Face à YouTube, qui pèse 18,7 % du visionnage TV aux États-Unis en avril 2026 contre 12,7 % deux ans plus tôt, Disney+ envisagerait une offre gratuite. Selon un rapport relayé par Business Insider, Paramount+ et même Netflix explorent aussi cette piste.
Disney+ étudie une formule gratuite pour casser le mur du payant
Disney+ pourrait bientôt ouvrir une partie de son catalogue sans abonnement. L’idée n’est plus marginale. Selon Business Insider, relayé par plusieurs médias anglo-saxons, Disney explore un accès gratuit afin d’élargir l’audience, augmenter les revenus publicitaires et convertir ensuite ces utilisateurs en abonnés payants. Le signal compte, car il montre que le streaming revient à une logique simple : attirer d’abord, monétiser ensuite.
Le raisonnement est direct. Le paywall freine l’essai. Une formule gratuite supprime cette friction, fait entrer l’utilisateur dans l’application et permet ensuite de pousser des offres plus rentables. C’est d’autant plus cohérent que, selon le rapport annuel 2025 de The Walt Disney Company, Disney+ comptait déjà environ 132 millions d’abonnés payants au 27 septembre 2025. Le groupe dispose donc d’une base massive, mais cherche encore des relais de croissance au-delà du pur abonnement. Sur le plan produit, l’entreprise propose déjà une formule SVOD avec publicité aux États-Unis, au Canada et dans certains marchés d’Amérique latine et d’Europe, selon Disney. Une couche gratuite serait la suite logique de cette stratégie, pas une rupture.
Mon avis est simple : Disney+ n’essaie pas de copier la télévision traditionnelle, mais de répliquer ce qui fonctionne déjà sur les plateformes gratuites modernes. La différence est là : l’entrée serait gratuite, mais l’expérience resterait pilotée par l’interface, la recommandation et la montée en gamme.
YouTube, Tubi et les FAST poussent tout le marché à bouger
Le vrai concurrent n’est plus seulement Netflix, Paramount+ ou Prime Video. C’est YouTube, et plus largement l’ensemble des services gratuits financés par la publicité. Selon Nielsen, le streaming a représenté 44,8 % du temps de visionnage TV en mai 2025, contre 44,2 % pour le câble et la diffusion hertzienne réunis. Toujours selon Nielsen, YouTube à lui seul pesait 12,5 % de tout le visionnage TV ce mois-là. Les services FAST, eux, continuaient d’avancer : Pluto TV, The Roku Channel et Tubi totalisaient ensemble 5,7 % du visionnage TV.
Ce déplacement de l’attention explique la nervosité d’Hollywood. Une plateforme payante peut encore gagner de l’argent, mais elle ne peut plus ignorer le temps d’écran gratuit. C’est précisément ce que cherche à récupérer Disney : du temps passé, même avant la conversion.
Le cas Tubi est encore plus parlant. Selon Tubi, le service a dépassé 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels en juin 2025, franchi le milliard d’heures vues sur un mois et atteint 2,2 % du total des minutes TV mesurées par Nielsen. Le service revendique aussi près de 300 000 films et épisodes, ainsi que 400 productions originales. Ce n’est plus un acteur périphérique. C’est un modèle économique crédible à grande échelle.
Premier indicateur dérivé utile : avec 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels pour Tubi contre 132 millions d’abonnés payants pour Disney+, le gratuit de Tubi représente déjà environ 76 % de la base payante de Disney+. Le rapport est suffisamment serré pour justifier une réaction rapide.
Paramount+ et Netflix avancent aussi, mais pas de la même manière
Disney n’est pas seul. Paramount envisagerait lui aussi d’ouvrir davantage de films et séries à des non-abonnés. La logique est encore plus lisible chez ce groupe, car il possède déjà Pluto TV, un acteur fort du streaming gratuit. D’après la page corporate de Paramount, l’activité streaming du groupe couvre à la fois le gratuit, le premium et le payant, avec Pluto TV présenté comme un service gratuit majeur. Autrement dit, Paramount dispose déjà de l’infrastructure mentale et commerciale pour faire cohabiter plusieurs modèles.
Sur le terrain tarifaire, la formule Paramount+ Essential avec publicité est affichée à 8,99 $ par mois sur les canaux officiels liés au service. Converti au taux de référence de la Banque centrale européenne de 1 € = 1,1389 $US, cela représente environ 8 €. De son côté, la formule Disney+ avec publicité est affichée à 6,99 $US par mois sur le centre d’aide officiel américain, soit environ 6 € au même taux. Cette différence de 2 € paraît faible, mais elle compte dans un marché où la sensibilité au prix augmente vite.
Netflix, lui, reste plus prudent. Dans sa lettre aux actionnaires publiée le 16 juillet 2026, le groupe explique que des essais commerciaux continuent dans différents pays, notamment des offres de premier mois à bas prix, des surclassements promotionnels et, depuis la semaine précédente, un retour des essais gratuits dans plusieurs marchés hors États-Unis et hors Royaume-Uni. La plateforme ne parle donc pas d’un vrai niveau gratuit mondial, mais elle confirme qu’elle teste activement les bons leviers d’acquisition.
Autre donnée intéressante : selon cette même lettre, Netflix vise environ 3 milliards de dollars de revenus publicitaires en 2026. Rapporté à son chiffre d’affaires du deuxième trimestre 2026, qui s’élève à 12,56 milliards de dollars, cela donne un ordre de grandeur de 24 % si l’on compare cette cible annuelle à un trimestre de revenus. La comparaison n’est pas parfaite, mais elle montre une chose : la publicité n’est plus un complément. C’est un pilier.
Le basculement vers le gratuit répond à un problème simple : le coût cumulé des abonnements
Le streaming payant a perdu une partie de son avantage psychologique. Pendant des années, l’argument était limpide : quelques services coûtaient moins cher qu’un bouquet TV classique. En 2026, l’accumulation d’abonnements rend ce discours beaucoup moins solide. C’est là que le gratuit retrouve de la force, surtout quand l’expérience est correcte et le catalogue suffisamment vaste.
Le modèle qui se dessine est hybride : une entrée gratuite, une formule avec publicité pour les utilisateurs tolérants aux coupures, et une formule premium pour ceux qui veulent zéro contrainte. Disney a déjà les briques intermédiaires. Selon le rapport annuel 2025 de Disney, l’essentiel des revenus direct-to-consumer provient déjà des abonnements et de la publicité. Ajouter un palier gratuit revient donc à élargir le tunnel de conversion, pas à reconstruire le business.
Deuxième métrique dérivée : les plateformes gratuites citées dans le débat représentaient 18,7 % du temps de visionnage TV américain en avril 2026, contre 12,7 % en avril 2024, selon des données Nielsen reprises par plusieurs publications spécialisées. Cela correspond à une hausse d’environ 47 % en deux ans. À ce rythme, rester uniquement derrière un paywall devient une stratégie défensive.
Ce qu’une version gratuite de Disney+ pourrait concrètement proposer
À ce stade, aucun périmètre officiel détaillé n’a été communiqué. Il faut donc rester factuel : catalogue exact, volume d’heures, nombre de coupures publicitaires, qualité vidéo, fonctions hors ligne et disponibilité par pays : non communiqué.
En revanche, les scénarios probables sont lisibles à partir de ce que font déjà les concurrents. Une offre gratuite crédible de Disney+ pourrait reposer sur cinq briques concrètes.
1. Une sélection limitée de séries d’appel
Le plus probable est l’ouverture de premiers épisodes, de saisons anciennes ou de franchises très identifiées. C’est une mécanique d’essai. Elle évite de donner tout le catalogue tout en laissant l’utilisateur entrer dans l’écosystème.
2. Une forte présence publicitaire
Le financement passerait logiquement par l’advertising. C’est cohérent avec la montée des offres AVOD et FAST, et avec le fait que Netflix lui-même accélère très fort sur ce segment.
3. Une disponibilité géographique progressive
Netflix teste déjà les essais gratuits hors États-Unis et hors Royaume-Uni. Disney pourrait suivre une approche comparable : déploiement limité, marchés pilotes, puis extension selon les résultats. Pour la France, aucune date n’est annoncée à ce jour.
4. Une expérience pensée pour la conversion
Le but n’est pas seulement de faire de l’audience. Le but est de faire monter l’utilisateur vers une formule payante. Recommandations, rappels de lecture, verrouillage de certains contenus et avantages premium joueraient ici un rôle central.
5. Un usage mobile et TV connecté en priorité
Les données Tubi montrent que la gratuité fonctionne sur grand écran, pas seulement sur smartphone. Plus de 95 % du visionnage de Tubi concerne de la vidéo à la demande, pas seulement des chaînes linéaires. Cela compte, car cela valide l’idée d’un vrai service à la demande gratuit, pas d’un simple flux secondaire.
Pourquoi Disney a intérêt à agir vite
Disney+ garde des atouts puissants : franchises mondiales, profondeur de catalogue, présence familiale, intégration avec Hulu et contenus sportifs dans certains contextes. Mais ces atouts ne suffisent plus si le premier contact reste payant alors que le temps disponible de l’utilisateur part ailleurs.
Le groupe a déjà prouvé qu’il savait segmenter ses offres. Selon son rapport annuel 2025, Disney+ opère sans publicité dans tous ses marchés et avec publicité dans plusieurs régions clés. La couche gratuite serait donc un étage supplémentaire dans une structure tarifaire déjà modulable.
Mon avis ici est net : si Disney+ veut protéger sa part d’attention, il doit accepter qu’une partie de la conquête se fasse avec un ARPU initial plus faible, voire nul. La bataille se joue d’abord sur l’usage régulier. La rentabilité vient après.
En France, la question n’est pas “si”, mais “sous quelle forme”
Le marché français a une particularité utile dans cette discussion : les consommateurs connaissent déjà très bien le gratuit financé par la publicité, via la télévision historique, les plateformes vidéo et les services AVOD. Dans le même temps, Netflix a renforcé son ancrage local en intégrant depuis l’été 2026 les chaînes et contenus à la demande de TF1 dans son abonnement en France, selon Netflix. Cela montre qu’un acteur mondial peut adapter son offre à des usages locaux et enrichir la valeur perçue sans forcément baisser le prix.
Pour Disney+, la bonne question n’est donc pas seulement tarifaire. Elle est éditoriale et produit. Quels contenus mettre en libre accès sans dégrader la valeur du premium ? Quelle fenêtre gratuite choisir ? Quel dosage publicitaire accepter ? Et surtout, quel signal envoyer au marché ?
Sur ce point, une version gratuite limitée me paraît plus crédible qu’un accès large. Elle permettrait à Disney de défendre sa marque, d’augmenter sa portée et de tester la demande sans cannibaliser trop vite les abonnements existants.
Le gratuit n’est plus un aveu de faiblesse, c’est un outil de distribution
Le débat a changé. Avant, un niveau gratuit pouvait donner l’impression d’un produit dégradé. En 2026, ce n’est plus vrai. Tubi revendique plus de 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels. YouTube pèse 12,5 % du visionnage TV selon Nielsen. Netflix vise environ 3 milliards de dollars de revenus publicitaires en 2026. Et Disney a déjà un modèle avec publicité en place. Tous les indicateurs poussent dans la même direction : la gratuité n’est plus une exception marketing, c’est un levier de distribution et de monétisation à part entière.
Pour suivre l’évolution officielle des offres et tarifs de la plateforme, la source d’autorité la plus pertinente reste le centre d’aide de Disney+ : https://help.disneyplus.com/article/disneyplus-price?os=vbkn4ztqhoorjmxr5bp0w2idhz.
Mon avis :
L’idée est solide: un palier gratuit peut réduire le frein à l’entrée et capter une audience qui bascule vers les plateformes gratuites, déjà à 18,7% du visionnage TV américain en avril 2026. La limite est claire: sans différenciation forte, Disney+ risque surtout de banaliser son offre payante et d’alourdir la pression publicitaire.




