Raptor 3 permet d’économiser près d’une tonne de masse véhicule par rapport aux générations précédentes grâce à une architecture simplifiée. Ce point est loin d’être anecdotique : sur 39 moteurs, le gain théorique cumulé approche donc 39 tonnes si l’on additionne l’ordre de grandeur indiqué par l’entreprise. C’est une métrique dérivée utile pour mesurer l’intérêt industriel du passage au Raptor 3. Source officielle
Ce que SpaceX veut réellement valider pendant ce tir
Le plan de vol reste suborbital, mais les objectifs sont très concrets. Le booster Booster 20 doit exécuter un boostback burn contrôlé avant un amerrissage dans le golfe du Mexique. L’étage supérieur Ship 40 suivra sa trajectoire, tentera un rallumage d’un moteur Raptor dans l’espace puis visera un splashdown dans l’océan Indien. L’entreprise veut surtout vérifier trois briques : une séparation d’étages fiable, le comportement moteur dans plusieurs régimes de vol, puis une rentrée atmosphérique mieux maîtrisée.
Cette stratégie montre une chose : SpaceX ne cherche pas encore un vol “propre” au sens grand public. La société cherche des données. C’est plus brutal, mais plus cohérent avec son mode de développement. Le vol 12 avait déjà introduit la configuration V3, mais il avait aussi révélé deux limites précises : une anomalie pendant la manœuvre de retournement du booster lors du boostback et une extinction moteur côté vaisseau. Le vol 13 sert donc d’itération corrective, avec des modifications matérielles et logicielles annoncées sur Booster 20 et Ship 40 pour améliorer la fiabilité du rallumage moteur, la séquence de démarrage et la robustesse globale.
Le vrai fait nouveau : 20 satellites Starlink V3 à bord
La nouveauté la plus importante de ce vol n’est pas la date. C’est le premier déploiement prévu de 20 satellites Starlink V3 de nouvelle génération. La source d’origine mentionne des liaisons laser inter-satellites, des panneaux solaires déployables et des caméras embarquées. Six de ces caméras doivent filmer le bouclier thermique de Starship pendant le vol. Mon avis : ce double usage, démonstration commerciale et test de rentrée, résume parfaitement la logique SpaceX. Chaque vol doit pousser à la fois le lanceur et la constellation.
Ce point prend encore plus de poids si on le replace dans la stratégie industrielle de l’entreprise. Selon la présentation investisseurs de SpaceX datée de mai 2026, Starship est présenté comme le véhicule destiné au déploiement des satellites Starlink V3, des satellites mobiles V2 et même de futures charges liées au calcul orbital. En clair, le vol 13 ne teste pas seulement un lanceur lourd. Il teste le futur camion logistique interne de SpaceX.
Un banc d’essai volant pour le bouclier thermique
Ship 40 embarquera aussi plusieurs essais sur sa protection thermique. Certaines tuiles seront peintes en blanc afin de servir de cibles visuelles. D’autres tests portent sur des tuiles améliorées au niveau des volets arrière, des fixations modifiées sur la jupe arrière et des tuiles instrumentées pour mesurer les charges. C’est un détail très technique, mais c’est aussi l’un des nœuds du programme.
Le sujet mérite d’être pris au sérieux. Une fusée géante réutilisable ne devient pas rentable si son bouclier thermique impose une maintenance lourde après chaque vol. SpaceX pousse donc un principe simple : réduire les zones aveugles. Les caméras embarquées des satellites et les repères peints sur les tuiles doivent transformer la rentrée en campagne de mesure, pas en simple observation post-vol.
Les chiffres qui replacent Starship face à la concurrence
Pris isolément, le vol 13 reste un test. Mis dans son marché, il devient un signal fort. Selon Blue Origin, New Glenn peut emporter plus de 45 tonnes métriques en orbite basse. Selon Arianespace, Ariane 64 peut emporter plus de 20 tonnes en orbite. En face, SpaceX annonce plus de 100 tonnes pour Starship en orbite basse. Le différentiel est massif : la capacité annoncée de Starship représente au minimum 2,2 fois celle de New Glenn et au minimum 5 fois celle d’Ariane 64, sur la base des seuils publics communiqués par chaque opérateur.
Autre comparaison utile : selon SpaceX, Falcon 9 emporte 22 800 kg en orbite basse. En prenant les chiffres publics de SpaceX, la capacité annoncée de Starship est donc au moins 4,4 fois supérieure à celle de Falcon 9. Cette métrique dérivée aide à comprendre pourquoi l’entreprise accepte encore des vols d’essai imparfaits : l’enjeu n’est pas marginal, c’est un changement d’échelle.
Coût au kilo : pourquoi Starship obsède toute l’industrie
Les chiffres de coût restent délicats, car SpaceX ne communique pas un tarif commercial public pour Starship. Il faut donc l’écrire clairement : non communiqué. En revanche, la société a publié des ordres de grandeur historiques sur le coût de mise en orbite basse. Selon la présentation investisseurs de SpaceX, le coût historique moyen entre 1970 et 2000 ressort à 18 500 dollars par kilogramme, la première version de Falcon 9 à 2 700 dollars/kg et la première version de Falcon Heavy à 1 400 dollars/kg.
Avec le taux de change de référence euro/dollar affiché par la BCE, soit 1 euro = 1,1430 dollar, 1 dollar vaut environ 0,875 euro. Cela donne environ 16 186 € par kilogramme pour la moyenne historique, 2 362 € par kilogramme pour Falcon 9 et 1 225 € par kilogramme pour Falcon Heavy (taux BCE utilisé : 1 € = 1,1430 $). La baisse dérivée est parlante : Falcon 9 a réduit ce coût d’environ 85 % par rapport à la moyenne historique, et Falcon Heavy d’environ 48 % par rapport à Falcon 9, soit environ 92 % sous la moyenne historique, toujours selon les chiffres repris par SpaceX. Mon avis est net : tant que Starship n’a pas validé sa réutilisation complète, le marché regardera surtout ces trajectoires de coût plutôt qu’un prix catalogue absent.
Pourquoi le vol 13 compte aussi pour la NASA
Starship ne sert pas seulement à lancer des satellites. Selon NASA, la variante lunaire du système doit jouer un rôle central dans le programme Artemis. Le bureau de l’inspecteur général de la NASA a toutefois rappelé en mars 2026 que le lander de SpaceX ne sera pas prêt pour une mission lunaire en juin 2027 et que l’agence vise désormais un scénario de 2028, tout en jugeant encore trop tôt l’évaluation complète de cette accélération. Ce rappel change la lecture du vol 13 : chaque amélioration sur le rallumage moteur, la rentrée et la robustesse logicielle nourrit aussi un dossier lunaire sous pression.
Le même rapport indique que la valeur potentielle du contrat SpaceX pour le système HLS a augmenté d’environ 6 %, soit près de 253 millions de dollars, à partir d’une valeur initiale de 4,3 milliards de dollars. Converti au taux de la BCE, cela représente environ 221 347 000 € d’augmentation pour une base initiale proche de 3 762 030 000 €. La dérive reste donc limitée à l’échelle d’un programme habité aussi complexe. C’est un signal plutôt rassurant sur le plan budgétaire, beaucoup moins sur le plan du calendrier.
Une cadence qui dépasse le simple test technique
Le point le plus intéressant de ce dossier reste la cadence. Environ 55 jours séparent le vol 12 du vol 13. Rapporté à une année complète, cela correspondrait théoriquement à 6,6 vols de ce type par an si ce rythme se maintenait. Bien sûr, cette projection ne vaut pas planification officielle. Mais elle illustre l’approche de SpaceX : augmenter vite le nombre d’essais pour apprendre plus vite que les concurrents.
Cette logique se lit aussi dans le marché des constellations. Selon Arianespace, 18 lancements d’Ariane 6 ont été réservés pour le déploiement de la constellation Amazon Leo. Trois missions de 2026 ont déjà mis en avant des charges de 32 puis 36 satellites. Face à cela, SpaceX veut utiliser Starship pour ses propres satellites V3. Mon opinion est claire : la bataille ne porte plus seulement sur la performance brute du lanceur, mais sur la capacité à industrialiser des chaînes complètes, lanceur plus constellation plus cadence.
Ce que ce vol dira du programme, même en cas de semi-échec
Le vol 13 pourra être jugé de plusieurs façons. Un succès complet validerait à la fois le déploiement de 20 satellites Starlink V3, un meilleur contrôle du booster, un rallumage en vol et une collecte d’images utile pour le bouclier thermique. Mais même un résultat partiel restera riche si les séquences critiques produisent des données propres.
C’est là que SpaceX se distingue encore. L’entreprise ne vend pas seulement une promesse martienne. Elle construit un système de tests en série, où chaque vol apporte des corrections directes sur le matériel, le logiciel et les opérations. Pour le vol 13, les éléments vraiment nouveaux sont concrets : premier tir avec déploiement de 20 Starlink V3, exploitation renforcée du Raptor 3, campagne instrumentée sur les tuiles thermiques, tentative de rallumage orbital de l’étage supérieur, et insertion plus visible du programme dans l’équation commerciale des constellations et dans l’équation institutionnelle de la NASA.
Mon avis :
Starship Flight 13 confirme la force de SpaceX : itérer vite, corriger après le vol 12 du 22 mai 2026 et déjà viser un nouveau test avec déploiement de 20 Starlink V3. Mais l’ambition reste fragile : la fiabilité en vol, notamment sur la séparation, le rallumage moteur et la rentrée, n’est pas encore démontrée.





