Avec plus de 850 000 véhicules électrifiés en Espagne, Urbaser prépare à El Bierzo une usine capable de traiter 20 000 tonnes de batteries par an dès 2027. Un projet stratégique pour recycler le lithium, le cobalt et le nickel, et réduire la dépendance aux matières premières importées.
À Cubillos del Sil, Urbaser installe un maillon qui manquait encore à la filière batterie ibérique
Le sujet n’est plus théorique. Le parc espagnol de véhicules électrifiés continue de grossir, et avec lui arrive une question simple : que faire des batteries quand elles sortent du cycle auto ? À Cubillos del Sil, dans la zone industrielle d’El Bayo, Urbaser avance avec une réponse industrielle concrète : une unité dédiée à la réutilisation et au recyclage des batteries lithium, portée via Novolitio, société créée pour développer le projet.
Selon le site officiel de Novolitio, l’installation doit prendre en charge la collecte des batteries en Espagne et au Portugal, leur stockage, leur transport jusqu’au Bierzo, puis leur traitement sur site. Les batteries qui ne peuvent pas être réemployées seront déchargées, démontées et recyclées. Le process vise à récupérer l’aluminium, le cuivre, les plastiques et surtout la « black mass », la fraction concentrée en métaux stratégiques comme le cobalt, le nickel, le manganèse et le lithium, selon Novolitio. Une filière qui se contente d’exporter ces flux perd de la valeur. Une filière qui les traite localement commence à exister pour de bon.
Capacité, calendrier, périmètre : ce que l’on sait vraiment
La base de départ reste claire : la future usine d’El Bierzo est donnée pour 20 000 tonnes de batteries traitées par an dans la source fournie. Cette capacité correspondrait à un volume compris entre 60 000 et 200 000 batteries par an selon cette même source, avec un démarrage industriel visé au second semestre 2027. Le site officiel de Novolitio confirme en parallèle l’ambition de bâtir la première grande usine de recyclage de batteries de véhicule électrique de la péninsule Ibérique et précise que le périmètre logistique couvre l’Espagne et le Portugal.
Autre point utile, absent du texte de départ : selon le rapport non financier 2023 de Urbaser, l’objectif du projet est de permettre la réutilisation, le recyclage et la valorisation de 90 % des batteries gérées. Ce chiffre donne une lecture plus précise de la promesse industrielle : l’enjeu ne consiste pas seulement à démonter des packs, mais à maximiser la part réellement récupérée dans la chaîne de valeur.
Deux métriques dérivées permettent de mieux lire l’échelle du projet. D’abord, si l’on retient la fourchette fournie de 60 000 à 200 000 batteries pour 20 000 tonnes annuelles, le poids moyen traité par batterie ressort entre 100 et 333 kg. Ensuite, rapportée à un fonctionnement continu, cette capacité équivaut à environ 54,8 tonnes par jour sur une base de 365 jours. Dit autrement, on ne parle pas d’un démonstrateur, mais d’un outil industriel pensé pour des flux réguliers.
Le projet change d’échelle parce qu’il ne traite pas seulement le recyclage
Le vrai intérêt du dossier tient à son périmètre. Selon Novolitio et le rapport 2023 de Urbaser, le projet ne se limite pas au broyage de batteries usagées. Il couvre la collecte, le stockage, le transport, la décharge électrique, le démontage, la séparation et la récupération de matières. C’est une différence majeure. En Europe, beaucoup d’acteurs restent concentrés sur le prétraitement et l’envoi de matières intermédiaires vers d’autres opérateurs. Ici, l’ambition affichée est plus large.
Cette approche a un intérêt direct pour le marché ibérique. Les batteries de traction ne se manipulent pas comme des déchets classiques. Elles imposent des procédures de sécurité, du personnel formé, des capacités de stockage temporaires, des protocoles de décharge et une logistique spécialisée. Le maillon faible de la filière n’est donc pas seulement l’usine finale. C’est l’ensemble de la chaîne en amont. Sur ce point, le projet d’El Bierzo est bien positionné, car il intègre précisément les segments que beaucoup de contenus généralistes évacuent.
Le marché espagnol grossit encore, et il va alimenter la filière bien au-delà de 2027
Le texte source évoque un parc électrifié supérieur à 850 000 unités. Les données officielles les plus solides disponibles en recherche montrent au minimum une forte accélération récente. Selon le rapport 2025 d’ANFAC basé sur les données de la DGT, le parc espagnol comptait 692 855 véhicules électrifiés à fin 2025, dont 389 393 hybrides rechargeables et 303 395 électriques à batterie. Selon AEDIVE et GANVAM, les immatriculations de véhicules électrifiés ont atteint 254 783 unités en 2025, en hausse de 90,6 % sur un an. Le message est net : le stock roulant augmente vite, donc le gisement futur de batteries hors d’usage augmente aussi.
Une autre métrique dérivée aide à situer l’effort industriel. Si l’usine atteint 20 000 tonnes annuelles et si l’on conserve la fourchette de 60 000 à 200 000 batteries par an issue de la source, cela représente entre 164 et 548 batteries traitées par jour. Pour un pays où le parc BEV et PHEV monte en puissance et où les premières générations de véhicules vont progressivement sortir du cycle principal, disposer d’une capacité de ce niveau sur le territoire devient moins un pari qu’une nécessité.
Le cadre européen durcit les obligations, et c’est une bonne nouvelle pour ce type d’usine
Le calendrier réglementaire pousse clairement dans la même direction. Selon le règlement européen 2023/1542 et les précisions publiées par la Commission européenne, les recycleurs devront atteindre au plus tard fin 2025 un rendement de recyclage de 65 % pour les batteries au lithium. Le même règlement fixe aussi des objectifs de récupération de matières : à partir de 2027, il faut récupérer au moins 90 % du cobalt, du cuivre, du plomb et du nickel, ainsi que 50 % du lithium. Ces seuils monteront ensuite en 2031.
Ce point manquait de précision dans le texte d’origine : la réglementation ne vise pas seulement des volumes collectés, elle impose aussi des performances mesurables sur les matières récupérées. Une usine qui récupère surtout une fraction intermédiaire sans qualité suffisante ne suffira plus à moyen terme. C’est là que la qualité du process comptera autant que la capacité brute.
Face aux concurrents européens, El Bierzo vise tout de suite le haut du tableau
La comparaison concurrentielle permet de mieux mesurer la taille du projet. Selon Hydro, l’usine Hydrovolt de Fredrikstad, en Norvège, traite 12 000 tonnes de packs par an, soit environ 25 000 batteries. Selon Umicore, son site de Hoboken en Belgique dispose d’une capacité annuelle de 7 000 tonnes de batteries lithium-ion et de chutes de production, soit l’équivalent d’environ 35 000 batteries.
À partir de ces données, la future installation d’Urbaser à 20 000 tonnes se situe 66,7 % au-dessus de la capacité d’Hydrovolt et près de 2,9 fois au-dessus du site lithium-ion de Hoboken. C’est un ajout nouveau par rapport à la source initiale : sur le papier, Cubillos del Sil ne se contente pas de jouer un rôle local. Le projet se place d’emblée dans la catégorie des grosses capacités européennes.
Autre lecture utile : le ratio tonnage/batterie chez Hydrovolt ressort à environ 480 kg par batterie sur la base de 12 000 tonnes pour 25 000 batteries. La fourchette donnée pour Cubillos del Sil, entre 100 et 333 kg par batterie, suggère un mix potentiel plus large, qui pourrait inclure différents formats et usages, pas uniquement des gros packs automobiles. C’est une inférence prudente à partir des chiffres disponibles, pas une donnée officiellement détaillée.
La valeur industrielle se joue dans la black mass et les métaux critiques
Le cœur économique d’une telle installation reste la récupération de matières critiques. Selon Novolitio, le site doit extraire des flux valorisables comme l’aluminium, le cuivre et les plastiques, mais aussi la black mass riche en cobalt et en nickel. La source fournie ajoute le lithium et le manganèse parmi les matériaux visés. C’est précisément ce qui donne un intérêt stratégique à la filière : recycler une batterie n’est pas seulement éviter un déchet, c’est réinjecter des matières dans la production de nouvelles cellules et réduire l’exposition aux importations.
Le texte d’origine cite une estimation sectorielle selon laquelle l’Espagne pourrait récupérer 9 400 tonnes de matières premières issues des batteries de véhicules électriques en 2030, de quoi fabriquer environ 33 000 nouvelles batteries. Cela donne une métrique dérivée intéressante : on parle d’environ 0,285 tonne de matières récupérées par batterie produite, soit près de 285 kg de matières secondaires mobilisées par unité. Le message est simple : les flux recyclés ne sont pas anecdotiques, ils peuvent couvrir une part tangible des besoins industriels.
Le Bierzo gagne plus qu’une usine : il récupère une spécialisation industrielle
Le projet s’inscrit dans le plan de reconversion lié à la fermeture de la centrale de Compostilla II. Cet ancrage territorial compte. Les projets de réindustrialisation échouent souvent quand ils promettent un secteur « d’avenir » sans logique locale ni débouché précis. Ici, la logique existe : la mobilité électrique a besoin de recyclage, l’Europe durcit ses obligations, la péninsule Ibérique manque encore d’infrastructures à grande échelle, et le Bierzo cherche un nouveau socle industriel.
Le site officiel de Novolitio confirme d’ailleurs un rôle péninsulaire, avec une couverture Espagne-Portugal. C’est un point nouveau par rapport à bien des reprises SEO du sujet : l’usine ne se limite pas à absorber un flux léonais ou castillan. Elle se positionne comme nœud logistique et industriel pour un marché élargi.
Ce qui manque encore au dossier public
Le projet avance, mais plusieurs données techniques restent non communiquées dans les sources consultées : surface industrielle exacte retenue à date, consommation énergétique du site, détail des lignes de process, taux de récupération matière par matière, chimies de batteries traitées en priorité, capacité initiale par phase, ou encore part exacte entre réemploi et recyclage. Pour un article tech, il faut le dire franchement : l’histoire industrielle est solide, mais la fiche technique publique reste encore partielle.
Il faut aussi noter qu’une partie des montants d’investissement circulant dans la presse régionale varie selon les phases du projet. Comme ces chiffres ne sont pas stabilisés dans une source primaire directement accessible lors de la recherche, mieux vaut écrire non communiqué plutôt que d’empiler des montants contradictoires. La bonne pratique éditoriale consiste à tenir la ligne des données confirmées : capacité cible, périmètre ibérique, objectif de valorisation, calendrier visé et cadre réglementaire.
Pourquoi cette usine compte vraiment pour la filière batterie espagnole
Mon avis est simple : la valeur du projet ne tient pas seulement à ses 20 000 tonnes annoncées. Elle tient au fait qu’il commence à fermer une boucle industrielle complète dans la péninsule. Selon ANFAC et AEDIVE, le parc et les immatriculations électrifiés progressent vite. Selon le règlement européen 2023/1542, les objectifs de recyclage et de récupération de matières deviennent plus stricts. Selon Novolitio et Urbaser, Cubillos del Sil veut traiter la collecte, le transport, le démontage et la récupération de valeur. C’est exactement le type d’infrastructure qui manquait pour éviter que la péninsule exporte le problème d’un côté et la valeur de l’autre.
Pour suivre le projet à la source, le lien le plus utile reste celui de Novolitio : https://novolitio.es/novolitio/
Mon avis :
Projet crédible et stratégique : l’usine d’Urbaser à Cubillos del Sil vise 20 000 tonnes par an dès 2027, ce qui répond à la montée rapide du parc électrifié espagnol. Ma réserve est opérationnelle : sans collecte, transport sécurisé et démontage industrialisé à grande échelle, cette capacité restera partiellement sous-exploitée.





