Notée CCC par MSCI, comparée à la Russie sur l’ESG et ciblée pour ses émissions, SpaceX a vu Elon Musk répliquer le 21 juin 2026: les fusées électriques sont “impossibles”, malgré des propulseurs spatiaux à plus de 3 000 secondes d’impulsion spécifique.
Pourquoi Elon Musk dit que la fusée électrique est impossible
La formule est brutale, mais elle résume bien la limite physique du sujet. Le 21 juin 2026, Elon Musk a répondu sur X : « Unfortunately, electric rockets are impossible ». La sortie intervient alors que MSCI attribue à SpaceX la note ESG la plus basse de son échelle, CCC. Selon MSCI, son barème va de AAA à CCC et mesure la capacité d’une entreprise à gérer des risques ESG jugés financièrement matériels par rapport à ses pairs. Cette logique est donc relative à un secteur, pas à une neutralité carbone absolue.
Le fond du débat ne porte pourtant pas sur la propulsion électrique en général. Elle existe déjà. Le vrai sujet est plus précis : peut-on décoller de la Terre avec un lanceur orbital purement électrique ? La réponse reste non, et pas pour une raison marketing. Selon l’ESA, la propulsion électrique convient aux applications à faible poussée, sur de longues durées, avec des niveaux de poussée de l’ordre du micro- ou du milli-newton. C’est très utile en orbite. C’est inadapté au passage le plus violent d’une mission spatiale : le décollage depuis le sol.
La propulsion électrique fonctionne déjà, mais pas là où le grand public l’imagine
Il faut séparer deux cas d’usage. En orbite, la propulsion électrique est excellente. Selon l’ESA, elle éjecte le propergol jusqu’à vingt fois plus vite qu’une propulsion chimique classique. Le gain porte sur l’efficacité massique : on consomme moins de propulseur pour corriger une orbite, maintenir une position ou rallonger une mission.
Cette efficacité a un prix : la poussée est faible. L’ESA rappelle par exemple que des propulseurs ioniques opérationnels ont longtemps travaillé autour de 20 mN, avec une impulsion spécifique de 3 000 s. C’est énorme en rendement, mais dérisoire face à un lanceur orbital. Une fusée de décollage n’a pas besoin d’être sobre en premier. Elle doit pousser très fort, tout de suite.
Le cas Starlink illustre bien ce partage des rôles. Les satellites de constellation utilisent une propulsion électrique pour le maintien en orbite et les corrections de trajectoire. C’est cohérent : une fois en espace, on dispose de temps, de panneaux solaires et d’un besoin de poussée limité. Sur le pas de tir, ces avantages disparaissent. Il faut traverser l’atmosphère, vaincre la gravité et accélérer un véhicule de plusieurs centaines de tonnes.
Le vrai verrou, c’est la puissance instantanée
L’article source évoque des besoins de poussée « en millions de newtons ». Les données officielles de SpaceX permettent de remettre un ordre de grandeur concret. Selon la fiche constructeur de Falcon 9, le lanceur génère plus de 1,7 million de livres de poussée au niveau de la mer et peut emporter 22 800 kg en orbite basse. On parle donc d’une machine de 70 m de haut, de plusieurs centaines de tonnes, qui doit livrer sa poussée dès les premières secondes.
La propulsion électrique, elle, est limitée par la puissance électrique disponible à bord. C’est le point clé rappelé par l’ESA : elle n’est pas d’abord limitée par l’énergie totale, mais par la puissance que le vaisseau peut fournir à un instant donné. Or une fusée orbitale a justement besoin d’un pic de puissance colossal au décollage.
Autrement dit, le problème n’est pas qu’un moteur ionique ne sache pas fonctionner. Le problème est qu’il faudrait embarquer une source électrique, une chaîne de conversion et un système de stockage capables de délivrer une puissance absurde sans détruire la masse utile. Avec les technologies actuelles, et même à horizon proche, le bilan est perdant.
Les chiffres montrent pourquoi la chimie garde la main au lancement
Les chiffres officiels de SpaceX et de l’ESA suffisent à éclairer le dossier sans extrapolation hasardeuse. D’un côté, Falcon 9 vise 22 800 kg vers l’orbite basse. De l’autre, l’ESA décrit une propulsion électrique adaptée à des niveaux de poussée micro- ou milli-newton, avec des exemples historiques autour de 20 mN. Le rapport d’échelle est tel que la comparaison devient presque pédagogique : on n’oppose pas deux variantes d’un même moteur, on oppose deux familles conçues pour des phases de mission différentes.
Premier apport nouveau par rapport au texte source : selon le prospectus européen 2026 de SpaceX, Falcon 9 a réalisé 165 lancements en 2025, soit plus de la moitié des lancements orbitaux mondiaux de l’année, et a livré plus de 80 % de la masse mise en orbite. Cela dit une chose simple : le marché récompense aujourd’hui les systèmes chimiques réutilisables, pas les concepts électriques pour le décollage.
Deuxième élément nouveau : selon ce même document, Falcon 9 affiche un taux de succès supérieur à 99 % au 31 mars 2026, avec plus de 570 atterrissages de boosters réussis et plus de 540 vols effectués avec un booster déjà utilisé. La réponse de SpaceX au sujet environnemental ne passe donc pas par l’électrification du décollage. Elle passe par la réutilisation industrielle.
La réutilisation change plus l’équation que l’ESG ne le reconnaît
C’est le point le plus solide du dossier SpaceX. Selon son prospectus 2026, la réutilisation partielle a réduit le coût par tonne mise en orbite d’environ 85 % par rapport à une moyenne historique de 18 500 dollars par kilogramme. Cette donnée n’apparaît pas dans la source d’origine et elle compte plus que la formule de Musk, parce qu’elle mesure un effet concret.
À partir de cette base officielle, on peut calculer une première métrique dérivée. Si la baisse est de 85 % par rapport à 18 500 $/kg, cela ramène le niveau à environ 2 775 $/kg. C’est cohérent avec une seconde métrique dérivée issue des tarifs publics SpaceX : 67 millions de dollars pour une mission Falcon 9 et 22 800 kg vers l’orbite basse donnent environ 2 939 $/kg en capacité LEO théorique. Les deux ordres de grandeur se tiennent.
En euros, cela représente environ 57 789 000 € pour 67 millions de dollars au taux de référence de la BCE de 1 euro = 1,1594 dollar, soit 1 dollar = 0,8625 euro. Ce même taux donne environ 2 535 € par kilogramme sur la base théorique de capacité maximale en orbite basse. Le message est clair : aujourd’hui, la baisse du coût d’accès à l’espace vient de la réutilisation et de la cadence, pas d’un changement de famille énergétique au décollage.
Les tarifs publics de SpaceX donnent un autre angle de lecture
Le programme Rideshare de SpaceX affiche un prix public de 350 000 dollars pour 50 kg vers une orbite héliosynchrone, puis 7 000 dollars par kilogramme additionnel. Converti au taux de la BCE cité plus haut, cela représente environ 301 880 € pour 50 kg, puis 6 038 € par kilogramme supplémentaire.
On peut en tirer une troisième métrique dérivée. Le forfait de 50 kg revient exactement à 7 000 $/kg, soit le même prix unitaire que la masse additionnelle. Ce n’est pas un détail : SpaceX a standardisé une grille tarifaire qui traduit la maturité industrielle de son offre. La source d’origine parlait d’impact environnemental et de physique. Elle ne montrait pas que le vrai avantage concurrentiel actuel est aussi commercial et opérationnel.
On peut aussi mesurer l’écart entre deux usages d’un même lanceur. Sur la base des prix publics, le coût théorique par kilogramme d’une mission Falcon 9 pleine capacité LEO tourne autour de 2 939 $/kg, alors que le Rideshare s’affiche à 7 000 $/kg. Cela représente un surcoût d’environ 138 % pour le petit satellite mutualisé. C’est logique : la flexibilité, l’intégration et la mutualisation se paient. Mais cela reste un point de référence utile face aux concurrents.
Ariane 6 progresse, mais sur la même logique physique
Le débat sur la fusée électrique peut donner l’illusion qu’une alternative technologique radicale attend au coin du bois. Ce n’est pas le cas. Les concurrents avancent eux aussi avec des lanceurs chimiques, en cherchant surtout des gains de cadence, de coût et de capacité.
Selon Arianespace, le 17 juin 2026, une Ariane 64 équipée des nouveaux boosters P160C a placé 36 satellites Amazon Leo en orbite basse. La société précise que cette évolution porte la capacité LEO à environ 22 tonnes, soit une hausse de 10 % par rapport à la version précédente équipée de P120C. C’est un quatrième élément nouveau absent de la source initiale.
La comparaison chiffrée est instructive. Selon SpaceX, Falcon 9 emporte 22 800 kg en LEO. Selon Arianespace, Ariane 64 monte désormais à environ 22 tonnes. L’écart théorique n’est plus énorme à cette échelle : environ 800 kg en faveur de Falcon 9, soit près de 3,6 % de plus. Le vrai duel ne se joue donc pas sur une hypothétique propulsion électrique de décollage, mais sur le coût, la disponibilité, la fréquence de tir et la réutilisation.
Autre donnée utile : selon Arianespace, ce troisième vol 2026 pour Amazon Leo porte à 100 le nombre de satellites mis en orbite pour cette constellation en moins de cinq mois. Le marché des constellations impose des campagnes rapides, répétées et massives. Là encore, l’enjeu industriel réel n’est pas l’électrification du lanceur, mais la capacité à enchaîner les missions.
Le cas MSCI montre surtout les limites de la grille ESG pour le spatial
La note CCC ne prouve pas que MSCI se trompe sur tout. Sa méthodologie affirme mesurer la résilience financière face à des risques ESG, secteur par secteur. Pour un investisseur, le raisonnement se défend. Une entreprise exposée à des émissions, à des enjeux de gouvernance ou à une concentration du pouvoir peut légitimement être jugée risquée selon cette grille.
Mais le spatial met cette approche sous tension. Une activité peut être physiquement indispensable et rester mal notée si son équivalent bas-carbone n’existe pas. C’est précisément le cas du décollage orbital. Le risque, ici, est de confondre absence d’alternative pratique et retard technologique volontaire.
Mon avis est simple : sur le spatial lourd, la note ESG dit quelque chose sur le risque financier et réputationnel, mais elle dit mal l’état réel de l’art en propulsion. Si l’on veut juger SpaceX sérieusement, il faut regarder la cadence, le taux de succès, la réutilisation, la masse mise en orbite et la trajectoire industrielle. Sur ces critères, les données officielles 2025-2026 montrent une entreprise dominante.
Ce que la source d’origine ne disait pas et qui change la lecture
Premier ajout : Falcon 9 a assuré 165 lancements en 2025 et plus de 80 % de la masse orbitale mondiale selon SpaceX. Deuxième ajout : la société revendique plus de 570 atterrissages réussis et plus de 540 vols avec booster réutilisé au 31 mars 2026. Troisième ajout : le coût historique par kilogramme aurait baissé d’environ 85 % grâce à la réutilisation selon le prospectus 2026. Quatrième ajout : le tarif public Rideshare permet d’établir un prix de 7 000 $/kg, soit environ 6 038 €/kg. Cinquième ajout : Ariane 64 atteint désormais environ 22 tonnes en LEO après l’arrivée des boosters P160C, soit +10 % selon Arianespace.
Ces cinq points déplacent le débat. La phrase de Musk n’est pas seulement une provocation contre l’ESG. Elle rappelle surtout que la meilleure voie actuelle pour rendre le lancement spatial plus acceptable n’est pas l’électrification du décollage. C’est l’amélioration du rendement industriel de la propulsion chimique, la réutilisation, l’optimisation logistique et, à terme, des carburants produits par des voies plus sobres. Sur ce terrain, SpaceX a une avance réelle, même si ses critiques sur l’ESG restent intéressées.
Un seul fait résume tout : l’électrique est excellent en orbite, insuffisant au sol
Selon l’ESA, l’électrique est pensé pour des missions de longue durée à faible poussée. Selon SpaceX, un lanceur orbital comme Falcon 9 doit fournir plus de 1,7 million de livres de poussée dès le décollage. Entre les deux, il n’y a pas un petit fossé d’ingénierie. Il y a un mur de puissance.
Voilà pourquoi la formule de Musk, malgré son ton expéditif, est techniquement défendable. Pas parce que l’électrique serait inutile dans l’espace. Au contraire, il y est déjà installé. Mais parce qu’au 24 juin 2026, les données disponibles montrent toujours la même chose : pour quitter la Terre avec une charge orbitale sérieuse, la chimie reste la seule option industrielle crédible.
Source d’autorité : https://www.spacex.com/vehicles/falcon-9/?app=true
Mon avis :
L’avis est globalement solide: il rappelle justement qu’un lanceur orbital exige une poussée immédiate énorme, hors de portée des propulsions ioniques pourtant déjà utilisées sur les satellites. Sa limite: il force le trait pro-Musk et simplifie trop l’ESG, alors que la critique vise aussi la gouvernance et les impacts industriels réels.





