Après 35 ans de présence, Samsung quitte le salon IFA 2026 et s’installe à 8 km du Messe Berlin, tandis que Xiaomi occupe le hall 6.2 avec un écosystème fort de 1,16 milliard d’appareils connectés et 7,4 milliards d’euros investis dans l’IA jusqu’en 2028.
Xiaomi profite d’un vide que Samsung a choisi de créer à l’IFA 2026
Le fait marquant de l’IFA 2026 ne tient pas à un nouveau produit, mais à une absence. Après 35 ans de présence sur le salon berlinois, Samsung déporte l’essentiel de son dispositif hors du parc des expositions. Selon l’IFA, la marque coréenne installe dès le 2 septembre 2026 un format autonome au Humboldt Carré, en ville, avec un ciblage assumé sur les médias, le B2B et les partenaires retail. En parallèle, elle conserve une présence plus légère dans le programme officiel via le Creator Hub au Palais am Funkturm, mais ce n’est pas la même chose qu’un grand stand produit au cœur de Messe Berlin.
En face, Xiaomi fait exactement l’inverse. Le groupe sera bien sur le salon, en Hall 6.2, stand H6.2-101, selon la liste officielle des exposants de l’IFA. Et ce détail logistique a une portée stratégique immédiate : à Berlin, la marque qui capte l’attention diffuse n’est pas forcément celle qui organise le meilleur briefing privé, mais celle que les acheteurs, distributeurs, journalistes et créateurs croisent physiquement toute la journée.
Samsung mise sur le contrôle. C’est cohérent, mais risqué à l’IFA
La logique de Samsung n’a rien d’irrationnel. La marque applique à Berlin une méthode déjà utilisée au CES 2026. Selon le Samsung Newsroom, l’entreprise avait alors quitté le Las Vegas Convention Center pour un espace dédié au Wynn Las Vegas, afin de construire une visite plus cadrée autour de son écosystème IA. Le raisonnement est clair : moins de bruit, moins de comparaison frontale, plus de temps passé sur chaque démonstration.
Le problème, c’est que cette stratégie fonctionne mieux dans un cadre propriétaire que dans un grand salon ouvert. À l’IFA, la densité fait partie de la valeur. Selon le site officiel de l’événement, l’édition 2026 réunira plus de 1 900 exposants issus de 49 pays et plus de 220 000 visiteurs, avec 67 % de distributeurs internationaux. Dans ce contexte, quitter le hall principal revient à abandonner une part de visibilité organique que même une excellente conférence ne remplace pas.
Autrement dit, Samsung choisit la maîtrise du message, mais renonce à l’effet de volume. C’est un arbitrage défendable. C’est aussi un cadeau pour les concurrents restés sur le terrain.
Xiaomi arrive avec un discours écosystème qui repose enfin sur des chiffres lourds
Le vrai sujet, côté Xiaomi, n’est pas seulement la présence au salon. C’est la crédibilité du discours. Lors de sa prise de parole liée à l’IFA le 30 juin 2026, la marque a confirmé sa volonté de faire de ce salon son point d’ancrage européen, avec plusieurs premières européennes annoncées pour septembre, selon le document officiel diffusé via l’IFA.
Cette fois, le narratif “Human x Car x Home” n’est plus un slogan lancé trop tôt. Selon la présentation des résultats trimestriels de Xiaomi publiée le 18 août 2026, l’écosystème AIoT du groupe comptait 1 160,8 millions d’appareils connectés au deuxième trimestre 2026. La même source précise aussi 24,6 millions d’utilisateurs possédant au moins cinq appareils reliés à la plateforme, 174,9 millions d’utilisateurs actifs mensuels sur l’app Xiaomi Home et 124,1 millions d’utilisateurs actifs mensuels pour l’assistant IA de la marque.
Ces volumes changent la lecture du dossier. Un fabricant peut promettre une maison connectée cohérente. Un autre peut montrer qu’il dispose déjà de l’assise installée pour la vendre. Ici, Xiaomi est dans le second cas.
L’échelle de l’écosystème donne un avantage concret sur le salon
Le document de pré-annonce IFA de Xiaomi indique que l’écosystème couvre plus de 130 catégories de produits et plus de 2 000 références. En ramenant les 1 160,8 millions d’appareils connectés à ces 130 catégories, on obtient une moyenne d’environ 8,9 millions d’appareils par catégorie. Cette métrique dérivée n’explique pas tout, mais elle illustre la profondeur du portefeuille : la marque ne vient pas vendre une promesse isolée, elle vient dérouler une plate-forme déjà déployée à grande échelle.
Autre indicateur utile : le budget de R&D IA cité dans la source d’origine, soit 7,4 milliards d’euros sur 2026-2028. Rapporté aux 1 160,8 millions d’appareils connectés recensés par Xiaomi au T2 2026, cela représente environ 6,37 € d’investissement IA par appareil déjà relié à l’écosystème. Là encore, ce ratio ne résume pas la qualité produit, mais il montre qu’on ne parle pas d’une simple enveloppe marketing.
Mon avis est simple : à l’IFA, ce type de chiffre pèse davantage qu’une belle scénographie. Les distributeurs européens regardent la largeur de gamme, la cohérence logicielle et le potentiel de vente croisée. Sur ces trois points, Xiaomi a aujourd’hui une histoire plus facile à raconter en rayon.
La concurrence sera visible. Et Samsung ne sera pas là pour la recouvrir
Le point souvent sous-estimé, c’est la géographie du salon. Selon l’annuaire officiel de l’IFA, LG Electronics occupera le Hall 18, TCL le Hall 21 avec le stand H21-101, Hisense le Hall 23 avec le stand H23-102, et Xiaomi le Hall 6.2 avec le stand H6.2-101. En clair, les grandes marques TV, électroménager et smart home restent dans l’arène principale.
TCL a déjà communiqué sur un dispositif “AI Inspired Life” au Hall 21A dans sa communication mondiale. LG, de son côté, promet au Hall 18 des démonstrations autour de sa vision IA appliquée aux espaces, à l’énergie et à la connectivité. Le paysage concurrentiel ne sera donc pas vide. Il sera dense, très lisible, et surtout observable en un seul parcours de visite.
Dans ce décor, l’absence de grand stand Samsung crée un trou symbolique. Et à l’IFA, un trou symbolique est toujours rempli par quelqu’un d’autre.
Xiaomi a aussi des arguments business, pas seulement produit
La lecture purement hardware serait réductrice. Selon la présentation financière de Xiaomi, le groupe a généré 108,9 milliards de RMB de chiffre d’affaires au T2 2026, avec 24,9 milliards de RMB sur le segment “Smart EV, AI and Other New Initiatives” et 84,0 milliards de RMB sur le segment smartphone x AIoT. Ses dépenses de R&D ont atteint 9,2 milliards de RMB sur le trimestre, avec plus de 47 000 brevets accordés à l’échelle mondiale.
Le dossier européen compte aussi. Le document IFA diffusé le 30 juin précise que Xiaomi veut élargir son empreinte R&D en Europe, recruter localement et renforcer ses coopérations régionales. Dit autrement : la marque n’utilise plus l’Europe comme simple débouché commercial. Elle la traite comme un terrain de déploiement et de légitimation.
Ce positionnement colle à la réalité du salon. L’IFA n’est pas seulement une scène média. C’est un lieu où se négocient des assortiments, des mises en avant magasin, des volumes et des calendriers de lancement. Sur ce terrain, un écosystème large vaut souvent plus qu’un flagship spectaculaire.
Le rapport de force smartphone rappelle que Xiaomi ne domine pas tout
Il faut rester factuel : sur le smartphone mondial, Samsung garde la main. Selon les données Omdia reprises dans la présentation T2 2026 de Xiaomi, Samsung a expédié 60,5 millions de smartphones au deuxième trimestre 2026, soit 22,3 % du marché mondial. Apple suit avec 55,1 millions d’unités et 20,3 %. Xiaomi arrive derrière avec 31,2 millions d’unités et 11,5 % de part de marché.
Deux métriques dérivées éclairent bien l’écart. D’abord, le volume smartphone de Xiaomi représente environ 51,6 % de celui de Samsung sur le trimestre. Ensuite, l’écart de part de marché entre les deux groupes atteint 10,8 points. Sur le mobile pur, la hiérarchie reste nette.
Mais ce n’est pas contradictoire avec le sujet IFA. Le salon berlinois ne se joue pas uniquement sur les smartphones. Il se joue sur la démonstration d’un environnement complet : TV, électroménager, maison connectée, mobilité, services et IA embarquée. Et c’est précisément sur ce terrain hybride que Xiaomi veut déplacer la conversation.
L’automobile donne à Xiaomi une profondeur que peu d’exposants tech peuvent montrer
La source d’origine mentionne les véhicules électriques et la robotique. Les résultats trimestriels de Xiaomi permettent d’aller plus loin. Le groupe indique avoir livré 104 199 véhicules au T2 2026. Il a aussi présenté la série Xiaomi SkyNomad, avec un SkyNomad N90 Max annoncé à 299 900 RMB et un SkyNomad N70 Max annoncé à 259 900 RMB.
En convertissant ces montants au taux de référence publié par la BCE le 20 août 2026, soit 1 € = 1,1681 $ pour l’USD, non pertinent ici car les tarifs sont en RMB, aucune conversion euro fiable ne peut être faite sans taux RMB→EUR trouvé dans la recherche. Il faut donc rester strict : non communiqué pour une conversion conforme à la consigne sur ces prix chinois.
En revanche, les données d’autonomie permettent une lecture plus utile. Selon Xiaomi, le SkyNomad N90 Max vise 464 km d’autonomie électrique CLTC et 1 705 km d’autonomie combinée. Le SkyNomad N70 Max annonce 505 km en électrique CLTC et 1 461 km en combiné. Ce n’est pas anecdotique pour l’IFA : peu de marques présentes à Berlin peuvent relier dans un même récit smartphone, électroménager, assistant IA, OS, maison connectée et véhicule.
Le cas d’usage concret est évident : un seul compte, une seule couche logicielle et des scénarios croisés entre domicile, terminaux personnels et mobilité. Pour un distributeur européen, cette promesse devient plus tangible quand elle s’appuie sur des produits réellement commercialisés, pas sur un concept-car et deux slides.
Samsung garde la force de frappe médiatique, mais perd l’avantage du terrain
Le paradoxe 2026 est là. Samsung restera l’un des sujets les plus couverts de la semaine berlinoise, notamment si des annonces mobile tombent autour du 4 septembre 2026. Mais la couverture média ne suffit pas à occuper l’espace physique du salon. Les journalistes peuvent écrire sur un téléphone Samsung depuis Berlin tout en passant leur journée dans des halls dominés visuellement par Xiaomi, LG, TCL ou Hisense.
Cette dissociation entre bruit médiatique et présence terrain est nouvelle à cette échelle pour la marque coréenne. Elle peut très bien fonctionner en relation presse. Elle est moins convaincante comme démonstration de leadership salon.
À ce stade, le meilleur résumé tient en une phrase : Xiaomi ne devient pas numéro un parce que Samsung s’efface, mais la marque chinoise récupère un avantage d’image immédiat parce qu’elle choisit d’être là, au bon endroit, au bon moment, avec des chiffres que peu d’exposants peuvent aligner.
Un seul lien d’autorité
Pour consulter la liste officielle des exposants et localiser les stands à l’IFA 2026, voir le site officiel de l’événement : https://www.ifa-berlin.com/en/
Mon avis :
Avis d’expert : Xiaomi joue juste. Sa présence physique en Hall 6.2 à l’IFA 2026 lui donne l’avantage commercial et médiatique, tandis que Samsung se déporte au Humboldt Carré dès le 2 septembre. Point fort Samsung : un cadre maîtrisé pour ses démonstrations B2B. Limite réelle : il abandonne la visibilité organique du salon.





