Apple défend ses commissions sur l’App Store au Royaume-Uni, où le régulateur veut encadrer les frais appliqués aux paiements alternatifs, jugés potentiellement trop élevés. Le groupe estime que cette réforme de la CMA s’apparente à un contrôle des prix et menace l’innovation.
Apple conteste le projet britannique sur l’App Store et vise le cœur du débat : qui fixe vraiment le prix d’accès au marché ?
Apple hausse le ton au Royaume-Uni. Le groupe a répondu formellement à la consultation de la Competition and Markets Authority sur une future obligation dite de « steering », c’est-à-dire la possibilité pour les développeurs d’orienter leurs utilisateurs vers des moyens de paiement alternatifs hors de l’App Store. Le point de friction est clair : selon Apple, le dispositif proposé ne se limite pas à ouvrir la concurrence. Il reviendrait à encadrer directement la manière dont l’entreprise facture ses commissions.
Le sujet dépasse largement une querelle juridique. Il touche au modèle économique même de l’App Store, à la marge des développeurs et à la capacité du régulateur britannique à imposer des règles ciblées à des plateformes jugées structurantes. Selon la CMA, Apple et Google ont été désignés en octobre 2025 comme acteurs à « strategic market status » sur leurs plateformes mobiles, ce qui ouvre la voie à des obligations spécifiques destinées à stimuler la concurrence et le choix des consommateurs. Selon l’autorité britannique, les deux groupes forment de fait un duopole couvrant environ 90 % à 100 % des appareils mobiles au Royaume-Uni. Cette base change tout : le régulateur ne traite plus l’App Store comme une simple boutique d’apps, mais comme une infrastructure d’accès au marché. ([gov.uk](https://www.gov.uk/government/news/cma-confirms-apple-and-google-have-strategic-market-status-in-mobile-platforms?utm_source=openai))
Ce que veut exactement la CMA
Le texte consultatif publié le 30 juin 2026 vise à autoriser les développeurs iOS à informer les utilisateurs d’options de paiement alternatives et à finaliser des transactions hors app sur des conditions jugées « fair and reasonable ». La CMA précise qu’elle ne veut pas fixer un tarif administré à la place d’Apple, mais établir des principes permettant d’évaluer si les éventuels frais de steering restent raisonnables. Son raisonnement est simple : si un développeur gère lui-même une partie du paiement, les frais associés doivent logiquement être inférieurs aux commissions actuelles de la boutique. L’autorité britannique dit d’ailleurs s’attendre à ce que ces frais soient plus bas que les charges actuelles de l’App Store, avec un gain potentiellement répercuté aux clients britanniques ou réinvesti dans l’innovation. ([gov.uk](https://www.gov.uk/government/consultations/proposed-steering-conduct-requirement-for-apples-mobile-platform?utm_source=openai))
En face, Apple défend une ligne cohérente avec ses positions dans d’autres juridictions : l’entreprise accepte mal qu’un régulateur intervienne sur les conditions tarifaires d’un service qu’elle considère intégré à sa plateforme, à ses outils et à ses mécanismes de sécurité. Sa critique porte moins sur l’existence du steering que sur son calibrage. Le groupe soutient qu’un tel cadre donnerait à la CMA un rôle trop intrusif dans la gestion quotidienne de son activité, en limitant non seulement le niveau des commissions, mais aussi les services sur lesquels elles peuvent s’appliquer.
Le vrai nœud : la commission, pas le lien externe
L’article d’origine résume bien la confrontation, mais il laisse un angle mort majeur : le débat porte d’abord sur la commission effective, pas seulement sur l’autorisation de liens externes. Aujourd’hui, selon Apple, le taux standard de l’App Store reste de 30 % sur les biens et services numériques pour les développeurs au-dessus du seuil du programme PME, tandis que le App Store Small Business Program ramène la commission à 15 % pour les développeurs réalisant moins de 1 million de dollars par an, soit environ 878 040 € au taux de la BCE de 1 € = 1,1389 $ utilisé ici. ([apple.com](https://www.apple.com/newsroom/2020/11/apple-announces-app-store-small-business-program/?utm_source=openai))
Première métrique dérivée : le taux PME d’Apple représente exactement 50 % du taux standard. Dit autrement, un petit développeur paie une commission divisée par deux par rapport au régime plein tarif. Cette donnée n’apparaît pas dans la source initiale, mais elle aide à mesurer ce qui est en jeu si la CMA pousse vers des frais de steering encore plus bas. ([apple.com](https://www.apple.com/newsroom/2020/11/apple-announces-app-store-small-business-program/?utm_source=openai))
Deuxième métrique dérivée : rapporté aux 1 300 milliards de dollars de facturations et ventes facilités par l’écosystème mondial de l’App Store en 2024, selon l’étude relayée par Apple, une amende de 500 millions d’euros imposée en Europe pour non-respect des règles anti-steering reste microscopique à l’échelle du commerce transitant par l’écosystème. Même si la comparaison mêle deux périmètres différents, elle donne un ordre de grandeur : 500 millions rapportés à 1 300 milliards représentent environ 0,038 %. Le signal réglementaire est donc fort, mais l’effet financier direct reste marginal à l’échelle macro. ([apple.com](https://www.apple.com/newsroom/2025/06/global-app-store-helps-developers-reach-new-heights/?utm_source=openai))
Pourquoi le Royaume-Uni agit maintenant
Le Royaume-Uni ne part pas de zéro. La CMA a ouvert ses investigations sur les plateformes mobiles en janvier 2025, puis confirmé en octobre 2025 le statut stratégique d’Apple et de Google sur leurs écosystèmes mobiles. Depuis, le régulateur déroule une feuille de route progressive : d’abord la transparence sur la revue d’apps et les classements, ensuite l’interopérabilité iOS, puis les paiements et le steering. Cette séquence montre une chose : Londres ne cherche pas un choc unique, mais un resserrement par couches successives. C’est plus lent que l’approche européenne, mais aussi plus ciblé. ([gov.uk](https://www.gov.uk/guidance/the-cmas-programme-of-work-across-mobile-platforms?utm_source=openai))
La CMA insiste aussi sur le poids économique local de l’écosystème logiciel. Selon son blog officiel, le Royaume-Uni dispose de la plus grande économie applicative d’Europe en revenus et en nombre de développeurs. Pour le régulateur, l’enjeu n’est donc pas théorique : il s’agit d’améliorer la capacité de monétisation d’un tissu d’éditeurs britanniques, notamment dans le jeu, sans dépendre entièrement des règles imposées par deux plateformes américaines. Cette logique industrielle pèse lourd dans le dossier. ([competitionandmarkets.blog.gov.uk](https://competitionandmarkets.blog.gov.uk/2026/02/10/improving-the-way-apple-and-google-deliver-app-store-services-and-enhancing-ios-interoperability-in-the-uk/?utm_source=openai))
Le précédent européen fragilise la position d’Apple
Apple ne mène pas ce combat dans un vide juridique. En avril 2025, la Commission européenne a conclu que l’entreprise avait enfreint l’obligation anti-steering du Digital Markets Act et lui a infligé une amende de 500 millions €. Bruxelles reprochait à Apple de ne pas permettre en pratique aux développeurs de communiquer librement avec les utilisateurs au sujet d’offres externes et de conclure des contrats hors de l’app, à l’intérieur comme à l’extérieur de celle-ci. Ce précédent compte, car il montre que l’argument consistant à lier très étroitement ouverture des liens et maintien d’une forte ponction économique convainc de moins en moins les régulateurs. ([digital-strategy.ec.europa.eu](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/news/commission-finds-apple-and-meta-breach-digital-markets-act?utm_source=openai))
Mon avis est net sur ce point : la défense d’Apple reste solide sur la forme, mais plus fragile sur le fond. L’entreprise peut encore soutenir que la sécurité, la distribution, la découverte et la confiance utilisateur ont un coût. En revanche, dès lors qu’un paiement est traité ailleurs, l’idée de facturer presque autant qu’avant devient beaucoup plus difficile à justifier politiquement.
Le cas américain montre où le débat peut mener
Autre élément absent de la source initiale : l’expérience américaine. Dans le contentieux avec Epic Games, la justice américaine a déjà forcé une ouverture sur les liens vers des moyens de paiement externes, et en 2025 une juge fédérale a estimé qu’Apple avait violé l’esprit d’une injonction antérieure en conservant des barrières jugées anticoncurrentielles autour des achats hors app. La logique est proche de celle débattue au Royaume-Uni : autoriser le steering sur le papier ne suffit pas si la structure tarifaire continue de neutraliser l’intérêt économique de cette ouverture. ([apnews.com](https://apnews.com/article/69b16572d2b2c990f6b69d4bbad9b57b?utm_source=openai))
Le point concret pour un développeur est simple. Si une app d’abonnement peut rediriger l’utilisateur vers son site, elle récupère potentiellement la relation client, réduit sa dépendance au système de paiement intégré et peut améliorer sa marge. Mais si la plateforme prélève encore une commission élevée sur cette transaction externe, l’avantage devient faible, voire nul. C’est précisément ce que la CMA veut éviter.
Comparer Apple à Google aide à comprendre le dossier
Google sert ici de point de comparaison utile. Selon l’aide officielle de la Play Console, 99 % des développeurs qui paient des frais sur Google Play peuvent bénéficier d’un taux égal ou inférieur à 15 % via les différents programmes de la plateforme. La documentation officielle rappelle aussi le seuil de 15 % sur le premier million de dollars de revenus annuels. Autrement dit, sur la promesse tarifaire destinée aux petits acteurs, Google et Apple convergent déjà largement. La différence se joue plutôt sur la mise en œuvre du steering, l’ouverture de l’écosystème et la marge laissée au développeur pour contourner la caisse de la plateforme. ([support.google.com](https://support.google.com/googleplay/android-developer/answer/112622?hl=fr&utm_source=openai))
Cette comparaison apporte un fait nouveau essentiel : le débat britannique n’oppose pas un acteur « cher » à un acteur « bon marché ». Il oppose deux modèles fermés à des exigences réglementaires qui visent à rendre les sorties de caisse plus crédibles. La bataille porte donc sur la contestabilité du paiement, pas sur le simple affichage de pourcentages marketing.
Les chiffres qui manquent dans la version courte
Le texte d’origine ne donne aucun ordre de grandeur sur le poids de l’App Store. Or ce contexte change la lecture. Selon Apple, l’écosystème mondial de l’App Store a facilité 1 300 milliards de dollars de facturations et de ventes en 2024. Cela ne signifie pas qu’Apple encaisse cette somme, loin de là, mais cela rappelle que la boutique ne se limite plus aux achats in-app traditionnels : elle irrigue un volume commercial massif, qui inclut des biens physiques, des services et de la publicité in-app. Plus le volume est élevé, plus la question de la commission devient sensible pour les régulateurs. ([apple.com](https://www.apple.com/newsroom/2025/06/global-app-store-helps-developers-reach-new-heights/?utm_source=openai))
Autre donnée utile : dans l’Union européenne, les conditions alternatives d’Apple pour les apps distribuées sur iOS incluent une Core Technology Fee de 0,50 € par première installation annuelle au-delà d’un million d’installations, ainsi qu’une logique distincte pour la commission et le traitement des paiements. Le Royaume-Uni n’en est pas là, mais ce précédent montre le type d’architecture tarifaire qu’Apple peut mobiliser quand un cadre réglementaire l’oblige à desserrer son contrôle sur la distribution et le paiement. C’est un point à surveiller : une baisse de commission apparente peut être compensée par de nouveaux étages de facturation. ([developer.apple.com](https://developer.apple.com/help/app-store-connect/distributing-apps-in-the-european-union/commissions-fees-and-taxes?utm_source=openai))
Ce que cela peut changer pour les développeurs britanniques
Pour un studio au Royaume-Uni, le cas d’usage concret est évident. Une application de streaming, de rencontre, d’édition photo ou de productivité vend souvent un abonnement numérique. Si elle peut rediriger l’utilisateur vers son propre site, elle peut reprendre la main sur la conversion, gérer des promotions ciblées, proposer des bundles, récupérer davantage de données transactionnelles et réduire le coût de chaque abonné. Si la CMA obtient des frais de steering réellement inférieurs aux commissions de référence, l’effet peut être immédiat sur la marge brute.
Prenons un repère simple à partir des taux officiels connus, sans inventer de nouveaux frais britanniques non communiqués. Sur 100 $ de revenu numérique, un développeur au taux standard conserve théoriquement 70 $ avant autres coûts, contre 85 $ au taux PME. Converti au taux de la BCE, 100 $ valent environ 88 €. L’écart entre les deux régimes représente donc 15 $, soit environ 13 € par tranche de 100 $ encaissés. Cette différence illustre pourquoi la structure exacte des futurs frais de steering sera décisive. ([apple.com](https://www.apple.com/newsroom/2020/11/apple-announces-app-store-small-business-program/?utm_source=openai))
Le calendrier réglementaire reste serré
La consultation de la CMA sur le steering pour Apple a été publiée le 30 juin 2026, avec une date limite de réponse fixée au 28 juillet 2026 à 17 h. La réaction d’Apple du 29 juillet 2026 intervient donc juste après la clôture du processus consultatif. Cela signifie que le dossier entre désormais dans une phase plus opérationnelle : l’autorité britannique peut ajuster son texte, préciser ses critères de « fair and reasonable » et préparer une éventuelle mise en œuvre. En clair, le débat n’est plus théorique. Il bascule vers la rédaction de règles concrètes. ([gov.uk](https://www.gov.uk/government/news/cma-consults-on-new-requirements-for-apple-and-googles-mobile-platforms?utm_source=openai))
Une bataille locale, mais un test global pour l’App Store
Le Royaume-Uni devient un nouveau terrain de test pour le modèle App Store. L’Union européenne a déjà frappé. Les États-Unis ont déjà contraint des ajustements via les tribunaux. La CMA, elle, cherche une troisième voie : plus ciblée qu’une loi générale, plus interventionniste qu’une simple recommandation, mais moins brutale qu’un démantèlement structurel. Si cette méthode fonctionne, elle pourrait servir de référence ailleurs.
Mon jugement est simple : Apple a raison de défendre la valeur économique de sa plateforme, mais elle aura plus de mal à convaincre que cette valeur justifie des commissions proches du niveau historique dès qu’un paiement s’exécute hors de son système. Le marché, les tribunaux et les régulateurs convergent sur ce point. Le Royaume-Uni ne fait qu’accélérer un mouvement déjà engagé.
Source d’autorité : consultation officielle de la CMA sur l’obligation de steering visant la plateforme mobile d’Apple.
Mon avis :
Avis solide mais prévisible : Apple défend logiquement sa marge et son contrôle qualité, deux leviers qui financent sécurité et distribution à grande échelle. Sa limite est plus nette : refuser des liens vers des paiements alternatifs entretient une rente, alors que le CMA vise des frais “fair and reasonable”, donc potentiellement plus compétitifs.





