Ma voisine a soixante-dix-huit ans. Elle vit seule depuis que son mari est décédé il y a trois ans. Ses enfants habitent à deux heures de route. Pendant longtemps, tout le monde dans la famille tournait autour du même sujet sans vraiment oser l’aborder : et si elle tombait ? Et si quelque chose se passait une nuit et que personne ne le sache avant le lendemain matin ?
C’est ce type de situation, très concret, très ordinaire, qui explique pourquoi la téléassistance existe et pourquoi des centaines de milliers de Français y ont recours. Pas pour surveiller les personnes âgées, pas pour les mettre sous cloche. Juste pour qu’elles ne soient jamais vraiment seules face à une urgence.
Ce que la téléassistance est vraiment
La téléassistance, c’est un système qui permet à une personne en difficulté d’alerter une centrale d’écoute en appuyant sur un bouton. Ce bouton — souvent présenté sous forme de médaillon porté autour du cou ou d’un bracelet — déclenche un appel vocal direct vers des opérateurs disponibles 24h/24, 7j/7.
Ces opérateurs ont accès à un dossier de l’abonné : contacts proches, médecin traitant, antécédents médicaux, éventuelles instructions particulières. Selon la situation, ils peuvent rappeler la personne, alerter un proche, ou déclencher les secours. Tout ça en quelques minutes.
Les premiers systèmes de ce type ont été développés dans les années 1970 aux États-Unis. En France, leur déploiement s’est accéléré à partir des années 1980, d’abord via les CCAS (Centres Communaux d’Action Sociale), puis via des acteurs privés. Aujourd’hui, la téléassistance est reconnue par l’État comme une aide à l’autonomie, et peut être financée partiellement via l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) ou certaines mutuelles.
Les différents types de dispositifs
Pendant longtemps, la téléassistance reposait sur un boîtier fixé à domicile, relié à la ligne téléphonique. Le champ d’action était limité au logement. Ce modèle existe encore, mais il n’est plus le seul.
Les offres actuelles couvrent plusieurs usages :
La téléassistance fixe reste la plus répandue. Elle fonctionne via un boîtier installé chez soi, couplé à un bouton d’alarme. La portée est généralement de 50 à 100 mètres, ce qui couvre le jardin ou la terrasse dans la plupart des cas.
La téléassistance mobile repose sur une montre ou un boîtier connecté en 4G. La personne peut déclencher une alerte depuis n’importe où — lors d’une promenade, au marché, chez le médecin. Certains appareils intègrent un GPS pour localiser l’utilisateur en cas de besoin.
La détection de chute automatique est une option de plus en plus proposée. Des capteurs intégrés au bracelet ou à la montre détectent un mouvement anormal et déclenchent une alerte même si la personne n’a pas pu appuyer sur le bouton — cas fréquent lors d’une perte de connaissance.
Pour comparer les offres du marché et comprendre ce que chaque dispositif couvre réellement, il est utile de en savoir plus sur les alarmes seniors afin d’identifier le matériel adapté à chaque situation.
Qui en a besoin ?
La réponse courte : plus de personnes qu’on ne le pense. On associe souvent la téléassistance aux personnes très âgées ou en perte d’autonomie avancée. Mais les chutes — première cause d’accidents mortels chez les plus de 65 ans selon Santé Publique France — peuvent toucher des personnes en bonne santé générale qui vivent seules.
Les profils qui y recourent le plus sont les personnes de plus de 70 ans vivant seules, celles qui ont des antécédents de chutes, celles souffrant de maladies chroniques ou de problèmes cardiaques, et parfois des personnes plus jeunes en situation de handicap ou de fragilité temporaire (sortie d’hospitalisation, rééducation).
Les aidants familiaux y voient aussi un bénéfice direct : pouvoir s’absenter sans culpabilité, dormir la nuit, reprendre une activité professionnelle, sachant qu’un filet de sécurité existe entre leurs visites.
Ce qu’il faut regarder avant de souscrire
Toutes les offres ne se valent pas. Quelques points méritent attention avant de signer quoi que ce soit.
La centrale d’écoute doit être certifiée et disponible 24h/24 avec des opérateurs formés, pas des call centers externalisés à l’étranger avec un script figé. Vérifiez si la centrale est agréée par le référentiel AFNOR NF Service Téléassistance.
La durabilité de la batterie est souvent sous-estimée. Un bouton d’alarme qui se décharge en 24 heures et doit être rechargé chaque nuit perd beaucoup de son utilité si la personne oublie de le remettre. Certains appareils tiennent plusieurs jours, d’autres plusieurs semaines.
Les frais d’installation et d’engagement varient énormément. Certains prestataires facturent l’installation, d’autres non. Les contrats sans engagement longue durée sont préférables, surtout pour tester le dispositif avant de s’engager.
Le déclenchement intempestif est une réalité que peu de prestataires mentionnent spontanément. Un faux appel ne doit pas être culpabilisant pour l’utilisateur, au risque qu’il hésite à utiliser le dispositif en cas de vraie urgence.
Quel coût, et comment le financer ?
Le prix d’un abonnement de téléassistance se situe généralement entre 20 et 40 euros par mois pour une offre fixe, et entre 30 et 60 euros pour une offre mobile avec GPS. Certains organismes permettent de réduire ce coût :
L’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie), attribuée par le Conseil Départemental, peut prendre en charge tout ou partie de l’abonnement si la personne est classée en GIR 1 à 4. La caisse de retraite (notamment la CNAV) propose parfois des aides spécifiques. Certaines mutuelles remboursent une partie des frais. Et depuis 2021, une réduction d’impôt de 50 % s’applique sur les dépenses de téléassistance dans le cadre des services à la personne.
La téléassistance change-t-elle vraiment les choses ?
Il y a une étude publiée par la Haute Autorité de Santé qui montre que le délai d’intervention après une chute est l’un des facteurs les plus déterminants dans les séquelles. Rester au sol plusieurs heures, c’est un risque d’hypothermie, d’escarres, de complications rénales. La téléassistance ne prévient pas les chutes. Mais elle réduit ce délai.
Dans les retours d’expérience de familles qui ont adopté ces dispositifs, ce qui revient le plus souvent n’est pas l’anecdote de « la fois où ça a servi en urgence » — même si ça arrive. C’est surtout la tranquillité d’esprit au quotidien. Le fait de ne plus avoir cette pensée anxieuse qui rôde en arrière-plan.
Ma voisine porte son médaillon depuis un an. Elle dit qu’elle n’y pense plus vraiment. C’est un peu comme une ceinture de sécurité : on ne la sent plus, mais on ne partirait pas sans elle.










